‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 77 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XVllI · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XVllI

min qu'il tenait, et cette poussière était si épaisse qu'elle ne aissait rien distinguer , à moins d'en être tout pi^ Don Qui-' jote affirmait néanmoins avec tant d'assurance que c'étaient des armées, que Sancho vint à le croire, et lui dit : Seigneur ^ qu'ayons-nous à faire là, nous autres? Ce que ndus avons à faire? répondit Don Quijote : protéger les faibles, secourir ceux qui en auront besoin. Apprends:, Sancho, que cette armée que tu vois venir droit à nous est commandée par le grand empereur Jlifanfaron, seigneur de la grande iledeTrapobane '; cette autre qui vient derrière est celle de son ennemi, le roi de% Garamantes ^ , PerUapolin-au-bras^retroussé , qu'on appelle ainsi parcequ'il combat toujours le bras droit nu. Et pourquoi, demanda Sancho, ces deux seigneurs-là se yeulent-ils> tant de mal ? Ils sont devenus ennemis, répondit Don Quijote , parceque cet Alifanfaron est un païen furibond qui s'est éprisr d'amour pour la fille de Pentapolin, belle et gracieuse dame , et qui est, chrétienne ; son père ne veut pas la donner à Alifanfaron qu'il ne renonce auparavant à son faux Mahomet, et qu'il n'embrasse le christianisme. Par ma barbe , dit Sancho, Penta- , polin fait fort bien, et je lui aiderai de bon cœur en tout ce que je poufrai. Tu feras ton devoir en cela, répoffdit Don Quijota; pour combattre dans de semblables batailles, il n'est point 4^ cessaire d'être armé chevalier. Je le conçois aisément, dit S^cho ; mais où mettrons-nous mon âne', pour être aSsurés ^Je retVouver après le combat? car s'y engager avec une telle i ture, je ne crois pas que cela se soit encore vu. Tu as rai&,^, dit Don Quijote; tu n'as qu'à le laisser aller à l'aventure , qu'il ^^^ se perde ou non; car, après la victoire, nous aurons tant de^ « chevaux à choisir, que Rossinante même court ris^tue d'être changé pour un.feutre. Mais regarde et sois attentif : je veux te faire connaître les principaux chevaliers qui se trouvent dans ces deux armées; et, afin que tu les puisses mieux remarquer , montons sur cette petite éminence, d'où l'on doit les découvrir

^ L'Ile de Ceylaa.

* Peuple de la Libye.

mieilx^. Ils montèrent, en disant cela, sur une hauteur d^où ils auraient Imn pu reconnaître les deux troupeaux de moutons, qui, pour notre chevalier, se transformaient en armées, si* la poussière ne leur eût offusqué la vue; mais enfin, 'JDon Quijote, voy^^nt en imagination ce qui n'existait pas, cèiiânença ainsi d'une voix élevée;

Ge chevalier aux armes dorées, qui porte dans son écu un lion couronné, couché aux pieds d'une jeune fille, est le valeureux Laurcalco, seigneur du Pont-d' Argent; cet autre qui a ^ ces armes à fleurs d'or, et qui porte trois couronnes d'argent en

champ d'azur, est le redouté Micocolembo, grand-duc de Quirocia; cet autre qui marche à sa droite, avec cette taille de géant, c'est l'intrépide Brandabarharan de BoUche, seigneur des trois Arables ; il est revêtu 4'une peau de serpent , et a pour écu une porte, qu'on dit être une de celles de ce temple que Samson renversa quand il se vengea de ses ennemis aux dépens de sa propre vie. Tourne maintenant les yeux de cet autre côté, tu verras, sur le front de cette armée, le victorieux et invincible Timonel de Carcassorme, pi^ince de la Nouvelle-Biscaye ; il porte des armes écartelées d'azur, de sinople, d'argent et d'or, et dans son écu in chat d'or en chant de gueules, avtc cette (q^fise M. I. U. qui forme la première syllabe du nom de sa • ^^ dame, l'incomparable MiUliney fille du duc Jlphégniquen tI ^ . d'Ulgarvéi Cet autre, qui fait plier les reins à cette puissante l* jument sauvage *, et dont les armes sont blanches comme la

neige, l'écu uni et sans devise , c'est im nouveau chevalier fran- 1^ ^ çais , nommé Pierre Papin, seigneur des baronnies d'Utrique. »¥* Celui qui, de ses talons ferrés, presse les flancs d'une jument légère et bien peinte 2, et porte des armes vair-azurées, c'est le puissant duc de Nervie, EspartafiUxrdo du^ocage; son écu représente un champ semé de bottes d'asperges, avec cette devise castillane : fiastrea mi suerte ^. Notre héros noipma de la

^ Al fan a.

^Cebra (le zèbre}.

' Ainsi croît ma fortune.

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