LIVRE CIIÎQUIEME. 3o
» «n arrêter le débit dans son diocèse ^ ni pour le » flétrir par une censure ^ on ne manqua pas de » lui faire un crime de sa lenteur, qui passa d'a« 2> bord pour une preuve de connivence ».
Il résulte de ce récit du chancelier d'Agnes* seau y qui n'a jamais été accusé d'être trop favorable aux Jésuites 9 que la Cour de Rome, Louis Xiy et ses ministres , Tarchevêque de Paris ( M. de Harlay ) et le père de la Cliaise , confesseur du Roi, avoient laissé les Jansénistes jouir de la plus grande tranquillité pendant trente «quatre ans^ qu'il ne tenoit qu'à eux de conserver toujours cette existence paisible, qu'on évita même de les inquiéter tant qu'ils n'attaquèrent par aucun acte public des décisions solennielies de l'Eglise, acceptées par tout le corps des évéques et confirmées par les lois de TEtat. Il en résulte encore que ce furent les Jansénistes eux-mêmes qui allèrent chercher, pour ainsi dire, la persécution, en bravant dans trois circons^ tances remarquables, par un éclat scandaleux, l'autorité civile et ecclésiastique.
C'est une observation qui n'a point échappé , dans le temps, aux magistrats chargés du ministère public.
M. Joly de Fleury (0, avocat-général au par-
(0 GoUlaume-François Jol}r de Fleoiy, a?ocat-gé^éral au par-
3o4 HISTOIUE DE TÈVÈhOlX,
lement de Paris, disoit , dans son réquisitoire da 9 mai i7o3>, an sujet du Cas de Conscience: a Les ëvéques ne peuvent ayoîr trop d'atteotion » ni de vigilance pour réprimer tous ks efforts » de ces esprits inquiet gui veulent agiter éter-- » nellement des questions dangereuses sur Mme » condamnation justement prononcée , rompent » ainsi le silence dans le temps même quils pro* » testent de le garder , et troublent la paix de » l'Eglise, sous prétexte de Vajfermir ». '
M. Dudon tenoit le même langage au parlement de Bordeaux, le 27 juin 1708 : « Il ne faut % pas s'étonner si* un pasteur vigilant (Févêque 3) de Sarlat ) s^élève contre eeux qui voudroient » encore troiâ>ler la paix de l'Eglise , et qui » croient , dans des ouvrages anonymes , pouuoir » parler impunément de tout ce çuils disent eux^ » mêmes qu^on doit taire ». >
A peine le Cas de Conscience fut -il connu à Rome, que le pape Clément XI le condamna, avec les qualifications les plus sévèi*es, par un bref du 1 2 février 1 703, et écrivît en même temps au Roi pour lui porter ses plaintes de la témérité des docteurs de Paris, dont la décision tendoit à
lement de Paris en 1703, et procureur-général an même parle* ment en 171 7, se démit de cette charge en 174^9 et mourut le aa mars 1756, dasAsa &!.* annëe.
faire
tlTKB ClKiQUlEitE*^ 3o5
faire renaitre toutes les anciennes contestations. Le cardinal de Noailles^e trouva alors estré^ mement embarrasse (0 ^ « et prévoyant qu'il ne » pourroit se dispenser ^e sum« Texemple du » Pape f il crttt apparemttieM qu'il lui seroit plus I) honorable de le prëvcniti; màiftit lie* prévint que » Tarrivéç du bfef 411 France et non pas le bref » même y puisque le bref éloït>du ia( février). Il et que rondoùnanca de ^e prélat a'étoit que » du aa ; il y eut même, ajouta le chancelier » d'Aguesseaa en plaisantant, des dironologistes » trop eiactSy qui prétendirent qu il y avoitqueb- » que erreur' dans la. date nde. cette ordonnance, « et que la nouveUô du bref ,. qui étoit. sur le » point dlarriver, le fit l'étrograder de quelques o fours, afin que cette censure paràt Touvrâge » d'un zèle libre et indépendant , plutôt que » d'une complaisance forcée et d'une espace" de » servitude. Quoi qu'il en soit, on vit pardttre, » presque en même temps , et le bref du Pape et }> le mandement du cai^dinal de Noailles, fui, » sans en foire ici un plus long détail ,^ eut le sort »> de px^sque tous ses autres ouvrages y c'est«-à^ M dire , d'aliéner les Jansénistes sans lai gagner » leurs adversaires.
