‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 81 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XIX

sont d^aller par le monde, redressant les «torts et défaisant les injures. Je ne vois pas, répondit le J)àchelief, comment vous pouvez appeler cela redresser 4es torâ , puisque, de droit que . j'étais , vous m'^vez^rompu unejambè ^ que jci ne verraipeutètre jamais redressée. Ea voulant réparer uu gri^, vous m'avez grevé pour toujouvs ; et vous, qui allez cherchant les aventures', vous m'ave/ fait trouver la plus triste mésaventuçe. Touteschoses n'ont pas ^n même succès ,»dit Pon Quijrfte : le'&al est venu, seigneur bachelier Atonzo Lopez:, de courif ainsi de nuit avec ces iong$ manteaux de deui^ ces surpH^ et ces torches. àlluniSes, marmottant entve vos denfs, et ressemblant tout à fait à de^ gens de Tautre monde. Je ne pouvais donc m'empècber d'obéir âmes obligations en vous attaquant , et je vous aurais attaqué encore quand vous eussiez été, comme je le pendis, de vrais diables d'enfer. Puisque le sort l'a voulu ainsi, dit le

bachelier, je vous supplie seulehient , seigneur cheviilier^, de m'aider à me tirer de dessous ma mule, où j'ai une jambe engagée entre l'étrier et la selle. J'aurais parlé jusqu'à demain, répondit Don Quijote : que ne le disiez- vous donc plus tôt? R' cria aussitôt à Sancho d'approcher; mais celui-ci ne se pressait pas de venir, parcequ'il était occupé à dévaliser une mule de bagage^ bien chargée de vivres, que menaient avec eux ces . bons ecclésiastiques; il fit de sa casaque une manière de sac, et y faisant entrer tout ce qu'elle put contenir^ il en chargea son âne. 11 coarut ensuite à la voix de son maître pour l'aider à d^ger le hacheUer : il ]e remit sur sa mule, lui rendit sa torche , et Don Quijote lui dit qu'il n'avait qu'à rejoindre ses compagnons, auxquels il le pria de présenter ses excuses du traitem^t qu'il leur avait fait et qu'il n'avait pu s'empèchei' de leur foire. Si par hasard , ^gouta Sancho , ces seigneurs demandent quel est le vaillant chevalier qui les a si bien menés, vous

I Me habeit vuelio tuerto. Jea de mofs 8ur celui de' tuerto. II en est de même de ograpado et agratfitido , de tu^entura et de dewentura. «

* Seîior eabaUero andante ( que fan maia andanza me ha dodo ). Aulre jeu de mots.

• thut /i.r*mUo. de repuesto.

leur direz que c'est» le vaillant Don Quijote cfe la Manche, dont le surnom est le chevialier de la Triste Fiff ure. ,

Le bachelier s'éloignsT, et Don Quijote demanda à Sancho pourquoi il l'av^^it appelé le chevalier de la Triste Figure, alors plutôt que da^ yn autre moment. Je vais yQU« le dire , répondit Sancho; je vous considérais à la lueur de la torche que porte ce pauvre écloppé, et véritablement vous aviez la plus triste figure que j'aie yue :*ll faut que cela»vienne de la fatigue du combat » ou bien de la perte de vos dents. Ce n'e^ point cela,*dit Don Quijote ; mais il aura paru convenable au sage qui dpit écrire mon histoire, que j'eusse un surnom comme tous les chevaliers du temps passé :ëkr tel s'appelait lejchevalier de l'Ardente ^ée, tel autre de la Licorne, celui-ci des î)emoiselles, celui-là du' Phénix , un autre du Griffon, un autre de la Mojrt; ils étaient connus sous ces surnoms par toute la terre. Ainsi, sans doute, ce sage lui-même t'a mis sur les lèvres et dans la pensée le surnom de la Triste Figure, que je prétends désormais porter; et, afin qu'il me convienne encore mieux, je suis réscAà'de faire peindre sur mon écu, lorsque j'en trouverai l'occasion, une

figure affligée. Il n'est pas nécessaire, reprit Sjancho, de consacrer à cela du temps et de la dépense : il suffira de vous montrer, et tout aussitôt, sans image ni écu, tous ceux qui vous * verront vous appelleront le chevalier de la Triste Figure. Croyez que je vous dis la vérité, et ne vous en offensez pas ; la faim et le manque de dents vous ont fait un si mauvais visage que, conmie je l'ai dit, on peut se passer de toute peinture. Don Quijote se mit à rire de la plaisanterie de son écuyer, et résolut tout de bon de prendre le surnom qu'il lui avait donné, et de faire peindre son écu.— Sais-tu, Sancho, que jecrains d'être excommunié pour avoir mis la main sur un ecclésiastique? Conformément à ce qu'il est écrit : «Si quelqu'un, à l'instigation du diable , etc. .. » Il est vrai pourtant que je ne l'ai pas touché de la main, mais seulement de la lance; que je ne croyais pas que ce fussent là des prêtres, ni rien qui appartint à l'Église, que j'honore et respecte comme catholique et fidèle chrétien, mais des fantômes

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