PARTIE 1. CHAPITRE VI
là au feu sans rémission. Lebarbier adbéraàtout comme à chose bonne et sans rég^ique, sur la fin du curé, qu'il savait si bon chrétien , et si ami de la vérité qu'il ne Feùt altérée pour rien au monde. Ouvrant un autre livre, il vit que c'était Paùnerin d Olive \ et tout près un autre qui s'appelait Palmerin dUngleterre K Pour le premier, dit le curé , qu'on le bride , et qu'on en jette les cendres au vent. Quant à Palmerin d'Angleterre, oonsorvons-le comme une chose unique, et faisons-lui faire une cassette aussi précieuse que celle qu'Alexandre trouva dans les dépouilles de Darius, et qu'il destina à renfermer les œuvres d'Homère. Ce livre-ci, sei^eur comp^, est recommandable pour deux choses; l'une, qu'il est excellent de lui-même; ei l'autre, qu'on le croit composé par un savant roi de Portugal ^. Toutes les aventures du château de Beanregard sont fort bien imaginées et pleines d'art; le langage est âégant et clair, et tou-^ jours convenable au caractère de celui qui parie. Je dis donc, maître Nicolas , sauf votre meilleur avis, celui-ci et Amadis de Gaule seront exempts du feu: pour tout le reste, sans &ï faire plus ample examen, qu'il périsse. Non pas, seigneur compère, répliqua le barbier, car voici le renommé Don Belianis *. Celui-là, dit le curé, avec ses • deux, trois et quatre parties, aurait besoin d'un peu de rhubarbe pour purger e^te épouvantable bile qui l'agite incessamment; et il serait nécessaire d'en retrancher le Château de la Renommée, et autres impertinences n(m moins grandes : (m kii peut donner pour cela un délai comme pour les causes d'outre-mer, et, sekm qu'il se sera cor^ rigé, on lui fera grâce ou justice. En attendant, ccxnpère, gar-
^ Ce roman est en deux parties : iMfro 4el famoêo cabaltero Palmerin de Oliua, que por el mondo grande* heeho* en armas kixo^n sabercurohijo fuese. Tolède, 1580. Ce roman est d'une femme.
* Cronica dePaimeirim de inglaterra. Noufelle édWOQ. Lisbonne, 17S6. 3 Yol. in-40.
s Ce roi de Portugal est , suivant les uns» Jean H, sudrant d'antres, Pinfont don Louis, père de don Antonio prieur de Crato.
* Liàro del uaieroso e invencible principe don Beliani* de Grecia^ etc. Estella^ 1564^ in-folio. L*auteiiF de ce roman est Geronimo FcQnaudez.
dez-le cbez vous, mais ne le laissez lire à persoime. Je m'y engpge, dit le barbier; et, sans se fatiguer davantage à examiner des livres de chevalerie , il dit à la gouvernante de prendre tons les grands, et de les jeter dans la cour. Elle ne fut ni sotte, ni sourde ; car elle avait plus de désir delesbrûler,que de partager une toile, quelque grande et fine qu'elle fût Elle en prit peutêtre huit d'une seule brassée, et les fit voler pair la fenêtre. Il s en échappa un dans le nombrequi tomba aux pieds du barbier, ce qui lui donna la curiosité de le connaître. Il vit au titre : Histoire du fameux Tirant-ie-Blanc, Dieu me soit en aide , s'écria le curé, vous avez là le fameux chevalier Tirant-le-Blanc? JDonnez-le-inoi, compère, je vous prie; j'estime avoir trouvé en lui un trésor de joie, une source inéjpùîsable de passe-temps. G^est là que nous verrons don Kyrie Eleison de Montau1)an , et Thomas deMontauban son firëre, avec le chevalier Fonséca, le com-^ bat du valeureux Detriante contre le dogue, les ruses de la demoiselle Plaisir-de-tnà-Yie, les amours et les tromperies de la veuve reposée, et .l'impératrice amoureuse d'Hîppolyte son écnyer. Je ne vous .mens pas, compère, ce livre est le meilleur dn monde pour le style et pour le naturel. Ici les chevaliers mangent, donnent, meurent dans leurs lits, font leur testament avant de mourir, et toutes les choses dont les autres livres de cette espèce ne font nulle mention. Avec tout cela, l'auteur eût mérité de passer le reste de ses jours aux galères, pour avoir débité tant de sottises sans y être contramt ^ Emportez-le chez vous et le lisez; vous- verrez si tout ce que je vous en dis n'est pas vrai. Je le veux bien, dit le barbier; mais que ferons-nous de tous ces petits livres qui restent? Ceux-ci, dit le curé, ne doivent pas être des livres de chevalerie, mais de poésie; et, en ouvrant un, il vit que c'était la Diane de Montémayor. Ceux-ci , continua-t-il, croyant que tous les autres étaient du même genre y ne méritent pas d'être brûlés comme les autres, parcequ'ils ne causent et ne causeront pas les mêmes désordres que
* Pttti no hizo ianias necedatfes de indusiria. *