‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 181 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIV

fait , s'il se retirait sain et sauf ^ d'un lieu où Font amené ses mauvais desseins. Que le traître paye de sa vie ses infêânes pro^ jets : que le monde sache, si par hasard il est instruit, que Camille non -seulement garde à son époux la foi qui lui est due, mais qu'elle a su le venger de celui qui Favait outragé...*. Cependant, ne vaudrait-il pas mieux encore avertir Anselme? Je l'avais assez mis sur la voix dans la lettre que je lui écrivis à la campagne; s'il n^ligea le danger que je lui signalais, ce fut sans doute par confiance et par bonté : il ne voulut et ne put pas croire que, dans l'esprit d'un aussi parfait ami que Lothaire^ il pût se former des pensées contraires à son honneur. Je ne le voulus pas croire moi-même pendant quelque temps, et je penserais encore de même, si l'insolence de ce perfide, ses présents, ses promesses et ses larmes continuelles ne m'avaient convaincue. Mais, à quoi bon tous ces discours? Est-il encore besoin de se consulter lorsqu'on a pris une généreuse résolution ? Non , certes : vengeance ! vengeance ! Qu'il vienne , le traître ! qu^il approche, qu'il meure ! en arrive ce qui pourra. J'entrai pure au pouvqjr de celui que le ciel m'a donné'pour époux : j'en veux sortir pure; je le serai plus encore en mourant baignée dans mon chaste sang et dans le sang impor du plus foux ami qui soit au monde. En disant ces mots , elle se promenait dans la salle, le poignard nu à la main , marchait à grands pas, sans ordre ni mesure, et faisait des gestes si étranges, qu'on eût dit qu'dle avait perdu la raison, et qu'on l'eût plutût prise pour un homme désespéré que pour une femme dâicate.

Anselme écoutait et considârait tout , caché derrière une tapisserie ; il était en admiration, et trouvait que tout ce dont il était témoin suffisait pour détruire des soupçons encore plus graves : il aurait souhaité que la nouvelle preuve qu'il devait tirer de Tarrivée de Lothaire vînt à manquer, et redoutait quelque accident imprévu ; il était prêt à se montrer, à sortir pour embrasser et désabuser sa femme, lorsqu'il*vit Léonelle revenir

' A mono* latfadas, y tan à pa$o llano.

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2tvec Lothaire. Aussitôt que Camille Taperçut, elle fit avec le poî{^ard une grande raie sur le plancher, et lui dit : Écoutez- BMDi , Lothaire ; si vous osez passer la raie que vous voyez , au premier pas que je vous vois faire pour la franchir, je me plonge ce poignard dans le sein. Avant que de me répondre, je veux que vous écoutiez ce que j'ai à Vous dire; vous parlerez ensuite. Et d'abord , dites-moi , connaissez-vous mon époux Anselme? quelle opinion en avez^vous? et me connaissez^vous moi-inème? Répondez sans vous troubler et sans hésiter^ car ce que je vous demande ne présente point de difficultés. Lothaire n'était pas si novice que, du moftientoù Camille lui avait dit de faire cacher Anselme , il n'eût imaginé ce qu'elle voulait foire : aussi répondit-il avec tant de discrétion et si à propos, qu'il n'était per-^ sonne qui n'eût pris toute cette comédie pour une vérité. Je ne pensais pas , lui dit-il , belle Camille , que voua m'eussiez fait venir ici pour me demander des choses si étrangères au sujet qui m'y amène; si vous le faites pour éluder vos promesses , vous auriez dû l'exécuter il y a longtemps : car un bien nous flatte d'autant plus que le moment de le posséder est prochain; mais, afin que vous ne m'accusiez pas de ne point répondre à vos de- M^ides, je vous dh*ai que je connais bien votre époux Ansebne : nous sommes unis dès i^os plus jeunes ans; je ne veux pas insister sur une amitié qui vous est si connue ; ce serait rendre témoignage de l'outrage que -l'amour m'entraîne à commettre envers lui, et l'amour en fait excuser de plus grands encore. Je vous connais également: vous m'êtes aussi chère qu'à lui-même; s'il n'en était pas ainsi, pour de moindres qualités que les vôtres, je n'aurais pas oublié ce que je me dois à moi-même et les saintes lois de l'amitié , que l'Amour, ce tyran des cœurs , m'a contraint de violer. Après cet indigne aveu , dit Camille , réponds, ennemi mortd de tout ce qui jnérite d'être aimé, de quel front oses-tu paraître devant le miroir où se contemple celui que tu aurais dû considérer, pour voir avec quelle indignité tu l'outrages* Mais, hélas! malheureuse que je suis! je soupçonne la cause qui t'a fait écarter de ton devoir : je me

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