‹ Histoire de douze ansChapitre 38 sur 67 · IIISTOIRF. DE DOUZE ANS · texte numérisé non relu

IIISTOIRF. DE DOUZE ANS

prendre une initiative hardie. Grâce à la double influence qu'il exerçait sur l'Emperenr et sur la Chambre, le Président seul était capable de faire prévaloir des réformes nouvelles et d'avoir raison des tentatives de résistance.

Après la mort de M. de Morn}', il se produisit dans la majorité une sorte de craquement. Les élections de 1860 avaient amené sur les bancs du Corps législatif un groupe de gauche assez compact; à coté de ce groupe, il s'en était formé un autre, composé d'individualités flottantes, qui visaient avant tout à affirmer leur indépendance, mais qui auraient eu beaucoup de peine à formuler un programme commun. Ce groupe, précisément parce qu'il renfermait des éléments disparates, agit sur la majorité à la façon d'un dissolvant. On ne se méfiait pas d'hommes qui proclamaient en toute circonstance leur dévouement à la dynastie et qui apportaient dans leurs critiques une extrême modération.

Le Tiers-Parti qu'on eût mieux fait d'appeler le parti-lliiers, parce qu'on effet cet homme d'État exerçait indirectement sur lui une grande influence, aspirait à jouer un rôle. Des hommes comme MM. Buffet, Lambrecht, de Talhouët, Plichon, Brame, de Chambrun, Martel, ne pouvaient longtemps se résigner à être de simples serre-files dans une Chambre où l'opposition avait conquis une si large place. Ils attendaient une occasion d'exposer leurs idées. Napoléon III les servit à souhait en donnant pour successeur à M. de Morny, M. le comte Walewski, devenu de sénateur, député des Landes. On sait quelle part M. Walewski avait prise aux décrets du 24 novembre;

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on avait lieu d'espérer qu'il ne refuseraitpas son appui à de nouvelles réformes.

L'Empereur paraissait avoir deviné les tendances secrètes du Tiers-Parti, car à l'ouverture de la session de 1866, il se complut, dans le discours du trône, à décourager toute pensée de modification dans les institutions.il s'éleva contre «ces esprits inquiets » qui confondent « l'instabilité avec le progrès » ; il protesta contre l'idée « de reprendre le lendemain ce qu'on » a rejeté la veille » et faisant en quelque sorte la philosophie de la Constitution de 1852, il déclara qu'il était temps de mettre un terme aux discussions sur les théories gouvernementales. M. Walewski semblait être entré dans les vues du souverain ; car, en ouvrant la première séance, il invita ses collègues à ne pas oublier « que la Constitution demeurait la loi su- » prême ».

Des déclarations aussi précises ne firent que surexciter les esprits novateurs. Ils engagèrent la partie d'une façon assez habile. Ils rédigèrent un amendement à l'Adresse, au bas duquel ils réunirent le plus grand nombre possible de signatures. Il y en avait primitivement 24 ; il y en eut bientôt 36, et quelques jours après 42. Ils écartèrent avec soin tous les hommes qui, de près ou de loin, se rattachaient à la gauche. Ainsi je n'obtins pas la faveur de signer l'amendement. M. Ollivier a expliqué qu'il n'y inscrivit pas son nom, afin de ne pas éveiller de susceptibilités- Il fut de plus décidé que tous les signataires voteraient contre l'amendement des 17. C'était sous ce nom qu'on désignait le groupe dont MM. Jules Favre ' et Ernest Picard étaient les chefs.

La discussion de l'amendement des 42 donna lieu à une des luttes oratoires les plus brillantes du second Empire. MM. Buffet, de Talhouët et OUivier se montrèrent des orateurs puissants. Mais M. Rouher usa d'un artifice qui devait produire un grand effet sur la majorité : il établit qu'entre le système de la gauche et celui des 42, il n'y avait aucune différence, et i^ termina son discours par un appel pathétique qui produisit une profonde émotion dans l'assemblée : « Ne » vous séparez pas de nous, s'écria-t-il, vous, nos amis » d'hier, qui serez, je l'espère, nos amis de demain, ^) La pente sur laquelle vous êtes placés est glissante. » Vous ne rêvez qu'une modification insensible, gra- » duelle, plus ou moins opportune, et, dans quelques j) instants, lorsque le vote s'ouvrira, alors peut-être » vous trouverez dans vos rangs ceux qui ne repré- » sentent plus votre opinion, et pour avoir voulu con- » quérir des nuances, vous aurez été absorbés par des » couleurs ! »

L'amendement des 42 fut rejeté; mais au vote il réunit Gl voix favorables. C'était une forte minorité pour un amendement qui avait un caractère essentiellement politique. Les Gl devinrent les 65 au vote sur l'amendement Martel qui demandait que, dans la législation sur la presse, la juridiction des tribunaux fût substituée au régime administratif.

Si l'amendement des 42 avait été écarté, la majorité n'en avait pas moins éprouvé une forte secousse, et les esprits perspicaces sentaient qu'elle n'était pas sortie intacte de la commotion. C'est ce que M. de ■ Persigny expliquait à l'Empereur dans une lettre qu'il lui écrivait le lendemain du vote; l'ami des mauvais

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