‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 180 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIV. 31ft · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIV. 31ft

et, poussant un profond soupir î 0 chère amie, s'écrie-t-eller ne vaudrait-il pas mieux qu'au lieu d'exécuter un projet que je ne yeux point te confier, de crainte que tu ne t'y opposes, ta prisses le poignard d'Anselme que je t'ai demandé, et que t» en frappasses mon indigne sein? Cependant, n'en i^is rien I il n^est pas juste que je porte la peine de la feute dautrui : je veux auparavant savoir ce que les yeux téméraires et déshonnètes de Lothaire ont pu voir en moi qui fût capable de l'enhardir à me découvrir son infâme passion, pour déshonorer son. ami et moi-mteie. Regarde à la fenêtre, Léoudle, et l'appelle; sans doute il est dans la rue, attendant l'heure démettre à exécution son odieux projet, mais le mien, aussi cruel que vertueux, l'aura prévenu. Quoi , madame, répond la rusée Léo* nelle, que prétendez-vous faire de ce poignard? voulez- vous vous frapper ou punir Lothaire P Quoi que vous fassiez, voi» perdez votre honneur et votre réputation : ne vaut-il pas mieux dissimuler votre injure, que de laisser pénétrer ce méchant homme dans cette chambre où nous nous trouvons seules? Songez, madame, que nous ne sommes que de faibles fenmies; lui, c'est un homme déterminé, et Comme il vient aveuglé par ses mauvais desseins et le coeur épris d'amour, peut-être, âvabt que vous puissiez accomplir votre projet, il pourra faire pis. que de vous ôter la vie. Maudite soit la pensée du seigneur Ansebne, de donner tant de crédit à ce méchant homme dans sa maison ! Mais, quand vous l'aurez tué, madame, car je vois bien que c'est votre dessein, que forons-nous de son corps? Ce que nous en ferons, Léonelle? nous le laisserons là pour qu' Ansebne le fasse entferrer :^'est-^lpas bien juste qu'il ait cette peine, en échange de celle que j'aurai prise à cacher soi\ infsunie dans les entrailles de la terre? Achève; appelle-le promptemait : Il me semble que le temps que je laisse passe^ sans me venger est un outrage à la loyauté que je dois à moa époux. Ansebne entendait tous ces discours , et chaque parole de Camille boQle versait toutes ses idées; mais, quand il comprit qu'elle était résolue à tuer Lothaire, il fut sur le point de sortir

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de sa retraite, et de se monlrer pour empêcher ce malheur : toutefois , il fut retenu par le désir de voir comment se terminerait une si honnête et si courageuse résolution, se réservant de pai^aitre quand il en serait temps. En ce moment, il prit à Camille une grande faiblesse : elle se jeta sur un lit qui se trouvait là, et Léonelle se mit à pleurer, en disant : Malheureuse que je suis! il ne me manque plus que de voir expirer entre mes bras la fleur de Thonnêteté de ce monde, la couronne des femmes vertueuses, rexemjrte de la chasteté, et mille autres exclamations semblables qui Teussent £aiit passer pour la fille la plus à plaindre et la plus estimable , et sa maîtresse pour une nouvelle Pénélope. Camille ne tarda pas à revenir de son évanouissement, et s'écria en reprenant ses sens : Que ne vas-tu donc, L^nelle, appeler cet ami, le plus loyal qu'éclaire le soleil et que cache la nuit? hàte-toi, cours, vole; ne laisse pomt éteindre le feu de ma colère, et que ma vengeance ne s'évanouisse pas en impuissantes malédictions. J'y vais , répond Léonelle; mais, auparavant, remettez-moi ce poignard, de peur qu'en mon absence vous ne fassiez une chose qui prépare des pleurs éternels à tous ceux qui «vous aiment. Sois sans crainte, répond CamUie; quoique je te paraisse emportée et déraisonnable dans la vengeance qiie je médite, je ne le suis pourtant pas autant que cette Lucrèce, qui, sans être coupable, se donna la mort avant d'avoir immolé l'auteur de sa disgrâce : je veux mourir, hiais si je meurs ce ne sera qu'après m'être vengée de celui qui m'oblige à venir dans ces lieux pleurer une injure que je. ne me suis pas attirée. Léonelle se fit longtemps prier avant d'aller chercher bothaire; enfin, elle sortit; et, pendant son absence, Camille, feignant de se parler à ellemême, disait : Mon Dieu, n'aurais-je pas mieux fait de repousser Lothaire comme les autres fois, plutôt que de le mettre en droit, ainsi que je le fais, d'avoir mauvaise opinion de moi, même pendant le peu de temps qui s'écoulera jusqu'à ce que je le désabuse? Sans doute, c'eût été le meilleur parti....; mais, quoi! je ne serais pas vengée, niU'honneur de mon mari satis-

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