‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 32 sur 278 · PARTIE I. QHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

PARTIE I. QHAPITRE VIL

Afin que de son côté il s'équipât de ce qui lui serait nécessaire; mais sur toutes choses il lui reconunanda de se ponryoir d'un bissac. Sa&cho répondit qu'il le ferait, et que n^étànt pas accoutumé à marcher beaucoup à pied , il pensait même à emmener son âne, qui était fort bon. Le mot d'âne arrêta nn peu Dcm Quijote, qui cherchait à se rappeler si quelque chevalier avait mené avec lui un écuyer monté de la sorte ; il ne lui en vint aucun à la mémoire; malgré cela, il se détermina à le lui laisser emmener, avec Tintention de lui donner une plus honorable monture lorsque Toccasion s'en présenterait, en prenant le cheval du premier chevalier discourtois qu'il rencontrerait. 11 se pourvut de chemises et d'autres choses nécessaires sutvant le conseil que lui avait donné Thôtelier. Tout cela fait et terminé, Saucho, sans prendre congé de sa fenmie et de ses enfants, et Don Quijote, sans dire; adieu à sa nièce et à sa gouvernante, sortirent une nuit de leur village , sans être vus de personne , et cheminèrent tant qu'au point du jour ils se tinrent pour assurés qu'on ne les atteindrait pas, quand on les diercherait . Sancho Pança allai t comme un patriarche, sur son âne, avec son bissac et son outre , très impatient de se voir gouverneur diel l'Ile que son maître lui avait promise. ^Don Quijote se 'résolut à suivre la même route que dans sa première sortie, c'est-à-dilre }a campagne de Montiel , où il marchait avec moins d'inconmiodité que l'autre , fois , parcequ'à l'heure qu'il était,. les rayons du soleil , frappant obliquement , ne les accablaient pas. Seigneur chevalier errant , lui dit alors Sancho, je vous supplie de ne pas oublier l'île que vous m'avez promise ; car je la saurai*bi0i gouverner, quelque grande qu'elle soit. Ami Sancho , répondit Don Quijote , il faut que tu saches que ce fut une. coutume pratiquée de tout temps par lés chevaliers errants, de donner à leurs écuyers le gouvernement des lies et royaumes qu'ils conquéraient; et je suis bien déterminé à ne pas laisser perdre une si louable coutume^ Je veuxmèmefaire davantage: le plus souvent, ces chevaliers'attendaient, pour récompenser leurs écuyers , qu'ils fussent vieux, et quand ils étaient las de servir, de passer de mauvais jours et de

]iir€S iiuit4 ; ils \fivut donnaient alors le titre de comte ou de maripii9de<ppd|mTallées ou provincesplus ou nioinsiinp<H*tântes. IMbôs, ÂM^Si^lmstous deux, il peut arriver qu'ayant sii jours j'aie cfNIpii'iri rofuiime' qui en aura d'autres en sa dépendance , aiMs tria eoaunodjément , pour t'en faire couronner roi. Et ne pcQse paa que ce soit là une chose si difficile; il arrive sauvait ani dieyaliers errants par des moyens imprévus, des événemoits tels, qu'aisément pourrais-je te donner beaucoup plus que je ne te promets. Âce compte, dit Sancho,- sij'étais roi, par un . de ces miracles dont vous parlez, Jeanne Gutierrez, ma femme ^ , deviendrait reine, ^t mes odfants, infants. Qûi.en doute? répondit Don Quijote. J'en'doute moi^ reprit Sancbo; parceque je sais que quand il pleuvrait des couronnes, aucune ne s'ajusterait à la tète de Marie Gutierrez. Sachez, seigneur* qu'elle ne vaut pas deux maravédis pour être reine ; comteiseliii siérait mieux, et encore avec l'aide de Dieu. Confie le tout à Dieu, dit Don Quijote; il lui donnera ce qui lui. conviendra le plus. Mais n'abaisse pas tes désirs au.point de te contenter à moins d'un gouvernement. Je m'en garderai bien , seigneur , dit Sancho , surtout avec un maître tiel que le mien , qui me saura bien donner tout ce qui convient à ma portée.

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