‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 234 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLIV. iO · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLIV. iO

étonnement; mais Thôte mit fin à leur surprise en leur apprenant ce que c'était que Don Qaijote, et qu'il ne fallait pas faire attention à ce qu'il disait, parcequ'il était fou. Ces cavaliers demandèrent ensuite à Thôtelier, si par hasard il était venu dans son hôtellerie un jeune homme de quinze ans, vêtu en muletier; de telle et telle façon, donnant le signalement de l^amant de doua Clara. L'hôtelier répondit qu'il y ^ait tant de monde dans sa maison, qu'il ne pouvait leur en rien dire; mais l'un d'eux ayant reconnu la voiture de l'auditeur, s'écria : Oui , sans doute, il doit être ici, car voilà la voiture que l'on dit qu'il suit : que l'un de nous reste à la porte, tandis que les autres te chercheront. Il serait même bcm qu'il y en eût un qui fit le tour de la maison, de peur qu'il ne s'échappe par-dessus les murailles de la cour. Cest bien , répondît un d'entre eux. Ainsi, l'un resta à la porte, deux autres entrèrent dans la maison, et le quatrième' tourna t(mt autour des murs. L'hôtelier les regar* dait faire, et ne devinait pas le motif de leur conduite, quoiqu'il pensât bien qu'ils cherchaiait ce jeune homme. Il était déjà ^rand jour ; les cris de Don Quijote avaient réveillé tout le monde : chacun se levait, et spécialement Dorothée et Clara qui n'avaient pu dormir. Tune de savoir son semant si près d'elle , l'autre d'envie de le voir. Don Quijote étouffait de rage de voir que pas un des nouveaux venus ne répondait à son défi, et ne jRsrîsait même attention à lui : certes, sll eût lu d^ns les lois de la chevalerie qu'un chevalier errant, malgré sa parole donnée de ne former» aucune entreprise, pouvait tenter une nouvelle aventure, il les eût attaqués tous, et les eût bien cour traints à lui répondre ; mai3 sa foi donnée à la princesse Micomfcona de ne rien entreprendre avant de l'avoir rétablie sur son trône, l'obligea de rester tranquille, attendant quelle serait l'issue des recherches de ces hommes. L'un d'eux, enfin, trouva celui qu'ils cherchaient, dormant à côté d'un muletier, et bien éloigné de penser qu'on le cherchait, et moins encore qu'on le trouverait. Cet homme le prit par le bras , et lui dit : En vérité^ seigneur don Louis, le costume où je vous trouve est bien

digne de votre rang, et ce Ut répond bien à la délicatesse avec laquelle votre m^e vous a élevé. Le jeune homme frotte ses yeux encore appesantis par le sommeil , considère celui qui le tient par le bras , le reconnaît pour un domestique de son père, et demeure si saisi qu'il ne peut répondre une parole. 11 nes!agit plus, seigneur don Louis, continua le valet, que de prendre patience, et de revenir à la maison de votre père, si vous ne voulez pas le voir aller dans Fautre monde : car on ne peut guère attendre unautre résultat du chagrin que lui cause votre absence. Et eonmientnion père a-t-41 su, demanda don Louis, qqe j ayais pris ce chemip, et sous cet habit? — Un éludiant à qui vous vous êtes confié a tout révélé, touché de ladouleur de votre père i la nouvelle de votre fuite. Aussitôt il a dépêché quatre de ses domestiques pour courir après vous : nous voici tous à ViQS Qrdres, plus satisfaits qu'on ne saurait le dire delà bonne nouvelle que nous allons rapporter, en vous ramenant, à celui qui vous aime si tendrement.- Ce sera comme je le voudrai, ou cooune le ciel t'ordonnera , répond don Louis. Et que pouvezvous décider, et que peut ordonner le ciel, dit le domestique, sinoa de venir avec nous, puisqu'il ne peut en être autrement? Le muletier qui couchait auprès de don Louis entendit toute cette conversation, il se leva, et fut donner avis de ce qui se passait à don Fernand, à Gardenio, et aux autres qui déjà étaient sivcpicd, ajoutant que Ton traitait le jeune homme de don, qu!on voulait le ramener chez son père, et que lui ne lè vouait pas. Ces nouvelles 9 jointes à ce qu'ils savaient de la voixVlu jeune honmie, leur inspirèrent le désir de savoir.plus particulièrement qui il était , et même de le secourir si Ton voulait user envers lui de violence. Ils s'acheminèrent donc vers lendroit où il disputait avec son domestique. En ce ihoment, Dorothée sortit de sa chambre, suivie de Clara toute troublée': elle prit à part Gardenio , et lui dit , en peu de mots, l'histoire du musicioDi et de la jeune fiUc. Lui , de son côté , lui conta l'arrivée des domestiques de don Louis ; mais il ne put le faire si secrètement que Glara ne l'entendit : elle en fut si saisie que, si Dorothée ne

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