PARTIE. I. CHAPITRE XXXV
déserte. Il ne sjayait cpie penser, que dire ni que faire, et petit / h fêlit, S2( tète se perdait :il sf yoyaîff^n un moment , sans fenufie, êâifs ami^ sans domestiques, abandonné du ciel même, çt, par-<}essu^tout, dépouillé de son hoùneitr,*car la fuite de Camille lui en révélait la perte. Il résolut enfin d'aller chez cet ami afaprès.. duquel il s'^it rendu quand il avait fourni î^s moyens de prépat*cx sa disgrâce. Il ferme la porte de sa ml^ison, monte à cheval,' et se met en route, navré de douleur. . Il n'a pas fait la inditié da<;chêmin, qu'abattu par ses tristes Pensées, il est contrain}; de' mettre pied à terre, et d'attaéher . soh cheval | un arbre v au pic^d duquel il se laisse tomber, suffoqué p^ ses sanglot^. Il demeura dans ce lieu jusqu'au soir. Il aperçuj alors un homme à cMbval, venant de la ville : il le ' salue, çt lui deibàiide cequ'on dit.de pouveau dans Florence. ' Les choses les plus étranges qu'on ait jamais ouïes, lui répond . le voyageur.: oadit publiquançnt que Lothaire, ce grand ami d'AnselAie le riche, qui depieurait auprès de Saint- Jean, a enlevé cette nuitj^amiùe, femme de cet Anselme, qui est aussi disparu. On a su cela par Une suivante de Camille, que la garde a arrêtée cette nuit comme elle descendait avec des draps par ^la fenêtre dé la maisoQ. Je' ne connais pas bien toutes les circonstances de cette aventure tJCj^ais seulement que toute la ville en* est ^ans rétonnement,ij^^ ne devsfit pas attendre un tel résultat de j^'mtime union qui régnait entre ces deux hommes, que l'on n'appelait que les deux amis, Savez-vous, par hasard, demandé Anselme, le chemin qu'ont pris Lothaire et Camille? Je n'jen ai pas la moindre connaissance, répond le voyageur; le gouverneur a fait jusqu'ici d'inutiles démarches pour en être instruit. Que Dieu vous accompagne, seigneur? dit Anselme. Qu'il voes protège, répond le voyageur. Et fl * poursuit son chemin.
Accablé d'aussi tristes nouvelles , Ansehne fiit sur le point de perdre la raison et la vie. 11 se leva comme il put , et se rendit chez son ami , qui n'était point encore informé de sa disgrâce; mais le voyant arriver si pâte et si défait, il jugea bien qu'il
lui était arrivé quelque fâcheux accident Anselme le pria délai faire préparer u%lit, et de lui donaer ce qu'il fallait^ur écrire. II se coucha, voulut être seul , et qu'on fernofStt sa j^rte. * livré à lui-même, il se trouva tellement accablé de Tidée de soq infortune, qu'aux angoisses qu'il éprouvait il vit bien que la vie allait lui échapper : il voulut jonc taire connaitf e la cause étrange de sa mort. Il se mit à écrire, mais, avant (ijd'il eât achevé sa lettre, les forces lui manquèrent, et il mourut' de' la douleur que lui avait causée ' sojei imp^inentç- curiosité. Le maître de la maison , voyant qu'il était déjà tard et qu'Anselpie n'appelait personne, entra dans sa chambfe pout savoir des DOuvâles de son indisposition : il le trojiva I^ moitié du corps hors du lit, penché sur la taMe, la plume à la main ,^et appuyé sur un papier écrit tout ouvert devant lui. U** l'appelle; mais, voyant qu'il ne lui répond pas, il le pi^nd par la main, la trouve froide et s'aperçoit qu'il est mort. Saisi d'étonnement. et de douleur, il appelle ses gens pôjur être .témoins deVet éyènanent déplorable, et se met à lire ce papier, sur lequel était
écrit de la main d'Anselme, dont il reconnut bien le caractère :
«Un sot et impertinent désir me coûte la vie. Si la nouvelle «de ma mort parvient à Camille, qu'elle sache que je lui parce donne : elle n'était point obligée de faire des miracle», et je «ne devais pas exiger qu^elIe eu fit; et, puisque j'ai été moi- «mème l'instrument de mon déshonneur, il ne faut pas que »
Il n'en avait point écrit davantage, et l'on reconnut qu'il avait expiré sans pouvoir achever ce qu'il voulait dire. Le lendemain, l'ami d'Anselme fit connaître sa mort à ses parents, qui avaient appris déjà sa triste aventure. Quant à Camille, elle était dans son couvent, prête à suivre Anselme dans son dernier voyage, non à cause de la nouvelle de la mort de son époux, mais par l'effet de celle qu'elle reçut de la mort de Lothaire ; elle n'avait pas voulu , assure-t-on^ malgré son veuvage, faire profession, ni sortir du couvent, jusqu'à ce qu'elle apprit , et ce fut bientôt , que Lothaire avait été tué dans unie