‹ Histoire de ducs de GuiseChapitre 6 sur 23 · COUP D'OBIL · texte numérisé non relu

COUP D'OBIL

neveu de Bonne, fille de Rlcuin et épouse de Charles de Lorraine , par conséquent cousin germain d'Othon , adopté par lui, fit tomber cette province en sa possession. Il la transmit à sson frère, Gothelon le Grand, qui réunit encore, pendant quelques moments, les deux Lorraines. La basse seule passa à Godefroy le Bossu, fils de Gothelon, et, après sa mort (1076), au fils de sa sœur Ide, à l'illustre Godefroy de Bouillon. Celuici, en partant pour la première croisade pendant le cours de laquelle il devint roi de Jérusalem (i09^)), renonça au duché de basse Lorraine en faveur de Henri, comte de Limbourg, qui fut déposé peu après. Godefroy le Barbu, comte de Lorraine, descendant de Gerbei^e, le posséda ensuite (1i06) et le transmit à ses héritiers.

Les empereurs, ne voyant dans Tancien royaume de Lorraine qu'un perpétuel sujet de troubles, ne prétendirent plus le conserver à titre immédiat, et se bornèrent à y établir dos ducs particuliers, dévoués à leur autorité et capables de maintenir une barrière entre la France et l'Allemagne. Les premiers de ceux-ci n'eurent qu'un pouvoir viager, égal seulement à celui de simples gouverneurs. Tels furent dans la haute Lorraine, désormais la seule proprement dite et contenue, à partir de cette époque, dans ses limites modernes, Thierry, puis son fils Frédéric, aïeul de la célèbre comtesse Mathilde, après la mort duquel (4027) cette province resta sans duc particulier et fut réunie ensuite à la basse Lorraine^ ainsi qu'on l'a vu plus haut, sous l'autorité de Gothelon. Ixirsque ce prince eut cessé d'exister (1044), le démembrement, effectué déjà entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, renouvelé sous l'archiduc Brunon (vers 960), fut consommé, pour la dernière fois, par l'empereur Henri III, et la Lorraine demeura reconnue fief de la couronne d'Allemagne.

SUR LA MAISON Dfi.EORRAINE. i$

Ainn s'était éteinte la famille de Gharlenagne, ou eu moins fut-elle alors confondue en d'autres sans leur oonununiquer son éclat. Plus tard on sera dans le cas de voir comment des prétentions, qui se rapportent au sujet principal de cet ouvrage y cherchèrent à la ressusciter par le moyen de fictions généalogiques, et à s'en faire un point d'appui, aux temps des troubles religieux de la France.

Voici donc l'instant où la Lorraine, sortie de tant de vicissitudes, devient souveraineté h^éditaire de l'illustre race dont sont issus les Guises, de cette antique famille destinée, en s'unissant sept siècles après avec la descendante de Rodolphe de Habsbourg , à ceindre une couronne impériale et à recevoir ^ la Toscane en échange des duchés de Lorraine et de Bar, cédés viagèrement au beau-père de Louis XV, au roi déchu de Pologne, Stanislas Lecsdnski, sous la condition qu'après lui ils appartiendraient enfin irrévocablement à la France.

Nulle généalogie peut-être n'a donné matière à plus de conjectures que celle de la maison de Lorraine. Non contents de voir se perdre son origine dans la nuit des temps, selon l'expression consacrée, certains auteurs ont prétendu la retrouver

(1) Par le traité de Vienne, du 18 novembre 1788.

Déjà, en 1662, Charles IV de Lorraine, privé de postérité légitime, avait voulu transmettre -ses duchés à Louis XIV, Ce monarque s'amusait à la foire de Saint-Germain lorsqu'on lui apporta l'acte qui consacrait une aussi importante acquisition, et dit en le recevant < qu'il n'y avoit point « de bijou à la foire qui valût celui qu'il venoit de gagner. >

Tous les membres collatéraux de la maison de Lorraine devaient, par compensation, obtenir le rang de princes du sang en France avec droit de succession à la couronne en cas d'extinction de la maison de Bourbon. Mais l'opposition du parlement empêcha la signature et l'exécution de ce traité, dont les clauses, éblouissantes aux yeux des princes lorrains, avaient effacé, sous l'appât de chances invraisemblables, la considération de leurs réels intérêts de grandeur et de puissance.

Voir les Mémoires deBeauvau, pages 211, 212.

