PARTIE I. CHAPITRE XLIll
dant la nuit. Ceux qui le connaissaient acceptèrent son offre , .et mirent l'auditeur au fait de son étrange folie, ce qui le divertit beaucoup. Sancho seul se désespérait de ce qu'on était si longtemps à se retirer. Il s'arrangea mieux que tous les autres ^ se faisant un lit du bât de son âne, qui lui coûtj^ bien cher, comme on le verra plus loin. Les dames retirées dans leur chambre, et les autres arrangés du mieux qu'ils purent, Don Quijote sortit de l'hôtellerie pour veiller sur le château, comme il l'avait promis.
Quelque temps avant le point du jour, les oreilles des dame$ furent flattées des sons d'une vœx si juste et si douce qu'elle^ éveilla toute leur attention, surtout celle de Dorothée, qui ne dormait pas, et couchait auprès de doua Qara Biedma; ainsi se nommait la fille de Fauditéur. Personne ne pouvait s'imaginer quel était celui qui chantait si bien : c'était une voix seule, sans: aucun accompagnement ; elle semblait venir tantôt de la cour, tantôt de l'écurie. Gardenio s'approcha de la porte des dames, et leur dit : Que celles qui ne dorment pas écoutent; elles entendront un jeune muletier qui chante â ravir. Nous l'écou-
tons, répondit Dorothée, et prêtant l'oreille, elle entendit la chanson suivante :