‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 63 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XV

répondit Don Quijote , et , sans plus de discours , il met Tépéc â la main, et s'élance sur les. muletiers* Sancho l'imite, animé par son exemple. De prime abord , Don Qu^ote donne un si grand coup à Tun d'^ux , qu'il lui fend un sarrau de cuir dont il était vêtu , arec une grande partie de Fépaule. Les muletiers^ «e voyant ainsi maltraités par deux hommes seuls, pendant qu'ils sont en si grand nombre , saisissent leurs bâtons, entourent nos deux champions , et conmiencent à les charger avec une diligence admirable : é. la vérité, dès le second assaut, Sancho fut renversé. Don Quijote le suivit, sans que son courage etsou'adresselui servissent de rien. Le hasard voulut cpi*3 vtnt tomber aux pieds de Rossinante, qui ne s'était point relevé ; ce qui mon|)re combien sont redoutables des bâtons dans dés mains rustiques que guide la colère. Les muletiers, après cet exploit, chargèrent le plus prtMnptement possible leurs bètes, et poursuivirenIC leur chemin , laissant nos deux aventuriers en mauvais équipage, et de plus mauvaise humeur encore.

Le premier qui revint à lui fût Sancho Pança, qui, se trouvant auprès de son m«dtre, lui dit d'une voix faible et dolente : Seigneur Don Quyc^ ah ! seigneur Don Quijote ! Que veux-tu, frère Sancho? répondit le chevalier d'un accent non moins lamentatdk Je voudrait biep ,sj|«eïi jStait possible, dit Sancho, que vous medonnassièz deux giîkgées de ce breuvage de Feoblas^,si vouseiiivezsarvous.Ilsera peut-être aussi bon pour les os rmnpus qâe pour les blessures. — Hé ! malheureux que je suis, si j'en mm^xpsi noos feudrait-il autre chose? Mais je te jure , foi de cheva^Gr erraàt i que , si la fortuné n'^en ordonne autre* ment , j'en aurai s^ant qu'il suit deux jours , ou je perdrai l'usage de meis mains. Mais quand croyez- vous que nous pourrons remuer les, pieds? repartit Sancho. Je n'en puis rien assurer, répondit Doù Quijote tout rompu. Tout cela est bien arrivé par ma faute ; je ne devais pas tirer Tépée contre des hommes qiii ne s(mt pas armés chevaliers comme moi; aussi 'je crois que c'est en punition d'avoir transgressé les

VPoar Fier-â-bras. Feoblas signifie le laid Biaise.

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lois de la chevalerie que lefliea des batailles a permis que je r&* çusse ce châtiment. C'est pourquoi, frère Sancho, il. convient que tu sois bien averti de ce que je te vais dire pour notre intérêt commun; lorsque tu nous verras insuUés psu* une semblable canaille, ne t'attends pas à me voir mettre Tépée à la main, car, assurément, je n'en lierai rien; mais, toi-même, arme-toi de la tienne, «et chàtie-les à t<m plaisir; s'il survient à leur secours cpielques chevaliers, je te saurai défendre et les attaquer de tout mon pouvoir, et ta connais par mille expériences toute la force de mon bras. C'était sa victoire sur le Biscayen qui doimait tant d'arrogance au pauvre chev^er.*Saneho ne trouva pas l'avis si bon qu'il n'y eût quelque chose^à redire. Seigneur, répondit-il , je suis un homme doux, pacifique,. ami du repos; je sais passer sur une injure, parceque j'ai une femme et des enfents à nourrir; tenez- vous donc aussi pour bien averti, puisque je n'ai pas de commandement à faire ^, que je ne mettrai nullement l'épée à la main ni contre vilain, ni contre chevalier. Je pardonne devant Dieu toutes les injures qu'on m'a faites, ou qu'on me fera, que me' les ait faites, me les fasse , ou doive faire personne élevée ou basse , riche ou pauvre, noble ou roturière, sans excepter aucun état ni condition. A ce serment. Don Qu^ote répQndit : Je voudrais avoir assez d'hajeine pour parler à mon aise, et que la douleur que je sens au côté s'apaisât un peu , afin de te faire comprendre toute ton erreur. Viens çà , malheureux; si le vent de la fortune, si contraire jusqu'à ce moment, vient à dianger en notre faveur, enflant tout à coi^ la voile de notre espérance^ et nous fait aborder sans pein^ quelqu'une de ces lies dont je t'ai parlé, que sera-ce de toi , si après l'avoir conquise, je t'en donne le gouvernement? Tu rendras ma bonne volonté impossible, n'étant point chevalier, et ne le voulant point être; n'ayant ni valeur ni ressentiment pour repousser les injures et défendre ton état. Tu sauras que , dans les royaumes et provinces nouvellement conquis, les naturels n'ont jamais l'esprit si paisible,

• Seale à vueslra merced tamhien aviso, pues no pucde ser mandato.

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