‹ Histoire de douze ans (1857-1860): notes et souvenirsChapitre 3 sur 39 · L'ÉLECTION^ DES CINQ · texte numérisé non relu

L'ÉLECTION^ DES CINQ

La question du serment a tenu une grande place dans les élections générales de 1857 et dans les élections partielles de 1858, qui ont amené la formation du petit groupe des Cinq. En me rangeant du côté des sermentistes, il me sera facile de prouver que je ne faisais que rester conséquent avec moi-même et que j'étais fidèle aux doctrines que j'entendais professer autour de moi.

M. Emile Ollivier a consacré à la théorie du serment tout un chapitre de son livre : Le 49 Janvier. Appartenant à un parti qui n'admet pas le serment politique, parce qu'il le considère, suivant le mot de M. Thiers, comme « une vexation du vainqueur impo- » sant le parjure au vaincu », M. Emile 'Ollivier avait

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à se justifier vis-à-vis de ses anciens amis d'un acte qu'ils considéraient comme un oubli des principes. Il Ta fait, à mon sens, d'une façon victorieuse; il n'y a pas une ligne à retraneher de ce beau chapitre. Je n'ai pas à m'inscrire en faux contre une seule des considérations que M. Emile Ollivier fait valoir. J'étais autrement à l'aise sur cette question si controversée. Dès 1848, je m'étais séparé du parti républicain à propos du serment.

Un décret du gouvernement provisoire , contresigné CrémimXy avait aboli le serment politique. Par dérogation à ce décret, l'article 48 de la Constitution du 4 novembre imposait l'obligation du serment au Président do* la Répùlilî^dei Cette disposition n'était pas dagoùtjdps députés deJa^Montagne ; ils auraient voulu qtfbh-rôsiârt-tfatelarlôgiqtfe et qu'on effaçât complètement le serment de la Constitution républicaine . Je ne partageais pas cet avis et voici ce que j'écrivais dans le Peuple, numéro du 15 octobre 1848 :

« Nous ne comprenons pas, nous Tavouons, chez des amis de la République, cette horreur du serment.

» Le serment est ce qu'il y a d'universel dans la religion ; à ce titre, le serment est le premier dogme de la religion naturelle ; c'est la religion de l'humanité même.

» Le serment, considéré dans son essence, n'est que la formule solennelle et mystique de la foi jurée. C'est le serment qui fait le mariage, et qui constitue le lien, l'obligation de tous les contrats. Dans toute promesse, le serment est nécessairement exprimé ou sous-entendu. Abolir le serment, c'est donc suppri^ner l'obligation morale. C'est dire aux débiteurs : vous contractez des dettes, mais vous ne promettez pas de les payer; aux époux : vous vous appartenez l'un à l'autre, mais vous ne vous engagez point; aux citoyens : vous devez fidélité à la patrie, mais sans promesse de votre part.

» M. Crémieux a trouvé cela, et nous avons des républicains qui Tadmettenl! »

l'élection des clnq

Cet article souleva d'ardentes colères dont on retrouverait les traces dans les journaux montagnards du temps. C^était là cependant la pure expression du droit; mais Técole jacobine n'a jamais rien compris au droit; la raison d'État est son seul guide. Mon article venait déjouer certains calculs et peut-être troubler certaines consciences. Aussi causa-t-il un véritable scandale.

Au mois de juillet 1852, Proudhon publia son livre : la Révolution sociale démontrée par le cowp d'État. Il fut amené naturellement, par la nature du sujet, à s'expliquer sur la prestation du serment imposé aux sénateurs, aux députés et aux fonctionnaires de tout ordre par la Constitution ; il le ât en termes qui ne laissaient de place à aucune équivoque. Si je me permets de rapprocher l'admirable page de ce livre des humbles lignes écrites par moi en 1848, c'est uniquement pour constater l'identité des doctrines :

« Que dirai-je du serment? une inconséquence de plus.

» Les partisans de la légitimité ,sur Tavis du comte de Chambord, refusent de le prêter; ils ont raison; ils font en cela preuve de sagacité ; dans les idées royalistes, le serment est un acte de vasselage qui lie d'un lien unilatéral et personnel celui qui prêle le serment à celui qui le reçoit, Mais j'avoue que je ne saurais admettre cette délicatesse chez un républicain, et les raisons de MM. Cavaignac et Carnet ne m'ont point convaincu. Le serment, pour un républicain, n'est qu'une simple reconnaissance de la souveraineté du peuple en la personne du chef de l'État, par conséquent un contrat synallagmatique, qui oblige également et réciproquement les parties. Le royaliste jure sur TEvangile, le républicain sur la Révolution ; ce qui est fort différent. C'est ainsi que prêtèrent serment à Louis- Philippe , Garnier-Pagès , Lamartine , Ledru-Rollin. Louis- Napoléon l'entendrait-il autrement ? Ce qui est certain, c'est qu'il ne l'oserait dire. J'estime donc que les représentants républicains, après avoir, sous le régime du. 2 décembre, par-

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