‹ Histoire de douze ansChapitre 37 sur 67 · I.A SCISSION I)K I.A CAUCHE · texte numérisé non relu

I.A SCISSION I)K I.A CAUCHE

apportés par la suite à la marche du gouvernement impérial. L'amendement des 42, la lettre du 19 janvier, l'interpellation des 116 et le plébiscite de 1870, tous ces faits qui opérèrent la transformation de l'Empire autoritaire en Empire libéral, 'ont eu pour point de départ cette rupture^ non cherchée, mais acceptée, avec un courage qu'on ne saurait trop louer.

Après le discours du 27 mars, un vide complet se fit autour de nous. Tous ces jeunes débutants dans la vie politique, qui nous faisaient cortège la veille, se retirèrent brusquement de nous pour aller à MM. Jules Favre et E. Picard. Un seul nous resta fidèle, ce fut M. Gambetta. En ce moment il cherchait encore sa voie ; mais il montrait déjà un certain esprit pratique. L'opposition légale et constitutionnelle paraissait la seule rationnelle et la seule féconde à cet esprit qui devait plus tard devenir le chef des irréconciliables. Mais il se laissa bientôt entraîner par la camaraderie ; l'homme qui devait faire la caricature de nos idées en les aff'ublantdu nom grotesque à^ Opportunisme, penchait de plus en plus vers les opinions extrêmes.

M. Gambetta s'adressait souvent à moi pour obtenir des billets d'entrée dans les tribunes réservées. J'allai un jour lui porter moi-même dans la salle des Pas-Perdus le billet qu il réclamait. Nous échangeâmes quelques mots qui^me prouvèrent qu'il avait pris son parti :

« Eh ! bien, mon cher Gambetta, lui dis-je, il paraît » que vous êtes en train de dépasser la gauche.

— « Que voulez-vous ? me dit-il, nous sommes en » présence d'un malade. Je vois bien qu'Ollivier et )) vous, vous lui préparez un enterrement de première

IIISTOIliK DE DOIZK ANS

» classe. J'aurais consenti volontiers à aller jusqu'à » l'église; mais je ne veux pas aller jusqu'au cime- )) tière. »

Nous nous quittâmes sur ce mot, et, depuis, je ne l'ai plus revu.

LA LETTRE Ï\V l'.i JANVIER 186

M. Emile OUivier, dans son livre sur le 19 janvier nous a révélé que peu de mois avant sa mort, M. de Morny s'était laissé convertir à l'idée de compléter le décret du 24 novembre et d' « effacer, comme il dit, » le coup d'État de décembre par un coup d'éclat » libéral. » Il s'était mis d'accord avec M. Rouher qui, à ce moment, ne témoignait aucune répugnance à entrer dans un cabinet dont M. Emile Ollivier ferait partie.

Le programme à présenter avait été à peu près arrêté. II s'agissait de proclamer la liberté de la presse, d'effacer delà Constitution l'interdiction pour les députés de devenir ministres en conservant leur siège, et de'remplacer l'Adresse par le droit d'interpellation largement appliqué et libéralement entendu.

Mais peu à peu, M. Rouher s'était refroidi. Le iO mars 1865, M. de Mornj était mort. Avec lui disparaissait l'espoir de voir le gouvernement impérial

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