‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 172 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIII

qu'il était inutile de se fatiguer davantage, car toutes ces tentatives étaient autant de temps perdu. Msds la fortune , qui en ordonnait autrement , voulut qu'un jour Anselme , après avoir comme de coutume laissé seuls Camille et Lothaire, s'enfermât dans une chambre voisine de la leur, écoutant et regardant par le trou de la serrure ce qu'ils disaient et ce qu'ils faisaient : il vit que , pendant plus d'une demi-heur^ , Lothaire n'ouvrit pas la bouche ; il n'eût pas dit un seul mot, fût-il resté là un siècle. 11 soupçonna alors que tout ce que Lothaire lui avait dit des réponses de Camille n'était que feinte et mensonge. Pour s'en assurer, il sortit de la chambre, et, appeliant Lothaire à l'écart, il lui demanda ce qu'il y avait de nouveau, et de quelle humeur était Camille. Lothaire lui dit qu'il ne pensait pas pouvoir se .mêler pkis longtemps de cette fâcheuse affaire; que Camille lui répondait avec tant d'aigreur et d'emportement , qu'il n'avait plus le courage de' lui* adresser une seule parole. Ah! Lothaire, Lothaire ! dit Anselme , que tu réponds mal à ce que tu me dois, et à la trop grande confiance que j'avais en toi ! Je regardais par le trou de cette serrure, et je me suis convaincu que tu n'as pas dit un mot à Camille, ce qui me fait juger ^ue tu ne lui as jamais parlé. S'il en est ainsi, éomme je n*en saurais douter, pourquoi me tromper, etm'ôter pair ta ruse le moyen de me satisfaire? Ansehne ne lui en dit pas davantage; mais c'était Issez pour le laisser confus et piqué : il se faisait un point d'honneur d'avoir été pris en meoftonge, et il jura à Anselme de mettre à l'avenir tous ses soins à le contenter, qu'il ne mentirait plus , et qu'il s'en pourrait assurer s'il les épiait de nouveau; mais qu'il ne serait pas besoin de cc^ preuve, parcequ'il y mettrait assez d'ardeur pour lui ôter tout soupçon. Anselme le crut ; et, pour donner à Lothaire plus de facilités, il résolut de s'absenter de chez lui pendant huit jours , pour aller chez un de ses amis à la campagne , non loin de la ville. Jl se fit inviter d'une manière pressante, afin d'avoir auprès de Camille un prétexte de s'éloigner. Malheureux insensé! que prétènds-tu faire? quel est ton dessein ? quel projet oses-tu former? Tu agis contre toi-même,

lu trames ton déshonneur! tu ourdis ta perte! Ton épouse est honnête ; tu la possèdes en paix; rien ne trouble tes plaisirs ; ses pensées^ ne franchissent pas les murs de la maison ; tu es son ciel sur la terre, le but de ses désirs , l'objet unique de ses affections , l'arbitre de sa volonté qu'elle ri^le d'après la tienne et les -ordres du ciel. Si , sans aucune peine, tu retires de son honneur, de sa beauté, dé son honnêteté, toute la richesse que tu peux désirer, à quel propos veux-tu creuser la terre et chercher de nouvelles minesd'un trésor inconnu , t'exposant^au danger de voir tout renversé, puisque Tédifice n'est soutenu que sur Ifls débiles appuis d'une nature fragile? Considère qu'à celui qui demande l'impossible, il est juste que le p(»sible mime soit refusé. Un poète a mieux exprimé cette vérité dans ces vers: • .

Dans la mort , je cherche la vie ; dans la inaladie , la santé ; dans la priscm , la liberté ; dans un lieu fermé , une issue ; dans le traître , la loyauté.

Mais mon destin , dont je n'attends jamais rien de bon , a voiriu , d'accord avec le del , me refuser même ce qui est possible, puisque ffeU l'impossible que je demande

Le lendemain, Anselme s'en fut à la campagne, disant àCamîlle que, pendant son absence, Lothaire viendrait veiller aux intérêts delt maison et diner avec elle, et lui recommanda de le traiter comme lui-même. En femme sage et discrète, Camille s'affligea de l'ordre de son mari : elle le pria d'oteerver qu'il serait peu décent qu'en son absence un autre occupât sa place à table; que, s'il le faisait par défaut de confiance dans son talent à administrer sa maison, il la mtt à l'épreuve pour cette fois, et qu'il ia reconnaîtrait capable de se livrer à des soins plus importants. Anselme lui répondit que tel était son désir, et qu'elle n'avait autre chose à faire qu'à s'y soumettre ^ Camille le promit, quoique bien malgré elle. Anselme partît, et Lothaire vint dès le lendemain chez son ami. Camille l'accueillit affectueusement;

* Que baxar ia cabeza r obedecetle.

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