‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 31 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE VU

qu un enchanteur avait enlevé chambre et livres. Ce qui fut fait, et avec beaucoup de diligence. Deux jours après, Don Quijotese leva^ et la première chose qu'il fit fut d'aller visiter ses livres ; mais ne trouvant point le cabinet où 11 Favait laissé, il

allait cherchant de côté et d'autre, revenait à la place qu'avait occupée la porte, tàtait avec les mains, et regardait partout sans rien dire. Enfin, après avoir bien cherché, il demanda à la gouvernante de quel côté était le cabinet de ses livres. Quel cabinet ? répondit celle-ci, bien instruite de ce qu'il fallait dire; que cherchez- vous où il n'y a rien? IL n'y a plus ni>cabinet ni livres dans la maison;. le diable a tout emporté. Ce n'est point le diable, dit la nièce, mais bien un enchanteur qui vint sur une nue, la nuit qui suivit votre départ, et qui, descendant de dessus un dragon qui lui servait de n^onture , entra dans votre cabinet ; je ne sais ce qu'il y fit ; mais,* au bout de quelque temps, il s'envola par le toit, laissant la maison toute pleine de fumée : et quand nous nous hasardâàies à voir ce qu'il avait fait, nous ne trouvâmes plus ni cabinet ni livres. Nous nous souve-' nous seulement , }a gouvernante et moi , que ce méchant vieillard dit à haute voix en s'eii allant, que c'était par une inimitié secrète qu'il portait au maitro des livres et du cabinet , qu'il avait fait le désordre qy'on verrait. Il dit encore qu'il s'appelait le sage Moughaton . Dites Freston, repartit Don Quijote. Je ne sais, dit la gouvernante, si c'<était Freston ou; Friton, mais je sais bien que le nom finissait en ton. Il est vrai , répliqujsi Don Quijote ; c'est un puissant enchanteur, mon grand ennemi ; il me hait parceque son art et ses livres lui apprennent qu!e je' dois me trouver un jour en combat singulier contre un chevalier qu'i^ protège^ et que j'en sortirai vainqueur sans qu'il puisse l'empêcher ; c'est pour cela qu'il me fait tous les déplaisirs qu'il peut. Je lui ai fait savoir qu'il est impuissant à détourr ner et empêcher ce que le cjel a ordonné. Qui peut douter de cela? dit la nièce. Mais,1non oncle;, pourquoi vous engager dans toutes ces querelles? Ne serait-il pas mieux de demeurer paisible dans votre maison, que d'aller chercher par le monde de

iiirilknir (Kiiii nm* ivlui de froment ^ , sans considérer qu'U y a dt's i;rii!i \\\%i \oni chercher de la laine, et qui revtainent ttUHius? l)h! ma chère nièce, répondit Don Quqote, que >oiis IVulendei mal! Avant, que Ton me tonde, j'aurai ar* riH'lH^ la barbe à quiconque oserait toucher la pointe d'un seul de mes cheveux. Elles ne voulurent point répliquer davantage, pan*oqu*eUes virent bien que sa colère commençait à s'allumer. Notre chevalier demeura quinze jours dans sa maison, fort paisible, et sans laisser voir qu'il pensât à renouveler ses folies.

Pendant ce temps , il eut de plaisantei^ conversations avec ses deux compères le curé et le b»rbier , soutenant que la chose la plus nécessaire au monde, c'était des chevaliers errants, et que Tordre se relevait en lui. Quelquefois le curé le contredisait ; d'antres fois , il paraisisait se rendre , parceque, sans cette précaution, il n^y aurait pas eu moyen de s'entendre av^ lui.

Pendant ce temps-là, Don Quijote sollicitait un laboureur de ses voisins, homme de bien (si l'on peut nonuner ainsi celui -tpii est pauvre), mais qui n'avait guère de cervdle \ Enfin, il lui en dit tant , lui persuada et lui promit tant de dioses , que le pauvre villageois se détormina à partir avec lui , et â lui servir d'écuyer. Don Quijote lui disait entre^autres raisons, qu'il se disposât de bonne grâce à le suivre, parcqgu'il pouvait se présenter telle aventure , qui lui procurât en moins de temps qu'il n'en faut poulr jeter une charge de paille, quelque île dont il l'établirait gouverneur. Avec ces promesses et d'autres aussi bien fondées , Sancho Pança , c'était le nom du laboureur, abandonna sa femme et ses enfants, et conseutit à devenir écuyer de son voisin. Don Qu^ote s'occupa ensuite à ramasser de l'argent, et , vendant une chose, en engageant une autre, perdant sur tous les marchés, il se fit une somme assez considérable. Il s'accommoda aussi d'une rondache, quil emprunta d'un de ses amis, et, ayant réparé sa salade du mieux qu'il put, il avertit son écuyer du jour et de l'heure qu'il avait choisis pour se mettre en route,

* L'espagnol dit : a buscar pan de trastigo. '

* L'of pagnol dit : pero de mur poca sal en la moHera,

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