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presque dans jles nuages de la fable. C'est ainsi que le plus aventureux d'entre eux a écrit :

« L'an de la création du monde 4030, selon Eusèbe, environ

< 1 1 79 ans avant Tincamation de Jésus-Christ, Troie, la grande

< habitation de la noblesse, fut destruicte par les Grecs, et le roy « Prian, ses trentes enfansles uns tuézles autres égarez en divers « lieux, entrelesquelz Francus fils d'Hector etHélennes son petit

< frère furent poursuivis. Avec OEnéas et Anthénor ils se trans-

< portèrent en diverses régions pour habiter OEnéas à Rome où c il espousa Lamine fille du roy latin, Anthénor à Padoue et au

< territoire où il fonda la ville de Venise, Hélennes en Pirrye

< dicte à présent Albanie, et Francus en la basse Scithie et Pan-

< nonie qu'on dict à présent Hongrie dont ils s'appelèrent Sci^ n thés. Lors tous les pays de Loraine et Barroys s'appeloient

< Gaule belgique compris sous la monarchie des Gaules dont c Rémus restoit Roy ennemis des Romains qui donna sa fille en c mariage audict Francus par l'entremise de Mosellane prince c< Troyen cousin germain de Francus qui lui donna pour réc compense le gouvernement de la Gaule belgique soubzledict ( Rémus, laquelle il nomma Mosellane supérieure et du costé c du Barrois Mosellane inférieure puis furent dictes l'Austrie « mosellanique depuis Austrasie par un prince Austrasiusqui c y. commanda soubz Louis premier Roy chrestien et après Le-

< uire et finalement Loraine par Lotaire.

c Du mariage de Francus descendirent 40 Roys et deux

< Ducs qui régnèrent successivement sur les lignes Troyennes « qui avoient suivy Francus jusques à Pharamont. Des 40 Roys c et deux Ducs y en eust seize qui régnèrent en Pannonie dicte c Hongrie environ 729 ans avant la nativité de nostre Sei- € gneur 440 ans ; auquel temps ces princes et Roys descendi-

< rent et conquestèrent la Suaxonie et Ménapie, dicte après « Gueldres, et sur ces provinces le reste desdicts quarcpte

soft LA MAISON DE LORRAINE. t1

< tloys et deux Ducs régnèrent soubz le nom de Sicaixibrietis,

< du vaillant prince Sicambre qui édifia la cité de Gicambre « qu'on dict après Bude en Hongrie et soubz ce nom firent la c guerre aux Romains jusques au temps de Jules Cœsar qu'ils « furent appelés Germains et Francs d'où fut dicte François ou ( Francfort et Germanie en deçà et delà le Rhin. Ils régnèrent

< environ 800 ans jusques au règne dudict Pharamont et de i Marcomire son père duc de Franconie, prince troyen qui fut c environ l'an du salut 370, auquel temps le tiran Garoner Roy ( des Vandales ruina Metz, tout le pays de Loraine et subjuc gua les Gaules dont enfin il fut chassé par lesdicts princes « troyens qui en furent seigneurs à Tours t

La suite du discours et la table qui l'accompagne ont pour objet de démontrer que, tirant leur origine de la famille royale de Troie, les Guises, c les seigneurs de Joinville sont issuz de

< Gharlemagne, empereur des Romains et Roy des François*. > Une autre version, assez curieuse encore, et beaucoup plus

empreinte de vraisemblance, établit^ :

€ Qu'Ërchinoald est la tige indubitable de la maison d'Aïc sace, d'où descendent tous ceux de la maison de Lorraine et « Autriche jusques à présent, et qu'il estoit parent de Dagobert t Roy de France et de Saint- Vandrille abbé de Fontenelles, c comme ilse voit en la cronique de Frédégaire nombre 84. € Parce qu'Ega cousin du Roy Dagobert avoit épousé en prec mières nopces la fille d'Arnould duc d' Austrasie, dont on ne c scaitle nom; laquelle estoit sœur du grand Saint- Arnoud c duquel je ferai descendre la maison illustre de Bourbon, et c cest Arnould estant fils d'Angelin qui avoit épousé Blitilde

(1) Mss. de la Bibl. nation., suppl. franc. 1054, fol. 117.

(2) Véritable origine de la Maison de Lorraine, par le P. Vignier, oratorien, 1649. — Origine de la très illustre Maison de Lorraine; supplément à rhistoire de la maison de Lorraine, par le P. Benoît, Toul, 1712, 1714.

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