‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 46 sur 278 · PARTIE 1. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

PARTIE 1. CHAPITRE XI

toi , et chante la romance que ton oncle le bénéficier a composée sur tes amours, et qui a tant plu à tout le voisinage. Je le veux bien, dit Antonio ; et sans se faire davanti^ prier, il s'assit sur le tronc d'un chêne, accorda son violon et chanta la romance suivante :

Olalla , je sais que tu m'aimes , sans me l'avoir dit, même avec les yeux » qui sont le muet langage des amours. * , 1

Xe sais que tu connais mon amour, et j'en suis plus sûr que tu m'aimes , parceque l'amour qui est connu ne fut jamais malheureux . *

Il est bien vrai, Olalla , que plus d'une fois tu m'as fait croire que ton ame était de bronze , et ton sein blanc dur comme un rocher.

Mais au milieu de tes refus, de tes vertueux dédains, l'espérance a quel- . quefois laissé briller le reflet de ses couleurs.

Tes charmes ont entraîné ma foi, qui jamais n'a pu s'altérer^ par les rebuts , ni s'accroître par ton accueil.

Si l'amour est douceur et courtoisie, la tienne m'instruit que mes espérances obtiendr(mt le prix auquel j'aspire. ^^

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Si les services parviennent à attendrir le cœur, ceux que je t'ai consacrés, me foriifient dans mon espoir.

Si tu as Youlu y prendre garde, tu auras vu plus d'une fois que le lundî je prenais les habits dont je m'étais paré le dimanche.

Comme l'amour et la parure vont.de compagnie, j'ai toujours voulu me

montrer à foi sous mes habits de fête.

Je ne parle pas des. danses où j'ai figuré pour toi , des sérénades que tu as écoutées à l'heure du repos , et au premier chant du coq.

Je ne répète pas les louanges que j'ai faites de ta beauté ; bien que vraies , elles m'ont fait mal venir de quelques-unes.

Thérèse de Berrocal répon<^t aux louanges que je faisais de toi : « Tel

« pense aimer un ange , qui se trouve n'avoir aimé qu'un ange ,

« Grâce aux nombreux joyaux, aux faux cheveux, à des grâces d'em- « pruntqur trompent l'amourméme. »

Je la démentis, elle se fâcha; son cousin vint prendre sa querelle, it'ine défia , et ^l sai» ee que je fis, ce qu'il fil aussi.

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Je ne t'aime pas dans Tombre, je ne prétends pas à toi pour que tu sois ma maîtresse, mes vœux sont plus honorables,

i/Église a des noeuds^ des liens de soie; viens placer ton col sous ce joug, et tu verras comme j'y joindrai le mien.

Sinon , je jure maintenant , par le saint le plus révéré , de ne sortir dé ces montagnes que pour me faire capucin.

Le chevrier cessa de chanter : Don Qnijotele priait de chanter encore quelque chose; mais Sancho s'y opposa, parcequ'il aimait mieux dormir que d'écouter des chansons : Aussi , dit-il ù son maître, vous pouvez dès à présent vous arranger de manière à passer la nuit ; ces bonnes gens qui travaillent tous les jours ne peuvent la passer à chanter. Je t'entends, répondit Don Quijote , je vois que tes fréquentes visites à l'outre t'ont rendu le sommeil plus nécessaire que la musique. Dieu soit béni, dit Sancho, tout le monde y a pris goût. J'en conviens , répliqua Don Quijote. Couche-toi donc où tu voudras. Ceux de ma profession ont meilleure grâce à veiHer qu'à dormir. Mais auparavant, il serait bien de panser mon oreillp, car elle me fait grqhd mal. Sancho se mit en devoir d'obéir : un des bergers qui vit la blessure dit à Don Qivjote de ne pas se mettre en peine , et qu'il lui appliquerait un remède qui l'aurait bientôt guéri. En effet, il alla. chercher des feuilles de romarin, qui croissait là en abondance, les mâcha, les mèlà avec du sel, et les appliqua solidement sur Toreille , assurant qu'il n'était pas besoin d'autres remèdes ; ce qui se trouva vrai.

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