‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 195 sur 278 · PARTIE L CHAPITRE XXXVII. 34Ô · texte numérisé non relu

PARTIE L CHAPITRE XXXVII. 34Ô

voile la couvrait de la tète aux pieds. L'homme était d'une taille r(d>uste et agréable, âgé d'un peu plus de quarante ans ; son teint était basané, ses moustaches longues et sa barbe soignée : en un mot, son extérieur annonçait que s'il avait été mietix vêtu, il aurait paru un homme de quab'té. En entrant, il demanda une chambre; et, (ïômme on lui eut dit qu'elles étaient toutes occupées, il montra beaucoup de déplaisir. Cependant, il prit la Moresque dans ses bras et la mit à terre. Lucinde, Dorothée, rhôtesse, sa fille et Mantome,. attirées par la nouveauté d'un cbstume qu'elles, s'avaient pas encore vu;, l'entourèrent ; et Dorothée, toigonrs gracieuse, afiFable et discrète, la voyant aussi contrariée que son guide de ne pas trouver de chambre, lui dit : Ne vous affligez point, madame, de ce contre-temps^ c'est l'ordinaire des hôtelleries de ne point offrir ce dont on a besoin; mais, s'il vous platt de loger avec nous, dit-elle en montrant Lucinde, peut-être, dans le cours de voire voyi^, aurez-vous trouvé un asHe et un accueil moins agréables. La Moresque ne répondit rien; seulement elle se leva, Croisa ses bras sur sa poitrine, et s'inclina profondément, en signe de remercîment : ce silence fit juger que sam doute elle était Mauce, et qu'elle n'entendait pas les langues des pays chrétiens. En ce moment, le tfaptif, qui jusqu'alors avait été occupé d'autre chose , entra ; voyant toutes les, dames autour de l'étrangère [silencieuse, il leur 4it : Mesdames, cette jeune personne entend à peine ma langue , et n'en' sait point d'autre que celle de son pays : voilà pourquoi elle ne vois a point répondu et*ne vous répond point. Nous lui offrions seulement notre compagnie pour cette nuit, dit Lucinde, et de partager notre chambre, où nous lui ferons le meilleur traitement que nous pourrons, avec tput le plaisir qu'on doit avoir à obliger les étrangers , â plus forte caisoU une (èmme. Pour die et pour moi, répondit *le captif, je vous bai$e les mains, madame, je vous ren4s gràcé .dé la faveur que Vous noifô offrez ; dans (^tte occasion^ et* venant de persoonef tâles que vous paraissez ^tre, nous devons la regarder comme très grande. Dites-moi, sei-

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gmeoFy demaada Dorothée, cette dame est-elle chrétienne ou Maure? son habit ^son silence nous font craindre qu'icUe ne soit ce que nous ne voudrions pas qu'elle fût. Elle est Maure d'habits et4le naissance, répondit le captif; n^is, dans l'ame , , elle est bonne chrétienne , et a un grand désir de le devenir. Elle n'est donc pas encore baptisée? dit Lucinde. Nous n'en avons pas encore eu le loisir, répondit le captif, depuis qu'elle est sortie d'Alger, sa patrie. Jusqu'à présent elle ne s'eSt piHut vue ea danger de mort qui l'obligeât de recevoir le baptême avant de bien connaître toutes les cérémonies qi^ Gommanc|e notre mère .la sainte Église : Dieu , je l'espère, permettra qu'elle soit bapti^ promptement, avec la décence qu'exige sa qualité, qui est beaucoup ati^^us de ce que tânoîgne son habit et le mien. Gç discours fit naître en chacun le désir de savoir qui étaient la Maure ^e êaptîf ; mais personne ne voulut le lui demander, cacil parÀhait plus convenable do leur procurer du repos que de les questionner sur leurs aventures. Dorotjiée prit la Mpresque par la main , la fit asseoir à côté d'elle, et la pria d'ôter soin voile. Elle regarda le captif, eomme pour lui demander ce qu'il fallait fsûre : il lui dit, en arabe, qu'on la priait d'ôter son voile, et qu'elle le fît. Elle se découvrit donc et laissa voir une %ure si belle, que Dorothée la trouvait plus parfaite que Lucinde, LUcinde plus be^e que Dorothée, et tous les assistants pensèrent que la Moresque seule pouvait le disputer à l'une et à l'autre; il s'en trouva même qui lui donnaient l'avantage : c'est un effet ordinaire de la^eauté d'attirer à soi le cœur et la volonté de tout le monde, aussi tous s'empressèrent- de servir la beUe Maure, et de lui faire mille caresses. Don Fernand demanda au captif comment elle s'appelait Lela Zorayda, répoadit-il. Mais elle, entendant ce nom, comprit ce que l'on demandait au chrétien, et dit^ avec inquiétude et vivacité : No, no, Xoraydà; Maria-, Maria; donnant à entendre qu'elle s'appelait-Marie , et non Zorayde. Ces mots, et l'expression avec laquelle ils furent dits, fiitiit répandre plus d'une larmft aux assistants , et surtout aux femmes , naturellement plus sensibles.

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