(Ô Œuvres du chancelier d'Aguesseau , tom. xiii, p. 2o3. Féiîélon. Tom. III. 26
3o6 HISTOIRJE DB FÉNÉLON,
n II prit en «éfiae temps le parti d*«crire une » grande lettre au Pape, où pour se justifier » du reproche que Sa S^ainteté avoit semblé lui » faire de sa trop grande indulgence^ il lui ex-^ » pliquoit les circonstances de cette affaire , la » censure qui! avoit prononcée^ la soumission » et la rétractation de presque tous les docteurs » qui avoient eu Timprudence de signer lé Cas 3» de Conscience, Tarrêt que le Roi avoit rendu » le 5 mars, pour le condamner; et enfin la joie. «» que le cardinal avoit de voir son jugement con- 3» firme par cdLui du Pape ^ dont il avoit reçu le » bref le même jour qu il avoit publié sa censure, u Bien des gens crurent , selon le chancelier d* A* » guesseau , qu'il auroit pu renverser la phrase, u et dire çuil ayoit publié sa censure le même » jour çiiil avoit reçu le bref ».
Il est vrai, que le cardinal sVtoit donné beauf» coup de mouvement pour obtenir le désaveu des docteurs qui avoient signé le Cas de Conscience, et qu il y avoit réussi ; tous s'étoient en effet ré« tractés y à Fexception d*unseul. Il avoit été puis* samment secondé, daûs le succès de cette négociation, par Bossuet qui vivoit encore. L'opinion de ce grand homme (0, sur Tinsuffisance du silence respectueux, n*étoit ni secrète ni équivo*
(0 Voyez M lettre aux religieiues de Por^-Royal.
LirnE ciHQuièxE. 3o7
que (i); il était également excité par le désir de tirer le cardinal de Noailles du mauvais pas aà £1 s'étoit imprudemment engagé; mais il étoit aflSigé de voir quelques esprits inquiets ^ dont ce prélat étoit environné , se prévaloir de sa foiblesse pour ressusciter dés disputes assoupies depuis si longtemps. Bossuet mourut au commencement de Fannée suivante, le i^ avril 1704; et ce fut le plus* grand de tous les malheurs pour TEglise dé Franchi U est vraisemblable que l'intervention de son nom et de son autorité auroit suflS pour prévenir lea éclats fâcheux qui suivirent sa mort.
Louis XIV fit adresser à tou»les évéques lébref 'du li février 1708^ qui condamnoit le Cas de Conscience. La lettre des secrétaires d'Etat portoït : « Que le Roi n'avoit rien plus à cœur que :» de s'opposer fortement au renouvellement des o» troubles que' les propositions condamnées^ de » Jaiisénius a voient «excités, et que Sa Majeïsté » avoit si heureusement appaisés ».
' Quelques^ évéques W^ en recevant, pour ainsi dire, des mài&s du Roi, lé bref du Pape, se per-
(') On voit dans un mémoire manuscrit de M. de Cliampfloar, évéque de la Rochelle , que Bossuel s'ëtoit élevé de la manière la plus forte contre le Cas de Conscience , dans plusieurs lettres qu il lui avoit écrites à ce sujet.
(*) Les évéqaes de Clermout, de Sarlat» d^Apt, et de Poitiers.
