‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 256 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLVlll · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLVlll

et que ce biït pAivant être atteint avec toute comédie bonne ou mauvaise, il est inutile de prescrire des règles et d'obliger ceux qui les composent et les jouent à se renfermer dans les limites tracées, puisque, de toutes manières, le résultat que Ton cherche est obtenu. A cela , je pourrais répondre que Ton atteindra bien mieux ce bur avecles bonnes comédies qu'avec celles qui ne le sont pas :.parceque, après avoir entendu une comédie conduite avec art, Tauditeur sortira du spectacle, réjoui parles plaisanteries, instruit par les Vérités morales, satisfait dé Faction, rendu sage par les leçons, prudent par les fourberies, éclairé par les exemples, abhorrant le vice et chérissant la vertu : la bonne comédie doit produire tous ces effets sur Fesprit de celui qui Fécôute, quelque rustre et stupide qu'il -soit. Il est impossible que la comédie qui réunira toutes ces qualités ne réjouisse, n'instruise, ne plaise et ne satisfasse plus que celles qui ne les ont pas , et on ne trouve rien qui y ressemble dans la plupart de celles qu'oH'Teprésente aujourd'hui. Ce n'est pas la faute des poètes modernes si leurs pièces ne valent pas mieux : car plusieurs d'entre eux connaissent bien où ils pèchent, et savent ce qu'il conviendrait de faire ; mais, les comédies étant devenues une marchandise, ils disent, et avec vérité, que les comédiens ne les achèteraient pas si elles n'étaient pas faites dans ce goût. Ainsi, le poète s'ar* range sur ce que lui demande Facteur qui le paye. La vérité de ce que j'avance est prouvée par le nombre infini de cmnédies qu'a composées un heureux génie de ce royaume \ avec tant de grâce, de goût, d'élégance dans les vers, de justesse dans les raisonnements, de profondeur dans les maximes, en un mot, tant de noblesse et de facilité dans le style, qu'il remplit le monde de sa renommée. Forcé de s'accommoder au goût des acteurs, tous ses ouvrages n'ont pas également atteint la perfection qui se fait admirer dans quelques-uns. D'autres appor-, tent si peu de soin et de mesure dans lacompositionde leurs pièces, qu^après la repiggentatioa, les acteurs sont obligés de

* Lope de Vega.

fuir et de se cacher, dans la crainte d'être puîii^, comme ils Font été plusieurs fois pour avoir in$ulté quelque souverain ou quelque famille illustré. Ces inconvénients, et d'autres encore, que je ne dis pas, cesseraient si Ton établissait à Madrid un ..homme intelligent et sage, pour examiner toutes les pièces avant la représentation, nourseulement celles qui sont faites à la cour, mais dans toute FEspagne, et sans cette approbation et autorisation, les tribunaux ne permettraient la représentation d'aucune pi%ce. De cette manière, les comédiens enverraient leurs pièces à la cour, avec exactitude, et pourraient les repi^ésenter en toute sûreté; et les auteurs apporteraient plus de soin et de travail dans la composition de leurs ouvrages, sachant qu'ils passeraient par Texamen rigoureux d'un juge édairé. Nous aurions ainsi de bonnes comédies , et l'on obtiendrait ce que Ton désire, l'amusement du peuple, la gloire des auteurs espagnols, la sécurité et l'avantage des comédiens. Si on voulait aussi charger une autre personne, ou la même, d'examiner les livres de chevalerie qui se publieraient à l'avenir, il s'en pourrait trouver quelques-uns qui atteignissent au degré de perfection dont vous venez de parler, enrichissant notre langue d'un précieux trésor, et vouant à l'obscurité de vieux livres effacés par Téclat de nouvelles compositions, honnêtes passe-temps, non-seulement pour les oisifs, mais pour les hommes les plus occupés : car Tare ne saurait être tendu sans cesse , et l'humaine faiblesse ne peut se passer de quelque délassement.

Le chanoine et. le curé en étaient là de leur conversation quand le barbier s'approcha, et dit au curé : Voici l'endroit que je vous ai dit être propre à nous reposer, et à faire pattre les bœufis abondamment. C'est ce qui me semble, répondit le curé. Là-dessus, il demande au chanoine ce qu'il veut faire. Celui-ci , décidé par la fraîcheur et la beauté de la jolie vallée qui s'offrait à eux, par la curiosité dé connaître plus en détailles aventures de Don Quijote, et par l'attrait de la ^nVersation du curé qui lui plaisait beaucoup., se. détermina à- rester avec lui. 11 chargea

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