‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 210 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XL

quelque cbrétienae esclave, et que c'était elle qui nous faisait ce bien. Cependant , Textrème blancheur de la main, et le bi^acelet que nous avions aperçu, nous firent abandonner cette idée. IVous imaginâmes ensuite que c'était plutôt une chrétienne renégate que son maître avait prise pour épouse légitime; car ils estiment plus ces femmes-là que celles de leur propre nation. Toutes nosconjectures étaient fort loin néanmoins de la vérité. Depuis ce moment, notre unique occupation était déconsidérer la fenêtre où nous avait apparu cette bienheureuse canne re'était le pôle qaï nous attirait. Il se passa néanmoins plus de quinze jours sans que nous vissions ni la main ni aucun autre signal; toutes les informations que nous primes pour savoir s'fl y avait dans cette maison quelque chrétienne repégate, n'aboutirent qu'à nous fairesavoir qu'elle était hahitée par un riche Maure nommé Agi Morato, qui avait été gouverneur de la Pata, un. des emjriois les plus honorables parmi eux. Enfin, un jour, au moment* où nous nous attendions le moins à voir tomber des cianis, et où nous nous trouviqiiik seuls comme la première fois, nous vîmes paraître une capnéyJlifNi un mondioir qui semblait plus enflé. Nous recommeiMsâlIrilBi^^P^ireiive, et la canne ne se rendit qu'à moi. Je dffis fè noMl^ét trouvai quarante écus d'or d'Espagne , avec une lettre écrite m arabe , au bas de laquelle était tracée une grande croix. Je baisai la croix, pris les écus , retournai s^ir la terrasse : nous fîmes nos saints ; la main reparut ; je fis signe que je lirais le papier, et Ton fernla la fenêtre. Nous étions aussi satisfaits que surpris de notre bonne fortune; mais pas un de nous ne savait l'arabe, et cependant nous avions le plus vif désir de savoir le contenu du papier : le plus difficile était de trouver quelqu'un pour le lire. Enfin, je résolus de me fier à un reniât de Murcie qui me faisait de grandes démonstrations d'amitié, et que certains rapports avec moi obligeaient à garder le secret que- je voulais lui communiquer. En effot , ceux des renégats qui ont intention de retourner en terre de chrétienté, ont coutume de se procurer, de la part de^ esclaves les plus distingués, des attestations (pii font

M que td renégat est homme de bien , qu'il a toigours fevorisé les chrétiens, et désiré de s'enfmr à la première occasion. Parmi ces renégats, les uns recherchent ces attestations dans des vues sincères et louables, d'autres en font un coupable usage : lorsqu'ils vont pirater en pays chrétien , s'il arrive qu'ils soient pris, ils produisent ces attestations et disent qu'elles feront connaître dans quelles intentions ils sont venus. C'est pour rester parmi les durétiens cpi'ils affirment avoir suivi les Turcs dans leurs courses. Far ce moyen, ils évitait le pranier dangCTi et se réconcilient avec l'Église, sans qu'on leur fosse aucun mal ; puis , quand ils trouvent l'occasion favorable , ils retournent en Barbarie reprendre leur premier métier. Il y en a pourtant qui usent de ces attestations loyalement et restent en terre duré* tienne. Or Fami dont je vous ai parlé était un de ces renégats; il avait obtenu de tous mes camarades des attestations i^mblables, en bonne forme, et, si les Maures lui avaient trouvé ces papiers, ils l'auraient brûlé vif. Je savais qu'il entendait parfoitement l'arabe, et que non-seulement il le parlait, mais qu'il l'écrivait. Cependant, avant de m'ouvrir entièrement à lui, je lui dis seulement de me lire ce papier que j'avais trouvé dans un coin de ma loge. 11 l'ouvrit , et resta quelque temps à l'examiner, marmottant entre ses dents. Je lui demandai s'iipe comprenait. Parfaitement, me répondit-il; et si vous voulez que je le traduise mot pour mot, et plus exactement, procurez-moi seulement une plume et de l'encre. Je lui donnai ce qu'il me demandait; il traduisit la lettre avec soin, et médit : ce qui est là en espagnol renferme tout ce que contient c& papier moresque, sans qu'il y manque une lettre. Je dois seulement vous avertir que, partout où vous trouverez ces mots : Léla Marien , cela signifie Notre-Dame la Vierge Marie, Voici ce que contenait cet écrit :

((Quand j'étais petite fille, mon père avait une esclave qui ((m'enseigna dans ma langue l'adoration chrétienne, et me dit ((beaucoup de choses de Léla Marien. Cette esclave mourut , et

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