3o8 HISTOIRE DE Fl^NÉLON^
^uadèrent ou se laissèrent petsuader que Fînten-*» tioD de Sa Majesté étoit qu ils lui donaassent la plus grande publicité ^ et ils appuyèrent les ordonnances qu'ils rendirent contre le Cas dû Cons^ çience sur Tautoritë de ce bref»
Mais le chancelier de Pont^Cbartrain^ le pre« mier président de Harlay (0^ M. d'Aguesseau et ies principaux magistrats du parlement de Paris, représentèrent au Roi combien il étoit contraire aux maximes reçues en France , de donner un caractère d autorité aux bulles et aux rescrits de la Cour de Rome ^ avant qu'ils eussent été revâ« tus de la sanction de l'autorité royale et de toutes les formes presaites par les lois et les usages du royaume»
Louis XIV se rendit à ces observations; il laissa au parlement la liberté d'exercer son ministère ; mais le diancelier d'Aguesseau nous apprend à cette occasion une anecdote qui prouve jusqu'à quel point Louis XIY portoit la surveillance et l'attention dans tous les détails de l'administra* tioa. Ce prince parut craindre qiie l'esprit de
(}) Achille de Harlay, d'abord conseiller et procureur-général au parlement de Paris, devint premier président da cette compagnie le i3 novembre 1689, par la démission de M. de Novion, en exerça les fonctions jusqu^en 1707, qu'il donna lui-même sa démission, et mourut le 23 juillet 1713^ lige de ^7 3^ ans.
tlYUE CINQUIEME. ^09
£orps OQ la jalousie du pouvoir'n exagérât le télé. de se«.magistratS) et ne leur permit pas de renfermer leurs expressions dans cette mesure d*égards , de décence et de re^ect que les premier^ ordres dun Etat doivent toujours observer entr eux; il exigea formellement que le premier pré^ sident, le procureur-général et Tavocat-général missent sous ses yeux^ avant de les présenter au parlement ^ les projets des conclusions, du réquisitoire et de Tarréty se réservant d en retrancher tout ce qui lui parottroit blesser le respect àù. au caractère épiscopal. Les mêmes ordres furent adressés aux procureurfr-généjfaux des parlemens d^Âix et de Bordeaux.
C'est dans ces détails presque indiffîrens et qui échappent toujoui^ à l'histoire ^ qu'on observe avec quel art ^ et quelle sagesse Louis XIV sut , jusqu'au dernier moment , retenir dans ses mains les rênes du gouvernement et tous les fild de l'administration ; c'est cependant ce même monarque que quelques écrivains du dix-huittèm:e siècle oiit voulu nous repi^ésenter comme toujours gouverné et même comme incapable de gou^ vernen
Fénélon connoissoit les lois et les maximes du royaume, et savoit les respecter, quoiqu'il ne dissimulât pas son opinion sur l'abus que les ma-
3lO HISTOIKE DE FÉKÉLOir^
gistrats en faisoient trop souvent par cette espèce de rivalité dont les corps ont tant de peiiie à se défendre. On n'eut point à reprocher à Fénélon de montrer un zèle précipité^ ni de mêler à dee actes de juridiction ecclésiastique la. plus légère irrégularité dans les formes. La plupart des évèques d^ France avoient déjà condamné le (Jas de Conscience^ lorsque Farchevéque de Cambrai fit entendre sa voix. Ce ne fut que le lo. février 1704 qu'il publia une instruction pastorale , dans la^ quelle il évita de parler du bref du Pape ; mais cette instruction -pastorale l'engagea dans une longue suite d'écrits du. même genre^ parce qu'A y établit quelques principes sur lesquels les sentimens étoient partagés. D'ailleurs cette instruction pastorale embrassoit des objets très-étendos; elle ofTroit un tableau historique et dogmatique de toute la controverse du jansénisme ^depuis sou origine jusqu'à l'époque où j après Un long calme^^ on voyoit de nouvelles tempêtes s'élever avec plus de violence que jamais. La célébrité de l'auteur, le mérite de l'ouvrage/ la méthode simple, claire et nouvelle qui s'y faisoit remarquer, la modé^r ration qui en formoit le caractère dominant, fixèi'ent en un moment l'attention universelle. Ce fut ce qui engagea les plus habiles défenseur^ du parti qu'il combattoit , \ réunir toutes leurs
LIVnS CINQUIÈME. 3lZ
forces contre celui de leurs adversaires qui leur paroissoit le plus redoutable.
