PARTIE I. CHAPITRE XL
Du sein de cette terre stérile, des ruines de ces tours renversées, les âmes de trois mille soldats se sont élevées à un meilleur séjour.
La force de leurs bras s'exerça en vain ; fatigués et réduits enfin à un petit nombre , ils abandonnèrent leur vie au tranchant du glaive.
Cette terre a toujours été peuplée de mille douloureux souvenirs dans les siècles passés ainsi que de nos jours.
IMais^amais âmes plus saintes ne sont sorties de son sein dévorant, pour atteindre le ciel Jamais elle ne soutint des hommes plus vaillants.
Ces sonnets furent trouvés assez bons; le captif se réjouit d'apprencke ces nouvelles de son camarade , et poursuivît aiqsi : Le fort et la Goulette s'étant donc rendus, les Turcs donnèrent ordre de démanteler celle-ci; pour le fort, il était en tel état qu'il ne restait rien à renverser. Pour réussir avec moins de trar vail et de temps, on mina la goulette dans trois endroits : mais tous les efforts échouèrent même contre les vieilles murailles qui semblaient les plus faibles. Quant aux nouvelles fortifications qu'avait fait construire le Fratin, elles furent détruites en un instant. Enfin , la flotte rentra triomphante dans Gonstantinople; peu de temps après mourut mon maître, Uchialy^ on l'appelait ordinairement UchicdyFartax, ce qui en langue turque signifie le renégat teigneux, 11 Pétait en effet,, et les Turcs ont coutume de donner aux gens des surnoms tirés , ou de quelque défaut particulier, ou de quelque vertu; cela vient de ce qu'ils n'ont en tout que quatre noms de famille diff^ents parmi les descendants de la maison ottomane : tous les autrcâi, on les désigne, comme je viens de le dire, par des défauts da corps ou des qualités de l'esprit Cet Uchialy mania la rame
* Ce nom, que l'on écrit en espagncH Vchaii, aa Ochaii, est» par corruption» pour jiluch Ait, qui vent dire te renégat Air. Cet homme était natif de LicastelP en Calabre. 11 «e fit nuisulman en 1560 ,*et, huit ans après, devint roi d'Alger. I^ donna du secours aux Maures dans la guerre de Grenade , et fut général de Farmée turque dans celle de 1571. Il mourut de poison- vers 1580. H avait toute la tête pelée par la teigne,, était d'une haute taille, robuste, basané. Sa v(»x était tellement rauque qu'on avait de la peine à saisir ce qu'il disait. 11 portail hahituellement desvêtements noirs ; et lorsqu'iT était de roanvaSe hmncur, ce qui lui arrivait souvent , il ne pouvait entendre parler d'afftùres.
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pendant quatorze ans qu'il fut esclave du Grand Seigneur. A rage de trente-quatre ans , un Turc lui ayant donné un soufflet, il renia sa foi, pour pouvoir se venger. Il se distingua tellement par sa valeur que, sans passer par les d^rés intermédiaires que sont obligés de franchir les favoris du sultan, il devint roi d'Alger, et fut depuis général de la mer, cpii est la troisième charge de TÉtat. Il était Galabrois de nation, et fat sous le rapport moral homme de bien, traitant ses esclaves avec beaucoup d'humanité; il en avait trois mille, qui furent partagés après sa mort, suivant son testament, entre les renégats cpii luiétaient unis et le Grand Seigneur, lequel est héritier de tous ceux qui meurent, et partage avec les enfants du défunt. Pour moi , f échus à un renégat vénitien, jadis matelot ; il fut pris par Uchialy, qui en fit un de ses favoris les plus intimes ; il devint le plus cruel* rehégat que l'on pût voir. II s'appelait Azan Aga, devînt fbrt riche , et fut aussi roi d'Alger. Je4e suivis de Const«ntindple , non sans quelque plaisir de me rapprocher de l'Espagne ; je n'avais pas l'intention d'écrire à personne pour faire connaître mon sort, mais j'espérais que là fortune me serait plus favorable qu^à Constantinople, où j'avais tenté de m'enfuir mille fois sans pouvoir en trouver l'occasion. Je comptais faire d'autres tentatives en Alger : car je ne perdis jamais l'espoir de recouvrer la liberté; lorsque le projet que je comptais mettre à exécution ne réussissait pas, loin de me décourager, je dressais d'autres batteries, et me berçais de nouvelles espérances; elles me soutenaient quelque léglferes qu'elles fussent. Cependant , je passais ma vie dans une prison , ou bâtiment que les Turcs appellent bains ^^ où l'on enferme les esclaves chrétiens, tant ceux du roi que ceux de certains particuliers, et ceux que l'on nomme de magasin ou du conseil, qui servent aux ouvrages publics. Ces derniers recouvrent difficUement leur liba-té, parceque étant à tous, et n'ayant pas de maître particulier, ils ne savent avec qui traiter de leur rançon, s'ils ont. de quoi la payer. Dansces bains , cpidque particuliers aussi
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