‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 263 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE L. U · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE L. U

liquide, coulent sur un sii^le blanc et fin qui parait un mélange d'or et de perles ; au delà, s-élève une fontaine d'une fiante architecture, qu'embellissent le jaspe aux couleurs variées, elle marbre poli; tout près est une autre fontaine rustique : les minces coquilles des moules s'y unissent aux maisons tortueuses du limaçon, rayées de blanc et de jaune; dans leur désordre étudié 7 s'entremêlent des émeraudes factices, et des morceaux d^un briBant cristal, et au sein de cette yariélé-, il semMe que Tart, en imitant la nature, soit, parvenu à la surpasser. Mais bienlAt le chevalier découvre, à l'improviste, un château fort, un hrOlant palais, dont les murs sont d'or massif, les oréneaux de diamant, les portes d'hyacinthes; la structuré en est tdlement admirable, que les rubis, le»; perles, les diainants., les escarboudes, l'or, les ém^audes, sont moins précieux que la main-d'œuvre. Que peut-il attendre après cda, si ce n'est de voûr sortir du château nombre de demoiselles dont les habits sont si riches, si galants, que je n'aurais jamais fini si je voulais vous les décrire ccmime le font nos historiens ? Celle qui parait la maîtresse des autres, prend par la main lintrépide chevalier qui s'est jeté dans le lac bouillant , et, sans lui dire une parole^ le fait entrer dans ce riche palais : pn le dépouille de ses habits, on le met nu comme lorsqu'il Vint au monde , puis on le fait entrer dans un bain délicieux ; son corps est parfumé d'essences précieuses; on lui revêt une chemise du tissu le plus fun, qui exhale les plus suaves odeurs. Une autre demoiselle couvre ses épaules d'un manteau si riche, qu'il vaut, au moins une ville ; enfin , on le conduit .dans une autre salle , où les tables sont dressées avec un ordre , une magnificence qui Tétonnent : on lui verse sur les mains une eau d'ambre et de fleurs od(»rantes; il s'^ied sur un trône d'ivoire, et il est servi par des demoiselles, dans un silence merveilleux; les mets sont si variés, si bien apprêtés, qu'il ne sait auquel porter la main ; pendant qu'il mange , une musique céleste se fait entendre, sans qu'il puisse voir les chanteurs, ni découvrir d'où partent ces accords harmonieux. Le repas achevé.

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les tables' levées , tandis que le chevalier se repose et se nettoie les dents , comme c'est Fusage, entre une autre demoiselle , beancoup plus belle que les autres, elle vient s'asseoir à côté du chevalier, lui raconte quel est ce château, comment elle s'y troHve enchantée, et beaucoup d'autres choses qui l'étonnent et ravissent d'admiration ceux qui lisent son histoire. Je ne m!étendrai pas davantage sur o&siget : on peut recueillir de ce que f ai dit, qu'il n'est .point d'endroit de l'histoire d'un^dievalier errant qui ne puisse causer â celui qui le lira de l'étonneuloit et du plaisir. Grdyez-moi, seigneur, lisez ces livres, eotnme je vous l'ai déjà conseillé : vous verrez qu'ils charmeront votre mâancolie, si vous en avez, et amélioreront la disposition de vos esprits, si par hasard elle est mauvaise. Pour moi, je puis dire que, depuis que je suis dievalier errant, je suis vaillant, affable, libéral, complaisant , généreux, courtois, hardi, doux , patient à souffrir la peine , les prisons, les enchantements ; et , quoiqu'il se soft passé peu de temps depuis que je me suis vu enfermé dans une cage, comme un fou, j'espère , avant peu, si le ciel m'est fevorable, si la fortune ne m'est pas contraire, devenir, par la force de mon bras , roi de quelque royaume, où je pourrai faire éclater la libéralité, la'bienveillance qui sont en moi : car, de bonne foi , seigneur, le pauvre est impuissant à manifester sa libéralité, quelque grande qu'elle puisse être, et 4a bienveillance réduite à l'intention est une chose morte, comme la foi sans les œuvres. Voilà pourquoi je désirerais que la fortune m'offrit promptement l'occasion de me faire empereur, pour montrer ma bonne voltaté , faire du bien à mes amis, et surtout à ce pauvre Ssmcho Pança, mon écuyer, qui est bien le meilleur homme du monde, et à qui je voudrais pouvoir donner un comté que je lui ai promis depuis longtemps; j'ai peur cependant qu'il n'ait pas assez d'habileté pour gouverner son État.

Ces derniers mots forent entendus de Sancho, qui reprit : Occupez-vous seulement , seigneur Don Quijote , de me donner ce comté tant promis , tant attendu, et, moi, je vous promette

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