‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 232 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLIIL · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLIIL

Ven convaincre, c'était Fimmobilité de Rossinante; de soKe qu'il pensait demeurer ainsi sans boire, manger ni dormir, lui et son cheval, jusqu'à ce que la maligne influence des astres fitkt I>assée, ou qu'un enchanteur plus habile l'eût désenchanté.

Il se trompait pourtant beaucoup dans ses conjectures ; car à peine l'aurore ccmunençait à paraître , qu'arrivèrent à l'hûtdlerie quatre cavaliers bien équipés, et armés d'escopettes : ib l^rappèrent à coups redoublés à la porte de la maison qui était encore fermée. Don Quyote, qui les aperçut de dessus son. chevid, où il continuait ses fonctions de sentinelle, leur cria d'une voix haute et fière : Chevaliers où écuyers , qui que vous soyez , vous ne devei pas frqpper amsi à la porte de ce château : il est bien clair qu'à une telle heure ceux qui l'habitent dorment, ou n'ont pas coutume d'ouvrir le$ fortcsresses avant le lever du soleil. Ratirex-vous ; attendez qu!il soit grand jour, et nous verrons alors s'il convient de vous ouvrir ou mm. QueUe diable de forteresse ou de château est donc cette maison, dit un de ces hommes, pour exiger toutes ces cérémonies? Si vous êtes l'hôte, faites-nous ouvrir : nous sommes des voyageurs, nous ne voulons que donner de l'avoine à nos chevaux , et poursuivre notre route, car nous sommes pressés. Vous semble-t-il, chevaliers, que j'aie l'air-d'un tavemierP réprît DonQuijpte. Je ne sais de quoi vous aves; l'air, dit un autre voyageur ; mais je aa^ bien que vous rêvez d'appeler cette hôtellerie ua château. — C'en çst un, vous dis-je, et dea meilleurs de la province : il s'y trpuve des gens qui ont manié le sceptre et porté la courono,e. Il serait mieux ile dire, au contraire, reprit le voyageur, des gens qui ont eu le scqptre sur la tête et la couronne en main. H y a peut^tre ici quelque troupe de comédiens, qui souvent , çn effet, pprtent le sceptre et la couronne ; on ne saurait Tqitendre autreo^nt .d'une hôtellecie de si peu d'apparence. Vous connaissez peu le monde, dit Don Quyote , puisque vous ignorez Içs aveptures ordinaires de la clievalerie errante. Les voyageurs, ennuyés du colloque de notre chevalier, se mirent à frapper avec gcand bruit, tellement (}ue l'hôtelier et tous les autres

s*éveillant, on alla voir qui firappait ainsi. Cependant, une des montures de ces hommes s^approcha pour flairer Rossinante, qui, triste et les oreilles basses, soutenait sans se mouvoir le corps allongé de son maître : comme, après tout,Rossi-. nante était de chair, encore qu'on e^t pu le croire de bois , il ne resta point insensible et voulut à son tour flairer qui lui faisait des avances; mais à peine ent-fl fait un léger mouvement , que Ja seUe se dén^ sous les deux pieds de Don Quijote ; et il serait tombé par terre s'il n'avait été retenu par le bras. La secousse lui occasionna une douleur si vive qu'il lui sembla qu'on lui coupait le poignet ou qu'on loi arrachait le bras. 11 était si prës de la terre qu'il l'effleurait du bout des pieds, et c'était un nouveau supplice : car, se sentant ri voisin du sol , il faisait d'inutiles efforts pour prendre pied , comme ceux à qui l'on donne l'estrapade accroissent eux-mêmes leur tourment dans l'espérance de toucher la terre en s'allongeant.

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