‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 259 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLIX

nPempèdMsr d'offenfiBr votreôdorat. Sar sa parole, lechanoîne lui prit la num qôoiqne toutes deux fussent attachées , et Taîda à sortir d6 priaoii,ce qui lai fit le pins {jrand plaisir. Il commença par s'étendre et se détirer tout le corps ; puis, s'approcfaant de Rossinante» il M donna deux petits coups sur la cronpe, en disant : O toil flcor et miroir des chevaux, j'espfare en Dien et dans sa benotte mère qne nous nous retrouverons bientôt au gré de nos désirs, toi portant ton mattré, et fnoi (Hressant tes flancà générenx, et continuant Tofficepour lequel Dieu m'a mis au monde. Ensuite il s'écarta, suivi de Sancho, et revint bientôt plus léger, avec plus d'envie mcore de mettre en^œuvre tout ce que lui conseillait son écuyer. Lé chanoine le considérait', et s'étonnait de Fétrange nature de sa folie , qui lui laissait l'esprit libre, le jugement sain sur toute autre matière, et lui faisait perdre lesiétriers, comme nous l'avons dit, lorsqu'il était question de fidievalerie* Ému de compassion, il lui dit, après qu'ils se furent tous assis sur l'herbe en attendant le mulet aux provisions : Est-il possible, seigneur, que l'oiseuse et ennuyeuse lecture des livres de chevalerie ait eu assez d'empire sur votre esprit pour vous faire perdre le jugement, au point de croire que vous êtes enchanté, et mille autres extravagances aussi éloignées de la vérité queFest le mensonge lui-même? Quelle est, dites-moi, la raison qui puisse se prêter à croire à l'existence de ce nombre infini d'Amadis, de cette foule de chevaliers si fameux, d'empereurs de Trébisonde, de Félix Marie d'Hircànie, de tant de patefirois, de demoiselles errantes , de serpents , d'endriagues, de géants, d^ventures inouïes, de batailles, d'enchantements^ de rencontres hardies, d'habits somptueux, de princesses amoureuses, d'écuyers devenus comtes, de nains complaisants, de billets doux, de propos d'amour, de femmes vaillantes, en un mot, de toutes les folies que contiennent les livres de dievàlerieP Pour moi, je puis dire que, si je lis tout cela sans penser que ce soient des fictions, elles m'amusent assez; mais, lorsque je viens à réfléchir à ce que c'est , je jette omtre la muraille lé meilleur de ces livres, et je le jetterais an

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feu si j'en avais près de moi, comme dîgpe d'nnci teHe peînr* pour être faux*, trompeur, en contradiction avec la nature, coupable 'de proposer de nouvelles opinions, de nouveaux genres dévie, et dedonner au vulgaire ignorant l'occasion de croire tant d'inq>ties. Ces livres sont si dangereux qu'ils peuvent même trouUer Vesprit le plus sage, comme on le voit en vous, seigneur, qu'ils ont mis au point que Ton est obligé de vous enfernder dans une cage, et de vous traîner sur une charrette à bœufs ^ côdime on ferait d'un lion, d'un tigre, que l'on promène de ville en viRe pour les foire voir et gagner quelque argent. Ah I seigneur DonQuIjoté, gémissez sur vous-même, revenez au sein de 'la sagesse, et sachez user de celle qye Dieu vous a donnée^ en dirigeant les brillantes et nombreuses facultés de votre esprit vers une autre lecture qui vous porte plus d'honneur et de profit. Si pourtant, entraîné par votre inclination naturdle, vous voulez lire des livres de prouesse et de cheval#ie, lises^ dans la sainte Écriture, celui des Juges : vous y verrez des hauts faits et des exploits aussi vrais qu'admirables. Le Portugal eut son Viriat; Rome, César; Garthage, Ânnibal; la Grèce, Alexandre; la Gastille, Femand Gonzalez; Valence, le Cid; l'Andalousie, Gonzale Fernandez; l'Estramadure, Diego Garcia.de Paredès; Xerez, Garci Perez de Yargas; Tolède, Garciiaso; Séville, don Manuel de Léon : la lecture de leurs brillants exploits peut attacher, instruire, délecter, ravir les plus grands esprits. Elle est digne de votre intelligence , seigneur Don Quijote, et vous rendra savant dans Thistoire, passionné pour la vertu, éclairé dans votre conduite*, poli dans vos mœurs, vaillant sans témérité, audacieux sans faiblesse : le tout pour la plus grande gloire de Dieu , votre profit , et l'honneur de la Manche , d'où j'ai su que votre seigneurie tirait son origine.

Don Quijote écouta attentivement les raisons du chanoine. Quand il vit qu'il avait cessé de parler, il le regarda pendant quelque temps , et lui répondit : Il me semble, seigneur, que votre discours tend à me persuader qu'il ^'y a jamais eu de dievaliers errants; que tous les livres de chevalerie sont faux,

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