PARTIE t. CHAPITRE XIX
et des habitants de l'autre monde; quand je l'aurais su , je me souviens de ce qui arriva au Gid Ruy Dias, quand il mit«n pièces le siège de l'ambassadeur de.ce roi,^, en présence du pape, qui Ten excommunia. Le vaillant Roduigue de Bivar n'en agit pas moins ce jour-là comme un dignç et brave chevalier.
Le bachelier, après aVbir entendu cette conversation, [)artit sans répliquer, comme nous Favon^ dit. Do» Quijote eût bien désiré voir si ce qui était dans la litière .était ou noikle corps^ entier du gentilhomme; mais Sancho s'y opposa. Vous avez mis à fin, dit-il, cette péril^se aventure avec plus de succès que toutes les autres. Gc^^eps-ci, quoique vaincus et dispersés, pourraient bien faire attention que c'est un seul c'hevalier qui les a vaincus, la honte les ralliera peut-^re, ils reviendront, et nous donneront fort à faire. Mon âne est en bon état , nous voici près de la montagne, la faim npus presse, qu'avons-nou3 [flus à faire qu'à nous retirer gaillardement? Qye le mort, comme on dit, aille à la sépulture, et le vivant à la pâture. Et poussant son âne ep avai^i il pria son maître de le suivre, ce qu'il fit s^ns repli* quer, voyant bien que Sancho avait raison. Après avoir marché quelque temps entre deux collines, .ils se trouvèrent dans un vallon spacieux et détourné, où ils s'arrêtèrent. Sancho déchargea son âne, et étendus sur l'herbe fraîche, sans autre sauce que leur appétit, ils déjeunèrent, dînèrent, goûtèrent et soupèrent tout à la fois, satisfaisant leur faim avec les provisions des ecclésiastiques , qui rarement endurent la disette. Mais il leur arriva une autre disgrâce que Sancho trouva la pire dé toutes, c'est qu'ils n'avaient ni vin , ni même une goutte d'eau pour se désaltérer. Gependant il s'a{)erçut cpie la prairie sur laquelle ils reposaient fournissait une herbe fraîche et épaisse, et dit à son maître ce qu'on lira dans le chapitre suivant.
' Du roi de France, dont le siège était plus élevé que celui du roi d'Espagne. Voyez la Romance du Cid.
138 DON QUIJCfre.