‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 26 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE VI

tendre avec patience le feu dont il était menacé. Passons outre, dit le curé. Celui-ci, dit le barbier, est AmaMs de Grèce ^ , et tous ceux de ce rang sont, je crois, de la même famille. Qu'ils prennent donc tous le chemin de la cour, dit le curé; car, plutôt que de ne pas brûler la reine Printiquiniestre et Ip berger Darinel avec seséglogues, et les raisonnements renversés «t endiablés de Fauteur, je brûlerais avec eux le père qui m'a engendré, s'il prenait la figure de chevalier errant. Je suis de ce sentiment, dit le barbier. Et moi aussi , dit la nièce. Puisqu'il est ainsi, dit la gouvernante, qu'ils aillent rejoindre les autres dans . la- cour. Et pour s'épargner l'escalier, elle les jeta tous par la fenêtre. Quel est ce billot ? dit le curé ; Don OUvante de Laura, répond le barbier. Il est du même auteur que le Jardin de ■. ; Flore^y reprk le curé, et je ne saurais bien dire lequel des deux . . ' est le plus véridique,t>u, pour mieux dire, le mokis menteur ; ce '- ; que je sais, c'est qijtv celui-ci ira dans la cour, comme bizarre et extravagant. Celui qui suit est Florismarte d'Hircarde ^ , dit le barbier. Quoi! le seigneur Florismarte est fci? reprît le curé, Eh bien ! qu'il ait à descendre tout à l'heure dans la cour, malgré son étrange naissance et ses incroyables aventures; la sécheresse et la dureté de son style ne méritent pas un meilleur traitement. Jetez-le et encore cet autre. Avec plaisir, dit la gouvernante, et elle exécuta l'ordre avec joie. Vdc;i le Chevalier Platir *\ continua le barbier. C'est un vieux bouquin, dit le curé; il ne contient rien qui mérite grâce*: qu'il accompagne les autres. Ainsi fut fait. On ouvrit un autre livre, et ils virent qu'il portait pour titre : le Chevalier de la ctoiœ\ Un nomsi saint mériterait

^ Cronicadfil mur valierUer es forzado principe T^^i^^àUero de Ici ardievUe €4-' paday Amadisde Grecia. Utboa, 1596, io-fol. Cet ÂmadU était fils de Lisvart dtf>^'^. •; Grèce, et petit-fiU d'Amadis de Gaule.

3 Antoine de Torquemada.

3 Historia del principe Felixmarie de Hircania, por Melchior de Orlega. Valladolid, 1556, in-folio.

4 Cronica del mur valienle r esforzado caballero Platir, hijo del emperador Primaleon. Valladolid , 1533 , in-fol. L'auteur n'en est pas connu.

^ Ce roman est en deux parties : Liàro del invencible caballero Lcpolemo , de

grâce, et devrait Adre escaser rigiu^rance de F-anteur; mais, comme on dit ccMmmiiiéioent : Derrière la croix, le diaMe ; qu'il aille au fini. Lelxirbier prenant up autre livre : Voici; dit-il, le Miroir de chei^iderie K Je le connais, dît le curé. Cest là que figure le seigneur Renaud de Montauban, avec ses anus et compagnons phis larnms que Gacus, et les douze pairs de France, avec le véridique dbroniqueur Turpin. Mon avis est qu'on ne les ccmdamne qa^à un bannissement perpétuel , parcequlls sont pour quelque chose dans Tinvention ducélèbre âfateoBojrardo^ qui a fourni U trame sur laquelle le catholique Lud. Ariosto a ourdi sa toile. Pomr œ dernier, si je le rencontre, et qu'il parle une autre langue que la sienne, je ne lui garderai aucun respect. Dans son idiome, je le tiensen grandeestime K Je Tai en italien, dit le barbier, mais je ne l'entends point. Il n'est pas à souhaiter que vous i'entepdiez, reprit le curé. Nous pardonnerions volontiers à son traducteur, de ne l'avoir (liis apporté en Espagne, et mis en castillan; il lui a beaucoup été de son mérite, et c'est ce qui arrivera à tous ceux qui voudront transporter dans une autre langue les ouvrages en vers. Quelque soin et habileté qu'(m y mette, on n'arrivera jamais à égaler l'cn^iginal. Pour cdui-ci donc, et tous les autres qui traitent de ces sortes d'affaires de chevaTerie française, je suis d'avis qu'on les garde en lieu sûr 3., jusqu'à ce qu'avec plus de. loisir, nous voyions ce qu'il en faut faire. J'en excepte pourtant un cecialn Bernard de Carpio ^, et un autre appelé Roncevaux : de mes mains, si je lesr^iamtre, ilsiront dans celles de la gouvernante, et de

iot hecko* que hizo llamàndose él cttixMero delà Cruz^ et Leandro el bel, segun le computo el sabio rer Artidoro , en lengua griega, Tolède, Miguel Ferrer^ 1562 , 1563 , in-fol.» 2 vol . Par Pedro Luxan.

1 Espejo deCàballeriat. C'est la premîdre partie, en deoxliTres, d'un roman qui en contient dix. Elle est de Diego Ordonez de Galahorra, et parut en 1562. Ce roman fut continué par Pedro de là Sierra, en deux livres ( 1580) ; par Marcos Martinez , en cpiatre livres. Le reste est manuscrit. ^ L'espagnol dit : le pondre sobre mi cabeza-

^ Enun pozo secOy dans un puits sec.

* HUloria de l<u hazanas y heckos del inf>enclblè càbcUlero Bernardo del Carpio, par Augustin Alonzo. Toledo, 1585, in-l^.

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