‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 274 sur 278 · PARTIE 1. CHAPITRÉ LU · texte numérisé non relu

PARTIE 1. CHAPITRÉ LU

berné, des autres moulu de coups; mais, avec tout cela, c'est une belle chose d'espérer des événements, de^ traverser des montagnes, de parcourir les forêts, de gravir les rochers, de visiter les châteaux ^ de loger dans les hôtelleries à discrétion, sans payer au diable un maravédis. Ce colloque avait lieu entre Jeanne et Sancho, tandis que la nièce et la gouvernante recevaient Don Quijote , le déshabillaient et le couchaient dans son ancien lit. Il les regardait avec des yeux égarés, et ne pouvait se remettre en quel lieu il était. Le curé recommanda à la nièce d'avoir le plus grand soin de son oncle , et de bien veiller à ce qdll ne leur échappât encore, une fois, lui racontant tout ce qu'il avait fallu faire pour le ramener chez lui. A ce récit, lea deux femmes renouvelèrent leurs cris et leurs malédictions centre les livres de chevalerie , priant le ciel de précipiter au fond de l'abîme les auteurs de tant de mensonges et de folies. Enfin, elles restèrent tristes et dans des transes continuelles que leur oncle et seigneur ne disparût encore quand il se verrait un peu rétabli, ce qui ne manqua pas d'arriver comme elles l'avaient prévu.

Mais l'auteur de cette histoire, malgré tous les soins qu'il a mis à la recherche des exploits de Don Quijote dans sa troisième sortie, n'en a pu rien découvrir, du moins par documents authentiques. On sait seulement, d'après les traditions conservées dans la Manche, qu'à sa troisième sortie. Don Quijote fut à Saragosse , où il assista aux joutes fameuses qui eurent lieu dans cette ville , et fit des actions dignes de sa valeur et de l'excellence de son jugement. De ses autres aventures et de sa fin , il n'en a pu rien savoir; et jamais il n'en eût rien découvert, si sa bonne fortune ne lui avait foit rencontrer un vieux médecin qui possédait une caisse de plomb qu'il disait avoir été trouvée dans les fondements d'un ancien ermitage qu'on rebâtissait. Dans cette caisse étaient des parchemins écrits en lettres gothiques , mais en vers castillans , qui contenaient plusieurs aventures, décrivaient la beauté de Dulcinée, l'étrange figure de

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Rossinante, la fidélité de Sancbo et la sépulture de Don Qirijote. On y voyait encore différentes épitaphes, et des éloges de sa vie et de ses mœurs. Le véridique auteur de cette histoire, neuve et inouïe, rapporte ici les vers qu'on a pu déchiffrer et lire. Cet auteur, pour prix du travail immense que lui oi9t coûté ses recherches dans toutes les archives de la Manche, ne demande à ses lecteurs que d'ajouter à son récit la même foi que les personnes sages ont dans les livres de chevalerie , si eai vogue aujourd'hui : s'il l'obtient, il se trouvera satisfait et bien payé de ses peines, et encouragé à rechercher d'autres aventures, sinon aussi véritables , du moins d'une égale invention et non moins agréables.

Les premières paroles écrites sur le parchemin trouvé dans la caisse de plomb étaient celles-ci :

Les académiciens de la Argamasilla , village de la Manche , ont écrit ceci sur la vie et la mort du yaleureux Don Quijote de la Manche.

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