‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 194 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXVII

guée, votre père a fait en vous cette métamorphose, vous ne devez vous y confier ; car il n'est poin^Me péril sur la t^fe, aft travers duquel mon épée ne vous ouvre un chemin; av^ elle je Jetterai à vos pieds la tète de votre ennenfi, et je saurai mettre sur la vôtre la courpnne qui vous appartient. Don Qu^ote se tut, et attendit la réponse de la princesse; celle-ci, connaissant rintention de don Fernaiid de poursuivre Tàventure jusqu'à ce qu'on eût ramené Don Quijote chez lui, lui répondit avec beau^ coup de douceur et de gravité : Quiconque vous a dit, vaillant chevalier de la Triste Figure, q^e j'étais métamorphosée, et que j'iavais perdu mon premier état, ne vous a point dit la vérité, car je suis aujourd'hui la mème^ue j'étais hier. U eut bien vrai que quelques événements heureux ont apporté certains changements dans ma fortune et l'i^nt raidue meilleure qve je ne pouvais le ^esirer ; ipais, pour cela, je n'en suis pa& moins .telle que j'étais, ni moins résolue 4^employer la valeur de votre invincible bras. Ainsi, sei^eur, que votre coartouie daigne rendre l'honneur au père qui- m'a engendré, et le t^iir pour uç homme àage et prudent,*qui par sa science a su trouver un moyen sr facile pour remédier à ma dî^^ce : je crois que sans vous, seign^euir, je n'eusse pas joui du bonheur que j'c^ tiens; et tous ceux qui sont ici présents peuvent bien attester ht vérité de ce, que je dis. Ce qui nouS reste à faire est de poiV'* suivre demain notre route, car ac^ourd'hui nous pe pourpîws faire qu'une. petite journée; xpiant au succès que j'jeispère, je m'en remets à Dieu et à la force de vdtre bras. Tel fut-le dis^cours de la spirituelleDorothée. Alors Don Quijote, se tournant vers Sapçho, lui dit^'un air irrité r Petit Sancho, vous êtes bien le plus gr;and maraud de toutes lès Espagnes^ Réponds, larron : ne viens-tu pas de me dire qifê la princesse était ebaogée en^unp demoiselle appelée Dorothée? que la tète que je pense avoir coupée au géai&t était la putain qui t'a epgendré?* et autres sottises qui m'ont miis. dans-la^ phis grandeciHtfttsion où je pie sois trouvé de ma vie? Parla nloKt^ajouta-t-il, les* yeux fixés au ciel et les' dents serrées, je ne sais qui me tient de faire

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de ton corps wh U^ exemple qn*fl rende sage à ravenir < totst ûktaA (L'écnyers menteftrs qu'il y en a dans le monde. Calmez- Yoos, seigneur, r^Kmdit Sancho : il est possible que je me sois trompé sur le chasigement de madame la princesse Micomîcena; mais, pour ce qui est dé la tète du géant , ou du moins des outres percées^ et du sang qui est du yin rouge, vive Dieu! les outres sont aicore au chevet de votre lit , et le vin forme un lae dans la chambre : vous le verrez bien quand on en vididra au fait, et que lliôtdier vous demai^dera le payement de tout le dommage; que, si madame la reine est toujours ta même qn'dle était , je m^en r^'oiiis fort dans Famé , car il m'en revient ma part comme à chaque flls du voisin. Cest assez, reprit Don Qilljote; tu n'es qu^'un sot, mon pauvre Sancho. Ne parbns^ plus de tout ceci, dit don Femand; puisque nuidame la princesse drdonne qu'cm ne se mette>en route que d^nain, attaidv qu'il est trop tard aiyourd'hui, qu'ainsi soit fait : nous pourrcms passer cette nuit en ecmversation jusqu'au jour, et demain nous accompagnerons, tous le seigneur J)on Qu^jote; car nous desirons être témoins de ses^exploits rai^ et inouïs dans une ^ussi grande entreprise. Ce sera moi, répondit Don Quîjote, qut'voas servirai et voUs accompagnerai. Je vous rends grâce de ia faveur que vous daignez me faire, et de la bonne opinion que vous avez de moi; je ii^efforcerai de la justifier, dût-il m'en coûter la vie, et plus encore, s'il est possible. Il se fit un long échange de compliments et d'offires de services entre Don Quijote et don Femand : mais tout rentra dans le silence à l'arrivée d'un voyageur dont l'habit aiinonçait un chrétien nouvellement arrivé du pays des Maures : il était en effet vêtu d'une casaque de drap bleu à courtes basques, demi-manches et sans collet; ses chausses étaient de toile bleue , et le bonnet dé la même couleur; ses brodequins étaient 'couleur de dattes , et im cimeterre maure pendait à un baudrier qu'il portait en écharpe. Avec lui venait une fonpte nHmtéerSur un âne, et vêtue à là moresque ; un voSe cachait sa figure; son bonnet était de brocart; un long

* Itacer un etlrago en ii que ponga soi en la moUera a todos, etc.

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