‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 67 sur 278 · PARTIE 1. CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

PARTIE 1. CHAPITRE XVI

soî-mémaest chose yile; mais mon, fidèle écuyer vous apprendra qui je suis. Je me borne à vous dire que je conserverai éternellement empreint dans ma mémoire le service que vou» m'avez rendu, pour vous en rendre grâce tous les jours de ma vie. Plût au ciel que Tamour ne m'eût pas autant asservi à ses^ lois, ne m'eût pas fait l'esclave des beaux yeux de l'ingrate dont je prononce tout bas le nom ! Ceux de cette charmante demoiselle deviendraient bientôt maîtres de ma liberté» L'hûtesso, sa fille et la bonne Maritome étaient tout'étomées des discours du chevalier, qu'elles n'entendaient pas plus que s'il eût parlé grec, quoiqu'elles se doutassent bien que c'étaient des offres de service et des propos d'amour. Peu accoutumées à ce langage, elles regardaient le dievalier et s'émerveillaient, le prenant pour un homme d'une autre espèce que les autres. Elles le remercièrent pourtant de ses offres, en style d'hôtellerie, et le quittèrent. Maritome pansa Sancho, qui n'en avait pas moins de besoin que son mattre. Le muletier était convenu avec l'Asturienne de passer la nuit à se réjouir ensemble: elle lui avait promis qu'aussitôt que les hôtes se seraient retirés, et ses maîtres endormis, elle le viendrait trouver et se mettre à sa discrétion. On rapporte de cette bonne fille que jamais elle ne donna de semUables paroles sans le» tenir, quand même elle les eût assignées sur une montagne, et sans témoins, car elle se vantait d'être née demoiselle , et ne cro]rait point avoir dérogé pour être servante d'hôtellerie; c'était, disait-eUe, la mauvaise for-» tune qui l'avait réduite en cet état. Le dur, étroit, mince et traître lit de Don Quijote était le premier qu'on rencontrait aij^ milieu de cette étable à demi découverte i. Sancha avait fait le siep tout auprès; c'était une natte de jonc, avec une couverture qui semblait plutôt de canevas que de laine. Un peu {dos loin était celai du muletier, composé, comme je l'ai dit, de» bâts et de tout le hnnus de ses deux meilleurs mulets ; il e& ' possédait douze fort gras, potelés, reluisants; car c'était lut des plus riches muletiers d'Are vdo, à ce que <Ut l'auteur de

■ EHrellado esiaàio.

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cette histoire, qui en fait une mention particulière, comme Fay an t bien connu ; on dit même qu'ils étaient un peu parenis. En outre, Gid Hamet BenEngely fut un historien très exact et plein de recherches ; on n'en peut douter, puisqu'il n'a voulu omettre aucun détail, aussi minutieux, aussi trivial qu'il pût être; exemide que devraient bien suivre les graves historiens, dont les récits sont si hrefe, si succincts, qu'à peine arrivent-ils jusqu'à nos lèvres, et qu'ils laissent au bout de la plume, par négligence, ignorance ou malice, ce que Fœuvre a de plus substantieLLoués soient mille fois l'auteur de Tablante, de Richemont, et l'I^istorien du Comte Tomillas! Avec quelle ponctualité ils ont tojut décrit ! Je disais donc que le muletier, après avoir visité ses bètes et leur avoir donné leur seconde ration, vint se coucher sur ses bats , en attendant avec impatience sa ponctuelle Maritorne. Sancho, Qouché et couvert d'emplâtres , faisait ce qu'il pouvait pour dormir , et la douleur de ses côtes ne le lui permettait pas. Don Quijote, non moins souffiraht, avait les yeux ouverts comme un lièvre. Tout était en silence dans l'hôtellerie, et elle ne'contenait pas d'autre lumière que celle d'une lampe pendue sous la grande porte. Ce calme merveilleux, et les pensées que fournissaient sans cesse à notre chevalier les aventures décrites dans les livres auteurs de sa disgrâce, firent naître dans son esprit la plus extravagsmte conception que l'on puisse imaginer. II crut étire arrivé dans un fameux château (ainsi que nous l'ayons dit, à ses yeux, toutes les hôtelleries étaient des châteaux )5 et que la 811e de l'hôtelier était celle du seigneur diâtelain. Touchée de sa gentillesse^ elle s'était éprise de sa personne, et lui avait promis de venir, à l'insu de ses parents, passer quelque temps avec lui. Bien convaincu de cette chimère qu'il s'était forgée, il conmiença à s'hiquiéter du péril où allait être ei^sée sa fidélité, et se promit bien de n'être point parjure à sa Dulcinée, quand il devrait se trouver, en présence* de la reine Genièvre et de sa fidèle Quintagnone. Gomme il s'entretenait de ses rêveries, arriva l'heure, bien fatale pour lui, du rendez-vous de TAsturienne.

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