PARTIE I. CHAPITRE XLVIII
gent à elles trois, que n'en produisent trente des meilleures pièces qu'on a donpéès depuis? Sans doute, répondit Tacteur que j'interrogeais : vous voulez parler de V Isabelle, de la Philis et de Y Alexandre ^^ Oui, répondis^je : voyez si tous les préceptes de Tart n y sont pas scrupuleusement observés ; malgré cela ^ elles ne laiss^ent pas de paraître ce qu'elles étaient, et de plaire à tout le monde. Vous voyez donc que la faute n'est pas au peuple qui demande des sottises, mai^ bien à ceux qui ne savent pas lui donner autrje chose. Trouvez-vous que ce fussent des ineptiesx|ue V Ingratitude vengëe^,la Numance^, le Marchand amoureux ♦, l'Ennemie favorable s, et quelques autres productions de poètes consommés qui en ont obtenu de l'hcmneur, et qui ont d(mné du profit à ceux qui les représentèrent? J'ajoutai d'autres raisons à cdles-là pour le tirer de son erreur, et je crus m'apercevoir qu'il était embarrassé, mais non pas convaincu. Seigneur chanoine, dit à son tour te curé, vous venez de réveiller en moi contre les çpmédies d'à présent une vieille rancune, qui n'est guère mobté- forte que celle que je garde aux livres de chevalerie. La comédie, suivant Gicéron , doit être le mû*oir de la vie humaine, l'exemple des • mœurs, Timage de la vérité. Celles que l'on représente aujourd'hui sont le miroir des extravagances, l'exemple des niaiseries, l'image de la lasciveté. Se peut-il une plus grande sottise, par exemple , que de nous montrer, à la première scène du premier acte, un enfant au maillot, qui, dans le second acte, porte barbe au menton? N'est-il pas ridicule de voir un vieillard valeureux, un jeune homme poltron, un valet rhétoricien, un page conseiller, un roi portefaix, une princesse fille de cuisine? Que vous dirai-je relativement au temps pendant lequel peu--
^ Ces trois pièces soDt de Lupercid I^nardo y Argensola, natif de Balbastro» et secrétaire da vice-roi de Naples; Vhabelle et VJiexandra sont imprimées an tome 6 du Parnasse espagnta; la Philis ne Fa jamais été.
* Comédie de Lope dé Vega.
* Cette pièce est de Cerrantes hii-méme.
* El Mercaàer amante, par C^spard d'Avila, poëte de Valence. Cette comédiea beaucoup de rapport arec la nielle da Curieux impertinent,
' ^ Par François Tarréga , cbanome de Valence.,
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vent se succéder les feits représentés? J'ai vu une comédie dont la première journée se passait en Europe; I9 seconde en Asie, la troisième se terminait en Afrique; sans doute, si elle avait en quatre journées, la quatrième se serait terminée en Amérique : ainsi elle eût fait parcourir 411 spectateur les quatre parties du monde. S'il est vrai que Fimitation soit la partie essentielle de la comédie, comment Fintelligence la plus commune concevra-t-elle que, dans une action qui se passe du temps du roi Pépin ou de Gharlemagnç, le personnage principal soit Tempereur lléraclius , qui entre avec la croix dans Jérusalem , et prend possession du saint sépulcre, comme le fit Godefroi de Bouillon, tandis qu'entre ces deux époques il y a un nombre infini d'années? Si le sujet de la comédie repose sur des fictions, n'est-ce pas le comMe de la démence de lui attribuer des vérités historiques en confondant les temps , les lieux et les personnes , et cela sans omhre de vraisemblance, mais en aocumulafnt les erreurs les plus inexcusables? Le plus grand mal , c'est que les ignorants dkent qu'en cela gît la perfection ; que le reste n'est, qu'une recherche frivole ^ Si nous venons ensuite aux comédies saintes , combien de faux miracles! que de choses apocryphes et mal entendues î On y attribue à un saint les miracles d'un autre ; on ose même en produire dans les pièces profanes , sans aucun respect, aucune retenue, seulement parcequ'il semble que tel miracle ou apparition fera bien dans tel endroit , étonnera le vulgaire ignorant, et le ramènera au spectacle. Toutes ces choses sont au préjudice de la vérité , déprécient l'histoire, et tournent à la honte 'des écrivains espagnols : car. les étrangers, stricts observateurs des lois de la comédie, nous regardent comme des barbares et des ignorants, à la vue des absurdités de celles que nous composons. Et ce ne serait pas une excuse plausible de dire, que le principal but que se proposent les États bien gouvernés , en permettant les spectacles publics, est d'entretenir et d'amuser le peuple par une honnête récréation, de le détourner des dangei:^ qu'engendre l'oisiveté ,
* Buscar gullurias.