‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 5 sur 278 · PARTIE I. PROLOGUE · texte numérisé non relu

PARTIE I. PROLOGUE

rites importantes oi^ des observatioDS d*astrologie ne sont point cachées sous les extravagances, fabuleoses que. vous y décrivez. Les mesures de la géométrie y importent aussi peu que la réfutation des arguments emplo]^ par la rhétorique. Il n'est pas destiné à prêcher personne, mâant le profiane au sacré, sorte de mélange dont doit se garder tout esprit chrétien. L'unique objet de votre livre, c'est de bien imiter en tout ce qu'il décrit; plus l'imitation sera parfaite, plus l'ouvrage sera lûorn Puisque vous n'avez d'autre but que de détruire l'estime et l'autorité que les livres de chevalerie se sont acquises dans le monde, vous n'avez que faire d'aller mendier des sentences aux philosophes, des conseils à FÉcritore sainte, des fables aux poètes, des oraisons aux rhéteurs, des miracles aux saints. Faites tout uniment que vos termes, expressifs, bien choisis et bien placés, rendent le discours vif, les périodes harmonieuses, reproduisant votre pensée aussi complètement qu'il sera possible , exposant enfin vos idées sans confusion et. sans obscurité. Faites en sorte que la lecture de votre histoire inspire la joie aux mélancoliques, augmente celle de rhomme gai , que l'ignorant ne s'en ennuie point , que l'habile ep admire l'invention,, que les gens graves ne la méprisent pas, et que le sage ne lui refuse pas des. louanges; en un mot, ayez toiyours pour point de vue la ruine de Técliafaudage mal construit de ces livres de chevalerie, détestés de beaucoup de gens, et qu'un plus grand nombre admire. Si vous en venez à bout, vous n'aurez pas peu fait.

J'écoutai dans un profond silence le discours de won ami , et ses raisons firent tant d'impression sur moi que je les reçus pour bonnes sans autre discussion, et résolus d'en faire ce prologue, où tu reconnaîtras, cher lecteur^ et le grand sens de mon ami, et ma bonne fortune d'avoir rencontré si à point un tel ccmseiller ; tu y trouveras de plus ton propre avantage, puisque tii auras l'histoire sincère et dégagée d'ornemens étrangers du fameux Don Quijote de la Manche, qui, parmi tous les habitants du canton de Montiel , a la réputa-

6 DON^tîUIJOTE

ticm d'avoir été Tanuoit le plus chaste et le plus vaillant che* valier dont ces ocmtrées- aient jusqu'ici conservé te souvenir.^ Je ne prétends pas t'exagérer le service que je te rends en teCstfsant connaître un si célèbre et si respectable chevalier; mais je veux que tu me saches gré de favoir.fait connaître le fiandeux Sancho Pança son écuyer, dans la personne duquel , sdcm moi, je te donne réunies toutes les belles qualité» d'écuyer éparses dans rînunense fatras des livres de chevalerie errante. Sur ce, lecteur, Dieu te maintienne en santé, et qu'il ne m!oublie pas. — Adiea

Page 1