‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 43 sur 72 · LIVRE CIHQUlilMB · texte numérisé non relu

LIVRE CIHQUlilMB

» tranchemens , et de leur enlever une ressource » ou Mme défaite à la faveur de laquelle ils élu* » doient les lois de VEgUse, et jusUJioient aU » moins en secret un àxoeur qu^elle avoit si ex* » présentent condamné ».

Le Pape . se reudit aux instances du Koi , et ^ entra dans toutes ses vues ; il voulut même aller au devant de toutes les difficultés de forme que le style de là Cour de Rome rencontre souvent dana la vigilantt susceptibilité de nos tribunaux , toujours disposés à se méfier des expiassions de la chancellerie romaine. Avant de rédiger sa bulle, il en adressa le projet au Roi, et le Roi le^fit communiquer, par le marquis de Torcy, au premier président de Harlay et au procureurgénéral d'Aguesseau (0. L'un et l'autre Tapprouvèrent avec de grands âoges , en demandant seulement que le Pape y fît mention des iiistances que le Roi lui avoit faites pour l'obtenir^ Le Pape ^ consentit avec d'autant plqs d'empressement, que cette clause lui paroissoit devoir manifester avec encore plus de solennité le concert parfait qui régnoit entre lès deux auto^ r rites (^) ; « concert, dit le chancelier d'Aguesseau, » dont on n'a voit peut-être jamais vu d'exemple

(0 Œuvres du chancelier d^Aguesseiui, tom. xiti, p. 324. Wlbid.

3^4 HISVOlilB DEFÉJféLaNy

3» aussi remarcpiable »* Cette . bulle , datée da 1 5 JYiiUet 1 7 oS ^ est connue sous le nom de Vineam Domini Sabaolh* '

'^* Clément XI y confirmait et renouveloit tosteft

De la bulle ' ' , ^ ,

VineaniDo- fesbuUes portécs par ses prédécesseurs contre les

miru Sûr ^jjjq propositions et le livre de Jansénius ^ et no*

^mment celle dlnnocent X> du 3i mai i653y.

et celles d* Alexandre VU y du i6 octobre i656,

et du> i5 février i665,

U s'élève avec force contre le&.interprétations fallacieuses que les disciples de Jansénius avoient ipoulu donner au bref de Clément IX ^ du 19 janvier 1669 , adressé aux quatre évêques réfrac* taires y « comme si ce pontife pouvoit être sup? » posé avoir admis des exceptions et des restric?

» tions dans le bref même où. il déclarolt formel-

« lemçnt qu'il n'en auroit jamais admis aucune »« Passant ensuite à la question que le Cas de Conscience avoit tout-à-coup élevée , il expose .que le fiknce respectueux par lequel êes disciples de Jansénius prétendoient se dispenser de condamner intérieurement comme hérétique le sens xlu Hvre de Jansénius^ « n'étoit qu'un voile trom- I» ppm* dont on ospit se servir pour cacher Ferai reur au lieu d'y renoncer ; pour rouvrir toutes » les plaies au lieu de les guérir, pour se jouer » de l'Eglise au lieu de lui obéir ».

, XIVRE CINQUIÈME. ' âsS

Le Pape prononçoit enfin /en vertu de raiito<* rîlé apostolique y « qapn ne satisfaite point par » ce silence respectueux à robâ3sance qui est » due aux constitutions apostoliques portées ;» (Contre le livre de Jansënius ; mais que tous les » fidèles de Jésus -Christ doivent condamner 3> comme hérétiques^ et rejeter ^ non «^seulement » de bouche^ mais aussi «/;e cœupjle^ sens du livre » de Jansénius, condampé dans les cinq propo-* 31 sitionSy et qu ojn ne peut licitement souscrire » au formulaire d'A.lexandre VU dans.un. autre » esprU ou dans un autre sentiment ».^

Avstnt de Étire pr&enter cette bulle au parlement ^ Louis XlYf aussi attentif aux maximes d« J,-Eglise gallicane qu'au maintien des lois de TE- . jt^t^ yoiilut queleçopsentement des évéques précédât la saTiçtion de rautorité royale. Il Fadreçsa à rassemblée du clergé^ qui se ténoit alors à Paris, et qui étoiit présidée par le eardinal de NoaiUes. . ce L'assemblée y par une déclaratif unanime» n établit en maxiiae ('l:

^ I .p Que le$ évéques ont droit ^ par institulioii 1^ divine, de juger de^matières de doctrine/

ix %fi Que les. constitutions, des papes diligent sxtojute l'Eglise , lorsqu'elles ont été aeceptées 3» par le corps des pa^teura.

