‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 235 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLIV. 41f · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLIV. 41f

Teùt retenue, elle serait tombée par terre. Gardeoio dit à I>orothée de rentrer dans sa chambre, et qui ferait en sorte de remédier à tout. Déjà les quatre domestiques étaient entrés dans rhôtellerie et entouraient don Louis , s'efforçant de lui persuader de revenir sans plus de retard auprès de son père. Il répondait qu'il ne le pouvait point avant d'avoir terminé une affaire d'où dépendaient sa vie, son honneur et sa félicité. Les domestiques le pressaient, et l'assuraient qu'ils ne s'en retourneraient pas sans lui, et qu'ils l'emmèneraient de force ou de gré. Vous ne m'emmènerez que mort, leur dit don Louis : car, de toute manière, me faire partir/ c'est m'ôter la vie. D^a étaient accourus à la contestation tous les habitants de l'hôtellerie, Gardenio, donFernand, ses amis , l'auditeur, le curé, le barbier, et même Don Quyote, qui avait trouvé que le château n'avait plus besoin d'être gardé. Gardenio, qui connaissait l'histoire du jeune homme, demanda aux domestiques pAor quelle raison ils vouljadent l'emmàier malgré lui. C'est, répondent-ils, pour rendre la vie à son père, que son absence met en danger de la perdre. 'Il n'est pas besoin, dit don Louis, de conter ici mes affaires : je suis libre, je m'en retournerai si je le veux; aucun de vous ne peut m!y contraindre. La raison vous y contraindra, dit le domestique; et, si elle ne peut rien sur vous, elle nous enseigne à remplir notre mission et à feire notre devoir. Sachons un peu ce qu'il y 9 au fond de tout cela, dit l'auditeur. Le domestique le reconnut pour un voisin de la , maison de son maître , et lui dit : Eh quoi ! seigneur auditeur, vous ne remettez pas le fils de votre voism dans ce jeune cavalier, qui a quitté la maison de son père , sous un habit si jteu digne de son rang, comme vous le voyez? L'auditeur le régarde plus attentivement, le reconnaît et lui dit en l'embrassant : Quel enfantillage est ceci, seigneur don Louis? ou quelles causes puissantes ont pu vous déterminer à voyager ainsi, dans un état si peu conforme à votre qualité ? Les larmes vinrent aux y eux ^u jeune homme, et il ne put répondre. L'auditeur dit aux domestiques de se tenir en repos , que tout ira bien. Il

prend don Louis p«r la main, le tire à Técart, et lui demande le siqet de scm voyage.

Tandis qu'il interrogeait le jeune homme, on entendit de grands cris à la porte de IliôteUerie : deux hommes qui y avaient passé la nuit , voyant tout le monde occupé de Faflaire qui avait amené les quatre voyageurs, avaient tenté de s'en aQer sans payer; mais lliôtdier, plus occupé de ses affeîres que de celles des autres, les saisit au pas de la porte, et réclama son payement, leur reprochant leur n&auvaise action en tels tenues, qii'ils lui répondirent à coups de poing, et le chai^^ rent si bien qu'il fut contraint d'appeler au secours. L'hôtesse et sa fille ne virent que Don Qu^ote, assez peu occupé pour dimner son appui, et la fille lui dit : Seigneur chevalier, par la valeur que Dieu vous a 'donnée , secourez , je vous prie , ukmi pauvre père, que deux hommes battent coiume blé. Belle demobelle , répondit lentement Don Quyote avec le plus grand flegme , je ne saurais en ce moment souscrire à votre requête, car il m'est interdît d'entreprendre aucune aventure avant d>n avoir mis à fin une pour laquelle j'ai donné ma parole : tout ce que je peux faire pour votre service, c'est de vous engager à aller dire à votre père de se souteuir et de se défendre le mieux qu'il pourra, surtout de ne pas se laisser vaincre, tandis que j'irai demander à la princesse Micomicona licence de le secourir. Si elle me l'accorde, tenez-vous pour assurée que je le tirerai de danger. Ah ! malheureuse pécheresse que je suis! s'écria Maritomé, avant que vous ayez obtenu la permission que vous dîtes, mon maître sera dans l'autre monde. Sojjffrez, madame, que je demande cette permission , reprend Don Quijotc; quand je l'aurai obtenue, peu importe que votre père soit dans l'autre monde , je saurai bien l'en tirer en dépit du monde lui-même, ou du moins je tirerai de ceux qui l'y auront conduit une telle vengeance, que vous aurez lieu d'être satisfiaite. Sans s'arrêter davantage , il court se jeter aux genoux de Dorothée, et lui demande, en style de chevalier errant , la permission de secourir le seigneur châtelain qui se trouve dans un pressant

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