‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 244 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRÉ XLVI · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRÉ XLVI

suivant rexpre8sion de Don Quijote ; mais la même union ; la même tranquillité que du temps d-Octave : Chacun fut d'avis qu'on en devait rendre grâce à l'éloquence pefsuasive du curé, à l'inépuisable libéralité de don Fernand. ' Don Quijote, se voyant enfin libre et débarrassé de toutes ces querelles, tant des siennes que de celles de son éctiyèr, trouva qu'il était convenable de -continuer son voyage, et de terminer la grande aventure pour laquelle on l'avait appelé et choisi ; il alla donc se mettre aux genoux de Dorothée qui ne hii permit pas de dire un mot avant qu'il se fût relevé. Il se releva pour lui obéjr, et lui tint ce discours : Cest un commun proverbe, belle dame , que la diligence est la mère de la bonne fortune; et, dans les circonstances d'une haute importance, on a reconnu que la sollicitude conduit à bonne fin les affaires les plus douteuses. Mais cette vérité n'est jamais plus évidente que dans les entreprises de guerre, oît la promptitude déjoue les projets de l'ennemi, et.assure la victoire avant qu'il se âok mis en défense. Je vous présente ces observations, haute et digne princesse , parcequ'il me semble que notre séjour dans ce château ne nous est plus d'aucune utilité , et peut au contraire nous apporter un dommage dont nous nous apercevrions un jour. Qui sait, en effet , si par des espions secrets et diligents, votre ennemi le géant n'est pas averti déjà que je marche pour le détruire; et si av^ le loisir que nous lui laissons, il ne s'est pas fortifié dans quelque inexpugnable château contre lequel ne pourront me servir ni ma diligence ni la force de ce bras infatigable? Ainsi, madame, croyez-moi, prévenons ses desseins par notre promptitude, et partons sans retard.: car l'accomplissement de vos souhaits ne «erà diffêi^é que jusqu'à ce que jéL mé trouve en présence de votre ennemi. Don Quijote se tut,' attendant gravement la réponse de la belle infante ; celle-ci yâNoï air de princesse, et se conformant au style de notre héros, lui répondit : Je vous remercie, seigneur chevalier, du désir que vous témoignez de me soulager daqs mon affliction, en bon et honnête chevalier, Voué au secours des orphelins et des mal-

heureux. Fasse le ciel que vos vœux et les mienss'accompUssent , afin qw vous soyez convaincu qu'il existe dans le monde des femmes reconnaissantes. Quant à mon départ, qu'il ait lieu tout à l'heure, je n'ai d'autre volonté que la vôtre. Disposez de moi comme il vous plaira : celle qui vous a confié la défense de sa personne, et a mis dans vos mains le rétablissement de ses droits, ne doit rien se permettre de contraire à ce qu'ordonnera votre prudence. A la garde de Dieu, répond Don Quijote ; puisqu'une aussi grande dame que vouss'humilie devant moi, je ne veux pas. perdre l'occasion de la relever et de la rétablir sur son trône héréditaire. Partons pi^omptemait : l'impatience et la longueur du chemin me pressât; et, comme on dit, le péril est dans le retard. Puisque le ciel n'a rien créé, ni l'enfer viea produit qui m'épouvante, JSancho, va seller Rossinante, Hf^lnèter^ton éne et le palefroi de là reine; prenons congé du d^elain et de tous ces seigneurs , «t partcms. Sancho^ présent à ce^ntretien, répondit en branlant la tète lAh ! seigneur, seigneur 1 il y a plus de mal au hameau qu^on ne pense , soit dit sans offenser personne ^ — Et qud mal peut-il y avoir, vilain, dans aucun village ni dans toutes les villes du monde, qui puisse tourner à mon préjudice? Si votre seigneurie se fâdie, répondit S^ncho, je me tairai; je ne vous dirai point ce que je me crois obligé de vousdécouvrîr, comme bon écuyer, et comme un serviteur fidèle le doit à son maître. '— Dis tout ce que tu voudras, pourvu que tes discours ne tendent point à-m'inspirer delà crainte. Si la[^urte domine, fais comme il te convient :pour moi, qui ne la connais point, j'agis ainsi que le doit un homme tel que moi. Ce n'est point cela, Dieu me pardonne , répond Sancho; je dis et je regarde ccmime avéré que cette dame, qui se dit reine du grand royaume de Micomicon, l'est comme ma mère : si elle était ce qu'elle dit , elle n'irait pas à toute heure, à toutes rencontres, baiser le museau de quelqu'un qui est ici. Dorothée devint rouge à ces paroles de Sancho ; car il était vrai que plus d'une fois à la dérobée, son époux don Fernand avait

* Las iocas honradat.

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