M. de Saint-Simon dit dans ses Mémoires que le silence auroit dû être le partage d'un ëvéque qui avoit eu le malheur d'errer et d'être con^^ damné; il nous semble au contraire que l'édifiante soumission de Fénélon lui donnoit plus qu'à tout autre le droit de faire valoir l'autorité de l'Eglise. Si la modestie lui défendoit de se proposer lui-même pour mod^é, ses instructions contre l'erreur acquéroient encore plus de force par le silence même qu'il gardoit sur la religieuse docilité dont il .avoit offert l'exemple.
Fénélon commence cette instruction pastorale ' ir. par fixer le véritable état de la question. Il est pastorale de nécessaire 4e rappprter ses propres paroles, pour Fénélon sur
; . ,^ " , . ^ ,,. ^ , . le jansënîs-
montrer josqu a quel pomt 1 ignorance et la mauvaise foi ont dénaturé les faits les plus simples et les plus clairs.
« L'Eglise (Oy dit Fénélon, n*a jamais prétendu » décider que l'inienUon personnelle de Jansé- » nius ait été d'enseigner les hérésies pour» les- » quelles elle a condamné ce livre ; elle ne juge 3) point des sentimens intérîeiirs des personnes. » Ce secret des cœurs est réservé à Dieu ; quand » elle parle du sens d'un auteur, elle n'entend
(0 Instruction pastorale du lo lëvriei 1704- (Manusorits. )
me.
3ia BISTOIBK DE f£kÉLON^
» parler que de cdui qu'il exprime oaturelles meot par son texte.
3* L'Eglise n'a pas même décida qne cette ■» combinaisoD de letti-es, de syllabes et de mot» » qui composent précisément les cinq propon- » tions, se trouve insérée dans le texte de Jan- 9 sénina.
a Tous les actes eccl&iastîques ne parlent- de- » puis cinquante ans que d'ejr^roït, d'aèrégé d'or- » pinians, de dogmes, de doctrine contenue dans « le livre, et jamais des cinq propositions comme »- insérées mot pour mot dans le texte dé Jansés nius. Ainsi les cinq propositions ne sont don- » nées que comme l'abrégé du livre, et le livre » estdonnécommerouvragèoùlesensdespropo- » sitioDS est plus amplement expliqué »,
Fénélon fait roir ensuite comment diacune des cinq propositions^ c'est-à-dire chacune des erreurs réduite sous la forme d'une proposition , te trouve présentée, développée, inculquée dans les différentes parties du livre et dans l'ensemble de t'ouvrage.II montre avec la dernière évidence, que si le système des disciples de Jansénius, an sujet de la distinctioii tfu^/ûi'f tt du droit et du si- ■ lence respectueux, était une fois adopté, iln'étoit aucune hérésie, il n'étoit aucun liéi-étique qui ne fussent en droit ^'éluder avec les mêmes subtï-
Utés les jugemens et Us anathémes de TE^ise. ^ Cl Uu fugement du saint Siège (0, reçu unani* » n^emeut de toutes les églises^ est âittant revêtu ^ de l'autorité de TEglîse que les cauons du con* » cile de Trente^ qui anathëmattsent les textes » où la doctriiie des. Protestans est reéueîllie. Si » on permettoit aux disciples de Jansénius d'élu* » der par la distinction du fiiit et du df'oit les >» bulles qui ont été reçues par le consentement » de toutes les églises , tous les Protestans pour- » roieilt se servir d'un exemple^ussi décisif pour » éluder par la même distinction tous les canons » du concile de Trente; ilsnemanquercâentpas » de dire qve le concile s'est trompé sur la vraie » signification des textes ; ils rejeteroieht les » anatliémes «ur des sens forcé's et étrangers aux » textes anathématisës , pour rendre la décision 3» vaine et illusoire; ils diroient que les canons » du concile, aussi bien que les bulles des papes ,' » ont pris les textes à contre-sens ; ils se retranche- 30 raient dans un silence respectueux pour le /ait » du concile dans ses canons, comme les défen- » seursde Jansénius s'y retranchent pour l'erreur 3» de^^l qu'ils imputent aux bulles à l'égard du » livré de cet auteur ».
