‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 202 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIX

à vivre le reste de mes jours. Mais je voudrais qu'après avoir reçu ce qui lui revient, chacun de vous prtt un des chemins que je vais vous indiquer. Nous avons en Espagne un proverbe qui me paraît très vrai, comme ils le sont tous, puisque ce sont de courtes sentences firuit d'une longue expérience; voici celui dont je parle d'Émise, la mer, ou la maison royale ^; ce qui signifie plus clairement que qui veut devenir riche doit ou entrer dans rÉglise, ou s'embarquer et se livrer au commerce, ou entrer au 'service du roi dans sa maison, car, comme on le dit, mieux valent les miettes du roi que les grâces d'un seigneur. Mon intention est donc que Fun de vous suive les lettre^, un autre le commerce, et qu'un autre serve le roi en guerre, attendu qu'il est trop difficile d'entrer dans sa maison : la guerre, il est vrai, ne rapporte pas beaucoup de richesse, mais elle donne au moins de la valeur et de la renommée. Dans huit jours, je vous remettrai yos parts à diacun, en argent, sans vous faire tort d'une obole, comme vous le verrez. Ditesmoi, maintenant, si vous voulez suivre mon conseil. U s'adressa d'abord à moi, qui suis, l'atrié. Je le conjurai de ne point se défaire de son biefi, mm Ae le dépenser à sa volonté : je lui représentai que nous étions en âge d'en gagner; j^ajoutai que je me conformerais à ses désirs, et que je prendrais le parti des armes, servant à la fois Dieu et mon roi. Mon second frère lui fit les mêmes représentations, et choisit d'aller trafiquer dans les hides avec la part qui lui revenait. Le [dus jeune, et , je crois, le plus sage, dit qu'il voulait entrer dans l'Église, et aller à Salamanque achever ses études. Nous étant accordés ainsi, mon père nous embrassa, et, dans le délai qu'il nous avail fixé, exécuta ce qu'il avait résolu. H remit ^ chacun sa part en argent, montant, autant qu*il m'ra souvient, à trois mille ducats, à l'aide de l'argent d'un oncle à nou&qui acheta tout le bien pour qu'il ne sortit point de 1^ famille, et le paya

1 Très cos(u h€tcen al kombre medrar; cieneia, r mar, r caia real. C'est ainsi que (iope de Véga rapporte ee proverbe dans sa Dorothée (ade-i, scène- vnt }; le mot cieneia est bien plus géaéral «t bien plus étendu que celui de Iglesia dont' se sert Geryantes, puisqu'il renferme en lui les lettres divines et humaines.

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