‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 203 sur 278 · Ô6 BON Q13IJ0TE · texte numérisé non relu

Ô6 BON Q13IJ0TE

comptant. Nous prîmes tous trois congé de notre père le même jour; mais, ayant de partir, trouvant inhumain de laisser mon père âgé avec aussi peu de bien, je le contraignis de reprendre .■deux mille de mes trois mille ducats, le reste me paraissant suffisant pour former Féquipement d'un soldat. Mes deux frères, touchés de cet exemple, lui abandonnèrent chacun mille duxats, ce qui lui fit un supplément de quatre mille ducats, outre sa part de trois mille , en èiens-fonds qu'il ne voulut point vendre. J^ous nous séparâmes enfin de lui et de notre oncle, non sans attendrissement et sans larmes, et avec recommandation de lui donner de nos nouvelles bonnes ou mauvaises, toutes les fois que nous le pourrions. Nous le promimes , et il nous donna ^ .sa bénédiction; puis Fun prit la route de Salamanque, Tautre celle d^ Séville , et moi celle d'Âlicante , où j'eus avis qu'un vaisseau chargé de laine faisait voile pour Gènes. Il y a vingtdeux ans que j'ai quitté la maison paternelle; et depuis ce tanps, quoique faie plusieurs fois écrit, jamais je n'ai reçu de nouvelles de mon père ni de mes frères. Je vais mamtenant raconter en peu de mots ce qui m'est arrivé.

Parti d'Âlicante, j'arrivai heureusement à Gènes, d'où je me rendis à Milan pour y acheter des armes et tout l'attirail d'un soldat. Mon mtention était d'aller prendre parti dans le iPiémont; j'étais en chemin pour Alexandrie, quand j'appris que le grand-duc d'Àlbe passait en Flandre. Je changeai d'avis : je le suivis, et fis la campagne avec lui. Je fus présent à la mort des comtes d'Ëgmont et de Horn, et je devins enseigne d'un vaillant capitaine de Guadalaxara , nommé Diego de Urbina^ Quelque temps après mon arrivée en Flandre, on eut connaissance de la ligue que Sa Sainteté Pie Y, d'heureuse mémoire, avait faite avec l'Espagne et la république de Venise contre l'ennemi commun, le Turc, qui venait avec sa flotte de Ts'emparer de l'Ile de Chypre appartenant aux Véni-

■ ,0e Diego de Urbina n'est point un personnage imaginaire. U se trou?a à la bataille de Lépanfe , où il se comporta vaillamment , et enleva l'étendard royal d'Egypte.

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