Les Jansénistes prétendoient quHl existoit une
(0 Instructioti pastorale , idem.
3l4 HISTOIRE DE FélTÉLÔN^
grande difi^rence entre leur cause et celle des Protestans ; que ces derniers ont été condamnes par un concile général ^ tandis que les cinq propositions ne Font été que par les bulles des papes.
Fénélon leur enlève cette dernière lessource par Tautorité de saint Augustin ^ dont ils se disoient les disciples et les défenseurs (0. « Faut'^ilassem^ » 6/er un. concile j disoit saint Augustin ^ pour » condamner une hérésie évidente, comme si aur » cune hérésie n assoit jamais été condamnée que » par un concile assemblé^ ^aisplutâtilest arrivé » très-rarement qu'il ait été nécessaire d'en assem» » 6ler pour de telles condamnations. Il y a eu » incomparablement plus d'hérésies qui ont mé^ ». rite d'être rejetées et condamnées dans le lieu oU », elles ont pris naissance, et qui de là ont été con* » nues dans tout le reste de la terre comme devant » être évites. Soit que TEglise parle dans une as- » semblée générale ^ ou que ^ sans assemblée gé«^ » nérale, elle s'unisse au premier siège dans une » décision qu'il a faite, elle est toujours la même » Eglise à laquelle le Saint-Esprit est promis ». . , Fénélon ajoute au sujet de saint Augustin un raisonnement qui nous a paru concluant contre les disciples de Jansénius^ Ils mettoient toujours en avant la conformité de la doctrine de leur
(0 Instruction pastorale, iV/eoi.
, LIVRE CIHQUIEME. 3l5
inaltre iavec celle de saint Augustin^ que TEglise à souvent ^doptée , comme la règle de ses décisions sur les matières de la gi^âce. « Mais com- » ment se fait * il (0, disoit Fénélon, que vous » ayez une si grande déférence pour Tautorité » de r£glîse lorsqu'elle approuve saint Augus- » tin> et que vous la rejetiez lorsqu'elle condamne » Jansénius? Ou l'approbation de TEglise fait n la principale autorité de la doctrine .de saint » Augustin y bu elle n'ajoute aucune autorité à » ses opinions ; si elle n'ajoute aucune autorité » à ses opinions y vous n'avez pas plus le droit D de vous appuyer de ses sentimens^ que de ceux » de tout autre Père de TEglise. Si ^ au contrake, 9 la doctrine de saint Augustin emprunte sa prin-*^ » cipale autorité de l'approbation de l'Eglise ^ » pourquoi voulez-Vous que l'Eglise, n'ait pas au* » tant d'autorité lorsqu'elle condamne Jansé* ^ niuSy que lorsqu'elle approuve saint Augustin? » L'Eglise ne peut pas être moins infaillible pour 1» condamner les textes hérétiques que pour ap- » prouver ceux qui sont purs et orthodoxes »•
Fénélon rappelle ensuite tout ce qui s'étcit passé au sujet de la paix de Clément IX. Uob^ serve avec raison « qu'il faut d'abord W mettre » à part toutes les lettres missives des particu-
(0 Inslraction paetorak, idem. «^ (*) Ibid.
