CHAPITRE XV
De la déss^fféable aventore qu'eut Don Oufiote arec des muletiers yangois
Le sage Qd Hamet Ben Engely raconte qu'après avoir pris congé de $es hAtes ^ de tous ceux qui s'étai^t trouvés à l'enterranent deClirysofitôme, Don Quyote et son écuyer entrèrent dans le bois ob ils avalent vu pénétrer Marcelle ; après l'avoir inutilement cherchée plus de deux heures * ils se trouvèrent dans ui) pré tapissé d'herbe fraîche et arrosé par un limpide ruisseau. La bœuté du lieu et la chaleur qui devenait ardente
1 McUandrines, On appela, malandrint des Toleors arabes qui pillaient les chrétiens pendant les croisades. D'antres^ du même nom , raTageaùent la France sous les rê^es de Jean et de Charles V. Malandrin signifie aussi lépreux, et est formé du vieux mol malandre.
* Dans Taneienne division ; voyez !a remarque ù la fîn du chap. viir. L 7
. les invitèrent ù y passor Theore de la sieste. Don Qu^ote et San* cho mirent pied à terre, et, laissant à Rossinante et à Tâne la liberté de pattre à leur fantaisie , fls délièrent le bissac, et sans térémonie, le maître et Fécuyer mangèrent ensemble ce qui s'jr trouva. Sanebo ne s'était pas donné la peine de mettre des entraves à Rossinante , le connaissant si tranquille et si peu querelleur que toutes les juments de la prairie de Gordoue ne lui auraient pas fait commettre la moindre faute. Cependant lé sort, ou plutôt le diable qui ne dort jaknais, voulut qu'£L se trouvât dans le même vallon une troupe de petites cavales de Galice, qui appartenaient ii des muletiers yangois, dont la coutume est de s'arrêter ainsi, pendant lai cbaleur du jour, dans les endroits où Ils trouvent de Therbe et de Peau pour rafraîchir leurs bêtes. Le lieu,où se trouvait Don Qu^ote était tout^à fait à leur convenance. Rossinante se sentit piqué du désir d*aller se ragaillardir ^ avec elles ; et quittanl so;i allure ordinaire, anssitftt qu'il les eut senties, sans demander congé à sm maître, il prend un petit trot léger, et va cherchant à faire accueillir ses tentations gaillardes. Mais elles, qui , suivant toute apparence, avaient plus d'envie de repaître que d^autre chose ^, le reçurent avec les pieds et les dents, de sorte qu'en un instant elles lui rompirent les sangles et le laissèrent sans sdle et tout nu. Mais ce qui fut plus sensible <à Rossinante^ c'est que les rouletiers, vopnt son attentat , accoururent avec des bâtons , et lui ep donnèrent tant de coups qu'ils retendirent par terre en fort mauvais état. Don Quijote et Sancho, voyant comme on étrillait Rossinante, accouraient tout essonfllés : Ami Sancho, dit Don Quijote, â ce que je vois , ce ne sont pas ici des chevaliers,, mais des rustres ei gens de bas étage; ainsi tu peux m'aider à tirer vengeance de l'outrage fait en notre présence â mon cheval. Quelle diablede vengeance pouvons-nous prendre? répondit Sancho. Ils sont plus de vingt , nous ne sommes que ddux, et encore peut-être un et demi. J'en vaux cent moi seul^
1 BefôcUarse ; du latin refocUlare. * Que de ai.