‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 175 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIV

attendu qu'il ne tarderait pas à revenir. GamiUe fut dans le plu3 grand étonnement de la réponse de son mari , son incertitude ea augmenta, eUe n'osait rester chez elle, et craignait d'aUor chez ses parents : rester, c'était mettre son honneur en péril; s'éloigner, c'était contrevenir k la volonté de son mari. Entre ces deux partis elle choisit le pire , qui fut de rester chez elle, et même de ne point fuir Lothaire, afin de prévenir les propos de ses gens. Elle se repentait d'avoir écrit à son époux , craignant qu'il ne s'imaginât que Lothaire avait découvert en elle quelque légèreté contraire au respect qui lui était dû. Ra%- ' sarée par son innocence, elle mit sa confiance en Dieu éfdaatff^ ses honnêtes sentiments, à l'aide desquels elle espérait résister, par le silence, à toutes les sollicitations dç Lothaire, sans avoir besoin d'avertir son jéponx, pour ne Û pas causer d'inquiétude et de souci ; elle pensait même aux moyens de disculper Lothaire aux yeux d'Ansdme, lorsque celui-ci lui demanderait le motif de sa lettre. Avec ces résolutions, plus.louables que sûres , elle écouta le jour suivant les protestations de Lothaire ; elles devinrent si pressantes qu'elles commencèrent à ébranler sa fermeté : toute son honnêteté suffit à peine à empêcher ses yeux de témoigner la tendre compassion qu'avaient éveillée dans son cœur les larmes et les soupirs de Lothaire. Gelul-d s'aperçut de ses progrès, et son amour s'en accrut : il jugea qu'il fallait savoir mettre à profit l'absence d'Ansefane pour presser le si^e de cette forteresse. Ses premiers assauts furent des louanges sur sa beauté : car rien ne soumet et ne renv»*se plus sûrement les tours ^ de la vanité des .beUes femmes, que cette même vanité mise en jeu. par l'adiriation; enfin il mina avec tant de persévérance la roche de sa pudeur^, qu'eût-€^ été de bronze, elle ne pouvait éviter de succomber : pleurs, supplications, promesses, adidatiims, feintes mênre, il* niit tout en us^, avec tant d'adresse, tant de démonstrations d'une passion. véritable, qu'il fit échouer

1 Las enéeutiUada* terres ds la vanidad. *La roea de eu enierexa. >

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toute la résistance de Ganùlle, e^ obtint ce qu'il espaçait le moins et desirait le plus, ôanûlle se rendit : mais faut-il ^eu étonner si Famitié de Lothaire^aesut pas mieux se maintenir? Exempte qui prouve clairement que la fuite seule peut vaincre Tamour, et que nul ne doit entreprendre de lutter omtre un t si puissant «onemi , parcequ'il faudrait des forces divines pour triompher des humaines faiblesses. LéoneUe seule connut celle de sa maîtresse : les deux amis perfides, les deiBC. nouveaux amants ne pouvaient la lui cacher. Lothaire ne voulut point découvrir à Camille la folie d'Anselme^ et les occasicms qu'il liljl aAtit foivnies, de crainte qu'eUe ne fit nunns de cas de son amour, et qu'elle ne s'imaginât que c'était par hasard, et non de son plein gré , <(u'il l'avait sollicitée.

Peu de jours aprts, Ansehne revin| , et ne s'aperçut point de ce que Camille avait perdu, c'était ce qu'il estimait le plus et savait carder le moins. Il courut chez Lothaire, et, après les premièrQB embrassades, lui demanda des nouvelles de sa vie ou de sa mwt Les nouvelles que je te peux donner, cher Ansehne, lui répondit Lothaire, sont que tu as une femme qui petit servir d'exemple et dé modèle ^ à toutes les femmes honnêtes. Mes. paroles se sont perdues dans l'air; mes offres, elle les a méprisées; mes présents^ elle les a rejetés; les larmes feintes quei'ai versées, elle s'en est moquée : en un mot, si elle est le type de la beauté, elle est aussi le sanctuaire de l'honnêteté, de la pudeur, de toutes les vertus qui peuvent procurer le bonheur et la gloire à une femme honnête et sage. Reprends ton argent, je n'ai point eu l'occasion ^e m'en servir : Camille a l'aipe trop noble pour céder à des choses si viles que des présents et des promesses. Sois donc satisfait, Ansehne : ne cherche plus de nouvelles preuves ; tu es parv^u à traverser à pied sec cette mer de défiances et de soupçons dont on a coutume d'environner les femmes, ne tente pas imprudemment de t'y rembarquer encore , et de faire esr sayer par un autre pilote la solidité du navire sur lequel le

*Ycorona.

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