‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 173 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIII

mais elle eut soin de ne jamais se trouver seule avec lui : toujours quelqu'un de ses gens allait et venait, et surtout une de ses femmes, appelée Léonelle, qu'elle avait amenée de chez son père lorsqu'elle épousa Anselme, et qu'elle aimait beaucoup parcequ'elles avaient été nourries ensemble. Les trois premiers jours , Lothaire ne lui dit rien , quoiqu'il eût pu lui parler après le repas, lorsque les valets allaient dîner, ce qui n'était pas long suivant l'ordre qu'en avait donné Camille. Léonelle avait iHrdre de dîner avant sa maîtresse, afin de se tenir toujours auprès d'elle; mais cette fille, que des choses plus agréables occupaient, et qui profitait de ce temps-là pour ses plaisirs , ne tenait pas toujours compte des ordres de sa maîtresse, et sou-^ vent elip les laissait seuls , comme si c'était cela qu'on lui avait recommandé. Cependant, l'honnêteté de Camille, son maintien grave, la décence répandue sur toute sa personne, fermaient la bouche à Lothaire. Mais l'heureux effet des vertus de Camille, en imposant un tel silence, tourna mal pour tous deux : car, si la langue se taisait, les pensées allaient leur train, et Lothaire avait tout le loisir de contempler en détail les charmes de Camille, capables d'animer une statue de marbre , à plus forte raison le cœur d'un mortel ; il admirait au lieu de parler, il songeait combien elle était digne d'être aimée, et cette réflexion affaiblit insensiblement les égards qu'il avait pour Anselme. Mille fbis il fut tenté de quitter la ville, et de se retirer dans un endroit où jamais il ne vît ci Anselme ni Camille , mais déjà le plaisir qu'il éprouvait à la voir était assez finissant pour le retenir : il luttait de toutes ses forces contre lui-même pour détruire et ne pas éprouver le charme de cette vue; il s'accusait, se nommait mauvais ami, mauvais chrétien ; il faisait des comparaisons d'Anselme et de lui : toutes le ocmduisaîent à conclure que la folie de l'un surpassait de beaucoup l'infidélité de l'autre, et que, s'il était aussi excusable aux yeux de Dieu qu'à ceux des hommes, il n'avait pas à craindre la punition de sa faute. Enfin, les grâces et la beauté de Camille, jointes à l'occasion qu'un mari insensé lui avait mise dans les

mains, triomphèrent de la loyauté de Lothaire : sans autre en* trainem^it que celui de sa passion , après trois jours passés dans des combats continuels, depuis le départ d'Ânsdme, 0 .se mit à rediercher les bonnes grâces de Camille , avec tvt d'empressement et de tirouble , qu'elle en doneura tout interdite, et ne put faire autre chose que de quitter son si^ et de se retirer dans son appartement , sans répondre une parole. Mais cette sévérité ne put détruire en Lothaire l'espérance, qui toujours nait avec Tamour : il se sentit plus enflammé pour Camille, qui,.siirprise d'une conduite aussi imprévue, ne savait que résoudre. Jugeant , toutefois, qu'il n'était ni bienséant ni sûr de douAfr à Lothaire une autre occasion de lui parler, elle [»*it le parti d'envoyer cette nuit même un valet à Anselme, Urec un l^Het conçu dans ces^lermes :

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