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» d'aucune sorte et sans un traité auquel nous puis- » sions nous adosser. On a pu, en 1854, faire la guerre » d'Orient; il s'agissait du maintien des traités. En » 1859, on a pu faire la guerre d'Italie sans pré- » texte plausible ; on pouvait avec quelque raison dire » que l'Autriche interprétait mal les traités et les fai- ') sait servir à ses vues ambitieuses. Mais, dans le '» discours d'Auxerre, on a déclaré que les traités de j) 1815 étaient déchirés et devenus caducs. Il y a fort » à parier que la Prusse prendra texte de cet aveu .) dans un avenir très prochain. Puisque nous ne nous » croyons plus liés par les traités antérieurs, la Rus- .' sie se déclarera libre des engagements de 1856 et I) fera renaître la question d'Orient. Elle a une alliée » toute naturelle : c'est la Prusse. Quels sont nos » alliés à nous? L'Angleterre? Elle paraît vouloir se » désintéresser des affaires du continent. L'Italie? » Elle est impuissante^ et d'ailleurs elle e-st attachée o à la Prusse par les liens de la reconnaissance. .1 L'Autriche? Elle lutte pour sa propre existence, .) et loin d'être un appui, elle est un embarras. Nous .) sommes seuls, absolument seuls. Dans ces condi- » tiens, quelle aurait dû être notre ligne de con- ') duite? Il fallait imiter l'Angleterre, et puisqu'on » avait conservé la neutralité dans la lutte entre la » Prusse et l'Autriche, il fallait en profiter pour ne .) pas intervenir au moins moralement. Au lieu de » cela, on met le feu sous le ventre au pays ; on » chauffe les populations; on fait une loi militaire. » Il n'est pas besoin de voir très clair pour apercevoir » où mène une pareille politique. Quand il sera bien » prouvé que nous sommes seuls, il s'agira de bien
» autre chose que de la dynastie. Ce sera notre exis- » tence comme nation qu'on agitera dans les conseils » de l'Europe. »
Le découragement avait gagné tous les esprits. Je rencontrai vers la fin de décembre un administrateur do la France, M. de R,.., un de ceux que le régime impérial avait enrichis. « Eh bien, lui dis-je, que » dites-vous de tout ce qui se passe? — Hélas! me )) répondit-il, cela va bien mal! — Oui, la machine » aurait besoin d'être graissée de nouveau. — C'est, ») me dit-il, une bien mauvaise machine. »
L'appréciation était juste. Mais où trouver des hommes capables de construire une nouvelle machine et de la remettre en mouvement? « L'Empire, disait ') plaisamment M. Ernest Picard, ressemble au coche )) embourbé de la fable. Malheureusement, pour le M tirer de l'ornière, il n'y a ni chevaux ni charretier, » il n'y a que des mouches. »
M. Walewski se souvenait de l'heureuse diversion que, dans des circonstances graves, avaient produite les décrets du 24 novembre LS60. Il crut qu'on se tirerait des difficultés de la situation par les mêmes moyens, c'est-à-dire en adoptant le programme libéral qu'avait tracé l'amendement des 42. Il avait été témoin des hésitations, des embarras des députés de la majorité; il savait que beaucoup d'entre eux se repentaient de n'avoir pas voté avec les 65 ; après les événements des derniers mois, il ne doutait pas que le Tiers-Parti ne fît tache d'huile dans la Chambre et ne parvînt à faire prévaloir sa politique. Cela l'avait amené à se jeter à corps perdu dans ce parti ; au 15 août, il avait proposé pour la décoration un grand
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nombre de députés pris dans ce groupe. Napoléon III paraissait ainsi avoir encouragé l'opposition des 42.
A Compiègne, M. Walewski avait eu de' longues conversations avec l'Empereur. D'après M. Emile 01livier, les mesures suivantes avaient été arrêtées : l'envoi des ministres à la Chambre comme commissaires du gouvernement ; la suppression du ministère d'Etat ou plutôt sa réduction à ce qu'il avait été primitivement; le retrait de l'Adresse et son remplacement par le droit d'interpellation ; un décret qui, en maintenant le régime de la presse, subordonnait la suppression des journaux à certaines garanties, telles que l'intervention du Conseil d'Etat.
Il ne paraît pas que le président du Corps législatif ait eu grande confiance dans les ministres en exercice pour faire réussir son plan. Il s'attendait sans doute à de grandes résistances de leur part, car il fit appel à M. Emile Ollivier, dont il avait, semble-t-il, fait accepter le nom par l'Empereur.
M. p]mile Ollivier a fait ailleurs, en l'accompagnant de pièces à l'appui, le récit complet des pourparlers qui eurent lieu à ce moment entre M. Walewski et lui. Ne voulant pas me livrer à des redites inutiles, je ne puis qu'y renvoyer le lecteur. Mais, pour l'intelligence des faits qui vont suivre, il est nécessaire de bien préciser le sens de ces pourparlers.
Entre M. Ollivier et M. Walewski, il y avait un point commun : c'est que le moment était venu de faire un pas de plus dans la voie des réformes libérales. Sur l'étendue et la portée de ces réformes, il y avait certaines divergences qu'il est utile de noter. M. E. Ollivier trouvait que les réformes adoptées al-
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laient en deçà de son programme ; il était néanmoins disposé à prêter l'appui qu'on lui demandait. Mais il y avait trois points sur lesquels il déclarait ne pouvoir rien concéder : 1° l'abandon du projet de loi militaire, qui avait soulevé un toile général; 2° l'abrogation de l'article 44 de la Constitution et la possibilité reconnue, pour un ministre, de rester député; 3° la cessation du pouvoir arbitraire qui pesait sur la presse et la constitution pour elle d'un régime légal quelconque.
Mais la grande difficulté, c'est que M. Walewski s'était chargé d'offrir à M. E. Ollivier, de la part de l'Empereur, le ministère de l'instruction publique, et M. E. Ollivier se montrait très résolu à ne pas devenir ministre. Il y eut, à ce sujet, une lutte qui dura plusieurs jours et qui se termina par une transaction : M. E. Ollivier s'engageait à remplacer M. Rouher, dans le cas, fort improbable, où le ministre d'Etat ne se déciderait pas à exécuter le nouveau programme ; il consentait, en outre, à entrer aux affaires, même avec M. Rouher, mais en subordonnant son acceptation à des conditions qui devaient inévitablement faire hésiter l'Empereur et amener celui-ci à lui rendre sa parole. Une note en ce sens fut remise à M. Walewski, afin que l'Empereur sut d'avance à quoi s'en tenir.
M. E. Ollivier eut une entrevue avec l'Empereur le 10 janvier 1867. Les raisons pour ne pas accepter un portefeuille avaient sans doute été trouvées bonnes ; car, après une, longue conversation sur les questions de fond, l'Empereur lui dit : « Et vous? il paraît » que vous ne voulez pas entrer aux affaires ? » —