(') Frocès-veTl>al de Faciemblée du clergé de i joS,

320 niSTOXIlB DS SÉaÉLOW,^

»i3.o Que cette acceptation ^ de là^part des I» tfvéquesy se fait toa)oa|:s par voie de }ugé- » ment »•

Après avoir proclamé ces maximes^ rassemblée déclara :

« i.o Qu'elle acceptoit et recevoit a?ec res^ 1» pect y soumission et unanimité parfaite , la » constitution de notre saint père le pape Clé- » ment XL

» a.o Qu'elle écriroit à Sa Sainteté une lettre » de remerdment.

» 3.0 Qu'elle écriroit également à tous les évâ- » ques du royaume tine lettre circulaire^ pour » les exhorter à recevoir et faire publier ladite » constitution dans leurs diocèses par des man- » démens simples et uniforméis ^ autant qu'il se » pourroit y et^ pour cet efiet^ de ne rien ajouter n ni diminuer à la constitution »»

Ce fut dans cette assemblée du clergé que le cardinal de Noailles se permit contre Fénélon un acte public d'hostilité qu'on a peine à expliquer et à justifier. Il sembloit que le souvenir de l^ur ancienne amitié , que le souvenir même de leurs divisions plus récentes auroft dû interdire au cardinal de Noailles une démarche aussi peu mesurée; mais il est facile d'apercevoir, dans cette conduite I cette foiblesse trop naturelle dont les

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hammés. les plus vertueux ne sont pas toujourr exempts. Le cardinal de Nouilles ne pouvoit ou* blier que / malgré la faveur dont il jouissoit depuis dix anis, Fénélon s'étoit toujours refusé à faire des avances qui lui pàroissoient iùcompati* blés avec upe juste délicatesse. Un sentiment gé* néreux àuroit pu avertir le cardinal que cettd faveur même interdisoit à Fénélon des démarches

qui pouvoient paroitrç intéressées/ et que c'étoit à celui qui jouissoit du crédit et de la puissance à faire les premiers pas. Quoi qu'U en soit, le cardinal de Noailles crut avoir trouvé une occasion favorable de moptrer rèjipèce de ressentiment .dont il ne pôùvoit se défendi^e. n

Nous avons dit que Farchevêque de Cambrai avoil établi dans son instruction pa|torale du 19 février 1704^ que FEglise est aussi infaillible dans le jugement dès Jaits dogmatiques que dans les décisions de foi. Les opinions pai*oissoient assez partagées sur cette question, parce quelle n'étozt pas encore assez édaircie des deux côtés. Le cardinal de Noailles crut qu il pourroit facile-* ment obtenir de l'assemblée du dergé de 1 7 oS , une censure au moins indirecte du sentiment «de Fénélon ; mais il s^eh fallut beaucoup que cette espèce de dénonciation e&t le succès dont il s'é* toit flatté. Quelques membres de l'assemblée cru-

3a8 BI5ÏOI&E BS TÈVthOUIf

rent aperoeToir dans ce procédé un défimt de délicatesse qui les Uessoit d'autant plus , que la conduite franche et àncère de Fai^chevéque de Cambrai I depuis la condamnation de son livre , contrastoit d'une manière sensible , surtout dans la circonstance actuelle , avec la mauvaise foi et les subtilités inépuisables du parti que le cardi* nal de Noailles étoit soupçonné de favoriser. Quelques autres évéques obsentf>ient'que rarehevéque de Cambrai n'établissoit point son sentiment comme une croyance admise par TEglise , înak comme une simple c^inion qui lui paroissoit la plus conforme à la raison et à Tesprit des juge* mens ecclésiastiques; que de -pareilles opiiiions pouvoient être défendues et combattues avec une égale liberté^ tant qu'il n'ezistoit aucune décision formelle de l'Eglise.

