PARTIE 1. CHAPITRE XLI
vais desseins. Ne croyez pas qu'elle ait changé de rdigion parcequelle trouve la vôtre meilleure, mais parcequ'dle sait que dans votre pays les femmes sont plus libres que chez nous. Puis, se tournant vers Zorayde, qu'un autre chrétien et moi tenions par les bras , de crainte cpiUl ne se portât à quelque excès : Infâme, lui dit-il , fille insensée , où vas-tu, aveugle que tu es,parinices chiens, nos ennemis naturds? Maudite soit rheure où je t'engendrai ! maudits h& soins qu^avec tant d'amour j*ai pris de ton en£anee I Voyant adors qu'il* n'était pas près de finir ses plaintes, je le fis mettre promptement à terre, où il continua ses malédictions, conjurant Mahomet de demain der à Allah notre/uine; et , lorsque ayant fait .voile Une nous fut plus possible d'entendre ses pardes , nous le vîmes s'arracher les cheveux, la barbe, et se rouler par terre. Une fois. , potirtant il éleva la voix assez pour que nous entendions ces mots: Reviens,' ma fille bien-aimée, reviens, je te pardonne tout. Laisse à ces hmnmes cet argent : aussi bien estril à eux déjà. Reviens ccmsoler ton malheureux père, qui laissera la vis dans ces déserts si tu l'abandonnes. Zorayde Técoutait , pa|rC»geait sa douleur et pleurait sans pouvoir lui répondre que ces seuls mots : Veuille ^ah., è moi^ père I que liéla Marien , qui m'a rendue chrétienne, te console d»is ta tristesse. Mûi sait bien que je n'ai pu m'empèeber de foire ce que j'ai fait , et cpic ces chrétiens ne me doivent aucune obligation ; quand j'aurais voulu ne pas les suivre et rester parmi les miens, cela çi'eàt été impossible, tant j'avais d'empressement à faire ce que je crois le bien et ce que tm, 6 mon père , tu trouves le mal. Elle parlait encore (pi'il ne l'entendait plus, et nous-mtaies nous Ae pouvions plus le ^ir. Je lacousdai et nous ne nous occupâmes plus que de notre route. Le vent nous était si favorable que noas tenions pour assuré de voir le lendenmins,^à la pointe du jour, les côtes d'Espagne; mais, comme rarement , ou plutôt jamais, le bien n'arrive sans ëtne accompagné ou suivi de quelque mal qui y mêle son amertume , ou peut-être par suite des malédictions que le Maure avait kncéés contre sa fille , et que
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Ton doit redouter de qpidque père qu'elles viennent , sur les trois heures de nuit , nous trouvant en pleine mer^ voguant à voile déployée et les rames suspendues, car le vent propice les rendait inutiles , nous vtmes , à la clarté de la lune, et tout près, le gouvernail portant un peu à gauche , un bâtiment rond qui, toutes voiles dehors, traversait devant nous.. Nous en étions si près que nous fûmes contraints d'abaisser notre voile pour éviter le choc; eux, de leur côté, appuyèrent sur le gouvemail poumons laisser passer. L'équipage s'était mis au b(M*d du bâtiment pour nous demander qui nous étions, où nous allions^ d'où nous venions. Mais , comme ils nous parlèrent français, le renégat nous dit: Que personne ne réponde; ce sont sans doute des corsaires français , qui n'épargnent personne. Nous passâmes donc sans dire un mot, et nous avions fait quelque chemin les laissant sous le vent; quand à Fimpri)viste , ils nous tirèrent deux coups de canon , probablement à boulets rames , car le premier coupa par le milieu notre mât, qui tomba dans la mer avec la voile; et le second frappa notre barque sur le milieu et l'ouvrit tout entière sans blesser personne : nous voyant près de couler à fond, nous demandâmes du secours, à grands cris , suppliant.que Ton vînt nous prendre parcequenous périssions. Alors ils plièrent les voiles, et mirent l'esquif en mer : douze Fcançais sautèrent dedans , armés d'arquebuses avec les mèches allumées, et ils s'approchèrent de nous. Voyant notre petit nombre et que la barque coulait, ils nous récueillirent en nous disant que nous ne devions nous en prendre de notre malheur qu'à notre incivilité. Le renégat prit le coffret de Zorayde, et le jeta dans la mer sans être aperçu. Nous passâmes tous sur le bord des Français ; après nous avoir fait toutes les questions qu'il leur plut, ils nous dépouillèrent -comme s'ils eussent été nos ennemis capitaux. Us ôtèrent à Zorayde jusqu'aux cercles qui ornaient ses pieds ; ma plus vive crainte était qu'après s'être emparés de ses bijoux , ils ne voulussent lui ravir un bien mille fois plus précieux ; mais cette espèce de gens n'en veut qu'à l'argent.