‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 44 sur 72 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

On concluoit de cette difference de langage que Topinion de Fénélon étoit en contradiction avec celle des évéques mémtô les plus ardens contre le jansénisme, el que son imagination Tentraînoit toujours au-delà de la ligne où un exact théologien doit s'arrêter. Cependant; en lisant les nombreux écrits que Fénélon a publiés sur ce point de controverse., on recouBoitra facilement que cette différence apparente ne consistoit qu# dans renoncé de quelques expressions. Plus il a (développé son opinion ^.plus il a su lui donner de poids et de force en Tappuyant de toute Tautorité de la tradition ecclésiastique et des raisons les plus convaincantes.:

Mais il faut d'abord connoitre exactement To* pinion deFénélon, que quelques écrivains ont affecté de dénaturer. . .

^ C'est ainsi qu'on avoit prétendu çu'il voulait faire de. chaque texte nouvellement condamné ^n nquyel article de foi, en attribuant à l'Eglise une connoissance surnaturelle^ inspirée et infuse de tous les textes.^ , .

Fénâon réppnd en deux Ugnes à cette imputa* tion insensée , et il déclare (0 : « Que Finfaillibii> Jité qu'il aUribue à l'Eglise est cette infaillibilité ^ générale qui n'exige ni connoissance sumatu^

(>) Inatruction p«BtoraIe da a raan j 7o5.

3J4 HISTOIRE DE TtHÉlOV,

» relie ni inspirtuion injuse; et que, loin d'aToU' » fait de chaque texte un noui^l.article defoi^ il M n'a pas même voolu , à cet ^gard , parler 4^^' u divine u ,

Il explique comment les promesses faites à VEg^lisCi qui sont certainement d'un ordre surnorturel, s'accomplissent cependant par des moyens naturels, ainsi qu'une multitude d'autres proinesses surnaturelles ou miraculeuses ^ dont l'Ecriture fait mention (0. n Dieu veille afin qa'il j » ait toujours des évéques validement consacrés, » qui s'assemblent librement au besoin , qui » soient suffisamment instruits et attentifs, et » que nul motif corrompu n'entratne jamaii » contre la vérité dont ils sont les dépositaires. » Il peut y avoir, dans le cours d'un examen, » certains mouvemens ïrrégutiers; mais Dieu en M sait tirer ce qu'il lui plattj il les amène à sa fio^ u et la conclusion qu'il a promise vient infailU- « blement au point précis qu'il a marqué ».

Fénélon distingue ensuite, avec tous les théologiens C'), « l'assistance spéciale du SaintrEs~ u prit donnée à l'Eglise selon la promesse, d'avec » la connoissance inspirée et injùse telle que les u prppbètes et les apôtres l'ont eue lorsqu'ils ont » écrit les livres sacrés. Cette connoissance, int- (0 IiutractioD putonilc, itknu >— (*) Ibid.

I ti

Liy&K CINQUIÈME. 335

» Mrée et infuse j tk est point nécessaire è, TEglise,

)>^rs même qu elle décidç sur les dogmes les plus

bndamentaux : il suffit qu'elle ait seulement

une assistance spéciale de grâce qui la préserve

de Terreur « Ainsi ^ d'uo côté, Dieii promet que

» l'Eglise ne se tix>mpera point sur les livres

» qu'elle condamne ; d un autre côté, il la pré-

» serve, par sa grâce ^ de totite erreur à cet

V » égard.^ La promesse répond de la grâce ^ la

I A grâce. Jointe- aux moyens ntOureb qfie la Pro<-

/ » vidence dispose, accomplit la promesse ».

On avôlt objecté à Fénélon, qu'il résultoit de son système qu'on devoit reconnottre pour article de foi tout ce que l'Eglise décide avec une autorité infaillible. Il montre combien cette imputation étoit peu fondée par les autorités mêmes qu'on lui opposoit, telles que celles de saint Thoinas et de Bellarmin , qui etiseig^ent que l'Eglise est infaillible sur plusieurs points qu'ils sont bicQ loin de proposer comme des articles de foi.

« Il y a une différence essentielle (0, dit Féné- » Ion , et que tout véritable théologien voit du 9 premier coup-d'œil, entre la révélation immé* ^ diate de Dieu même , et la déclaration infail' » lible de cette assemblée d'hommes qu'on appelle ^ Y Eglise. Il y a une différence essentielle enti*e

(>) Instruction pastorale, idem.

336 tolSÏOlAB DE FÉNÉtOir,

j» ï inspiration des écrivains sacrés à qui la ré^^é- » lotion immédiate a été faite , et la siOèpk ûssis-^ » tance spéciale qui a été promise à TEglise pour m la préserver de rerireur, qaand die |age sur » des textes orthodoxes ou hérétiques. L*Eglise 9 est spécialement assistée du Saint-Esprit, » et par cette assistance , elle est infaillible » pour garder le dépôt; mais elle n*est point m inspirée comme les écrivains sacrés , elle ne ' » reçoit point comme eux une réifélation immé- 9 diaie. Confondre des choses si différentes, c'est » confondre les premiers élémens de la théolo- » gie. C'est Y infaillibilité de TEglise que nous » avons proposée comme étant contenue dans la » révélationj parce qu'elle est promise çt que la » promesse est une révélation divine; màis^ » quant au jugement de l'Eglise «qui condamne » ou qui approuve un livre ou un^ proposition , » ce n'est point une vérité révélée en elle-même, » et. ce jugement ne tiient à la révélation que par 3» l'infaillibilité promise à l'Eglise ».

Après avoir clairement établi sa véritable opinion y et l'avoir dégagée de tous les nuages dont on avoit prétendu l'obscurcir , Fénâon fait voir que cette opinion qu'on vouloit lui reprocher comme nouvelle, "comme singulière, comme exagérée , étoit celle que le clergé de France avoit

solennellement

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