3x6 HISTOIRE DE FÉNÉLQNy
ii lierSy tous les raison nemens des nëgociateurs ,
» et tous les motifs imputés aux personnes, qui A ont eu quelque part à cette afiaire; qu'on doit M se renfermer uniquement dans les actes ecclé«- D siastiques qui sont les seules preuves de droit , m et les seules formes par lesquelles TEglise de* n clare authentiquement ses intentions. Or, tous » ces actes authentiques prouvent évidemment ai que Clément IX et ses successeurs ont exigé 3» une souscription pure et simple A\xformukdre^ » sans aucune restriction ni distinction j et que » les évéques réfractaires s'étoient conformés ^ i> dans tous leurs actes publics^ à Vintention bien » connue de VEglise »•
Il relève ensuite Tindécence , le peu de bonne foi et les inconséquences de ce silence respect , tueux dans lequel les disciples de Jansénius s'étoient retranchés. Il fait voir, par les écrits des Jansénistes les plus ardens et les plus vénérés dans leur parti , comment ce silence respectueux au* torise le parjure^ Fhypocrisie , les restrictions mentales y et rattachement aux erreurs les plus monstrueuses dans tous ceux qui voudroient en faire usage pour se jouer de TEglise et de ses dé» cisions les plus authentiques.
Nous reviendrons bientôt sur la partie de cette Instruction pastorale où Fénélon établit
son opinion de rinfaillibilité de l'Eglise sur les faks dogmiUiques. Elle donna lien à un grand nombre de discusMons dont nous aurons à i^en^ dre compte.
Fënëlon finit cette Instruction pastoralîs pat ce langage de charilé , de modération et d'indiil*gence , auquel on reconnoit toujours le style et Tame de Fénâon, lors m^e qu'il s'adresse à ceux dont il combsit les opinions* « À Dieu ne plaise » que nous nous élevions i<3iX<) avec un s^le amer ?i contre les défenseurs de Jansénius ! Dieu sait » jusqu'à quel point nous craignons toute préoc^ 3) cupation et toute partialité....^ La charité ne » pense point le mal, et croit facilement le J>ien \. » loin d'éclater contre quelque particulier qui » auroity avec de la bonne foi et de la docilité » pbur TEglise , quelque prévention pour la doc* » trine de Jansénius , nous ne songerions qu'à » soulager son cœur y et qu'à Fattendre pour le » détromper peu à peu : nous nous oublierions » nous-m^mes^ plutôt que d'oublier jamais cette » aimable leçon de l'apôtre : RecB\féi^ ai^ec mé^ » nagement ^èlui cm est Jbiile dans la fin, san$ » entrer dans des disputes de pensées C^). Nous
(>) Instruction pastorale, iàem,
(*) Infîrmnm autem in fide assumlte, non in disceptationîbus cogîtationnm. {Jhm, i4» >•)
3l8 HISTOIRE DE FÉNÉLOS,
» mourrions contens si nous avions le bonheur » de voir les défenseui*s de Jansénius, d^Ux » et humbles de cœur ^ tourner leurs talens et » leurs travaux en faveur de Tautorité qu'ils com- » battent. Ils sont sages ^ il est vrai; mais ilsn'ont » point assez connu les bornes de cette sagesse » sobre et temfiérée que Tapôtre nous recoin- » mande. Us doivent nous, permettre de leur dire » ce que saint Augustin disoit à saint Victor : » Avec le génie fue Dieu vous a donné, il pw » rott que vous serez véritahlement sage si vous » ne croyez pas Vétre. Nous leui* donnons avec 3> plaisir la louange que ce saint docteur don- » noit à ses adversaires , qu il nomme des es^ » prits Jbrts et pénétrons ; Jbrtissima et celer- » rima ingénia. Chacun tient son esprit en capy> tivité sous le joug de la foi, quand il s'agit, 7> par exemple y de croire que le coi*ps de J ésus- » Christ est caché dans Feucharistie , sous Tapp»; » reiice du pain ; mais on n accoutume point » assez son esprit à croire que le Saint-Esprit » parle dans cette assemblée d'hommes pécheurs » et imparfaits , qu'on appelle le corps des pas- » teurs. La vue des hommes foibles^ qui font les 3» décisions de l'Eglise , forme en nous une ten- » tation plus subtile et une révolte plus violente » à notre propre sens^ que la vue des espèces du