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M. E. OUivier affirma de nouveau son refus, et, ajouta « qu'avant à son service un homme de la valeur de » M. Rouher, nul ne lui était nécessaire, et que, » d'ailleurs, si l'Empereur lui croyait quelque force, )> il était prêt à se concerter avec le ministre d'Etat, » qui ne déclinerait pas, il en était' certain, l'hon- » neur de réaliser la nouvelle politique. » L'Empereur répliqua : « Vos raisons sont trop bonnes pour que » j'y oppose une seule objection; je pense comme » vous; je vous rends votre parole. » Et la conversation se trouva terminée.
Deux jours après, M. E. Ollivier recevait une lettre des plus flatteuses, par laquelle l'Empereur l'invitait à venir causer avec lui et M. Rouher sur les détails d'exécution. Il alla au rendez-vous, mais il n'y trouva pas M. Rouher. L'Empereur se déclara décidé à la loi sur les réunions publiques, à l'envoi de ministres à la Chambre et au sacrifice du pouvoir discrétionnaire en matière de presse. Puis, il ajouta : « Ce que j'accorde » 'est considérable, et, si je sortais du premier Em- » pire, on le reconnaîtrait, mais, comme je succède » à des gouvernements parlementaires, tant que je » ne verserai pas dans l'ancienne ornière, on trouvera » que ce que j'accorde est peu; vous le verrez, on le w dira. »
A la suite de cette seconde entrevue^ il y eut un échange de notes entre le député et le souverain. Comme les réformes promises se faisaient attendre, M. E. Ollivier s'informa respectueusement des motifs du retard. L'Empereur lui répondit qu'il était uniquement dû aux difficultés du remaniement ministériel.
■i-iH HISTOIRE DE DOUZE ANS
Il ne paraît pas que M. E. Ollivier ait mis aucun de ses collègues dans la confidence de ses démarches et des pourparlers qui avaient eu lieu entre lui et le souverain. Cela résulte des reproches qui lui ont été adressés plus tard par certaines personnalités médiocres et remuantes. Dans tous les cas, j'ai recueilli de la bouche de plusieurs des 42 qu'ils n'avaient pas été mis au courant de ce qui se passait, que M. E. Ollivier ne les avait pas consultés, et qu'ils no connaissaient que fort vaguement et par de simples ouï-dire la part qu'il avait prise aux réformes.
Tout s'était, du reste, passé dans le plus grand secret. C'est seulement dans le conseil du 17 janvier que l'Empereur, pour la première fois, s'exprima nettement sur la nécessité d'introduire des changements dans l'organisme de l'Etat. Aucun des ministres ne fit d'objections. M. Rouher fit observer qu'en présence des réformes qui allaient s'opérer, il était du devoir de tous les membres du cabinet de donner leur démission collectivement. Il pouvait se faire que "la Couronne jugeât utile de s'entourer d'hommes nou- A^eaux pour une œuvre nouvelle, et rien ne devait gêner l'Empereur dans les choix qu'il aurait à faire. L'Empereur insista pour que tous ses conseillers restassent aux affaires. Mais, par des motifs divers, étrangers ^^Linodifications qui se préparaient, le maréchal ^t^^lJHa, M. Fould et M. de Chasseloup- Laubat demandèrent à se retirer. Le conseil se sépara, sans qu'aucune résolution définitive eût été prise.
Le secret n'avait cependant pas été si bien gardé que le public n'eût eu vent de ce qui se préparait.