‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 249 sur 278 · Partie i. chapitre xlvii · texte numérisé non relu

Partie i. chapitre xlvii

pouvoir recevoir aucun soulagement à leurs maux : ainsi, la bonne odeur étant une chose qui délecte et réjouit, tu vois qu'il n'est pas possible qu'ils sentent bon. Si ce démon-ci, dont tù parles, te parait sentir Fambre, ou tu te trompes, ou c'est lui qui' t'alKise, afin, que tu ne le reconnaisses pas pour un dénum. Pendant cet entretien du maître et du serviteur, don Fernand et Gardénio, craignani; à tout moment que Sancho ne vint à découvrir entièrement leur ruse qu'il soupçonnait déjà, voulurent hâter leur départ : ils prirent l'hôte à part, et lui C(»nmandërent de seller Rossinante et de bâter l'âne ; ce qu'il fit promptement. Le curé convint avec les archers d'un prix journalier pour le reconduire dans scm village. Gardénio suspendit à la selle de Rossinante, d'un côté l'écu, de l'autre le bassin, et fit signe à Sancho de monter sur son âne et de prendre Rossinante par la bride. Il plaça les archers avec leurs escopettes aux •deux côtés du chariot ; mais, avant qu'il sortit de l'hôtellerie, l'hôtesse, sa fille et Maritorne vinrent prendre congé de Don Quijote, feignant de déplorer sa disgrâce. Ne pleurez point, mes bonnes dames, leur dit-il : ces accidents sont communs à ceux de ma profession; s'ils ne m'étaient point arrivés, je ne m'estimerais pas un fameux chevalier errant : car jamais rien de semblable n'arrive à ceux de peu d'importance, leur mémoire . s'éteint avec eux ; mais cela se voit souvent pour les vaillants chevaliers, qui ont pour envieux nombre de princes et autres attachés à la ruine des gens de bien. En dépit de tout cela, la vertu a tant de pouvoir, que , par elle seule , et malgré toute la nécromancie de Zoroastre , son premier inventeur, elle smt victorieuse du combat, et répand sur la terre une lumière aussi éclatante que l'est au ciel celle du soleil. Pardcmnez-moî , belles dames, si, sans^ le vouloir, je yous ai causé quelque déplaisir : je n'en ai jamais fut volontairement à personne. Priez Dieu tle me délivrer de cette prison où me tient captif un enchanteur malveillant; si j'en sors, je ne me rappellerai les services que j^ai reçus dé vous dans ce château.^jie pour les reconnaître comme ils le méritent , vous honorer et yoiis servir. Pendant cet entre^

tien ayec les dames du château, le barbier et le curé prirent congé de don Feroand et de ses amis , du capitaine et de scm frère, et de toutes ces heureuses dames, particulièrement de Lucinde et de Dorothée. Ils s'embrassèrent en se promettant de se donner réciproquement de leurs nouvelles. Don FerSand exigea du curé qu'il Tinstruislt de tout ce qui arriverait à Don Qnyote, rassurant que rien ne pourrait lui faire plus de plaisir ; il lui promit , de son côté, de rinftnrmer de tout ce qui pouvait Tintéresser, de son mariage, du baptême de Zorayde, de ce qui aurut rapport à don Lqnis , et du retour de Lucinde dans sa maison. Le curé s'ei^^ea à se conformer à ses prières ; ils s'embrassèrent de nouveau, et se firent de nouvelles offres de services. Lhdtelier remit au curé des papiers qu'il avait trouvés dans une doublure de la malle où était la nouvelle du Curieux impertinent , et Uii dit qu'il pouvait les emporter tous, puisque le maître de cette malle n'avait pas reparu, et que lui-même n'en avait pas besoin, puisqu^il ne savait pas lire. Le curé le remercia, regarda ce cahier, et vit qu'il était intitulé : Rinconnei ei CortadiUo, nouvelle; ce titre , en lui apprenant que c'était une nouvelle, lui donna à penser qu'elle pourrait bien n'être pas mauvaise, celle du Curieux impertinent s'étant trouvée bonne , et toutes deux pouvant être du même auteur : en conséquence , il la prit pour la lire à son loisir. Le barbier et lui montèrent à cheval, et gardèrent leurs masques, pour n'être pas tout de suite reconnus de Don Quijote ; puis ils se mirent en route dans l'ordre suivant : le chariot marchait devant , conduit par son maître ; aux deux côtés , se tenaient lies archers avec leurs escopettes; venait ensuite Sancho , sur son âne, tenant Rossinante par la bride ; le barbier et le curé fermaient la marche , avec une contenance grave , montés sur de puissantes mules, la face couverte de leurs masques; et tons se conformaient au pas lent des bœufs. Don Qui- . jote était assis dans sa cage, les pieds étendus et posés sur les bâtons , les mains liées , et tdlement immobile et muet qu'on f eût pris pour une statue de pierre , et non.pour un hopune. On

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