Enfin y le cardinal de NbaiHes mêla à Tirrégular rite de cette démarche une espèce de maladresse qui parut indiquer qu'il ne faisoit que prêter sa voix au parti que Fénélon avoit si victorieuse*^ ment attaqué dai^s son Instruction pastorsde. . C'est ce qu^on peut recueillir du rédt du chancelier d'Âguesseau (0. « Le cardinal de NoaiHes, » en remettant de la part du Roi la constitution » du Pape à l'assemblée du clergé ^ crut qu'il

(i) G£aTrea da chancelier d^Agaesseaa» tom. ziii» p. »33.

» convenoit de l'annonoer par un discours dans 3» lequel on lui reproche d'avoir parlé trop foir » blement contre les Jansénistes, et trop forte^ » ment contre Varchei^é^ue de Cambrai et quel* » ques autres éi^gues, fauteurs de la doctrine de » V infaillibilité de PEgliie sur les faits dogma^ 3» tiques. On fut surpris, en entendant son dis^ » cours, que hu setd neût pas aperçu le piège » qu'il se tendoit à lui- même. Il le sentit à la y fia, mais il n'étoit plus temps, et Von verra » dans la suite le dégoût que ce discours lai » attira »•

Ce dégoût, résultat forcé du mécontentement que son discours excita dans rassemblée (0, « fut » la résolution un peu humiliante de xonjurer » Forage en le ' supprimant : contre Tusage , il » ne fut point imprimé dans le procès-verbal |)e ai rassemblée »^ '

Aussitôt que Ta^mblée du clergé eut accepté la buUe , le Roi fit expédier des lettres-patentes, en date du 3 1 août i ^oS , pour la faii^enregistrer au parlement. Comme tout avoit été concerté d'avance entre la Cour de Rome , la Cour de France et les principaux magistrats/et que d'ailleurs la bulle ne renfermoit aucu|ie des clauses qui provoquent si souvent des modifications, l'en-

(0 QEavres du chancelier ^'Aguesseaju, tom. xiii, p. &3^.

33a aisToiRB ds pénélon,

registrement ne pouvoit éprouver et n^éprouva aucune difficulté. Ce fut le 4 septembre i yoS que M. Portail (0 y depuis premier président , porta la parole en qualité d'avocat-général. Son dis* cours offre les traces précieuses de cette antique gravité qui distinguoit la magistrature soùs le règne de Louis XIY, et de cet heureux accord de la i&rmeté pour le maintien des lois du royaume, avec le respect pour Fautorité des premiers pas* teurs dans les matières de religion. En un mot , on y reconnoU ce caractère de sagesse^ de convenance et de modération que Louis XIV avoît imprimé à toutes les parties du gouvernement , et dont malheureusement on ne s*éloigna que trop souvent soùs le règne suivant. M. Portail expliqua dans son réquisitoire le véritable espritde la bulle, en disant ce qu*elle condamnoit ce mystère u équivoque d'un silence purement extérieur et » souvent de mauvaise foi , qui ne va ni jusqu à » toucher le ccéur, ni jusqu^à soumettre Tesprit^ » plus proféré à couvrir le mal qu'à le guérir ; a » perpétuef* Terreur qu à la détruire ; qui n'af- » fecte d'en cacher le venin que pour le répandre D plus librement dans les con|onctures plus favo- » râbles ; et qui ne fait consister l'obéissance due

(*) Antoine Portail fut nommé premier président du parl^ ment de Paris , le 24 sej^tembre 1724» et mourut le 3 mai i ^Sâ.

' LIVRE ClITQtJlBMBa 33l

» aux erades prononcés par TEglîse^ qvL*k ne pas » contredire en public des vérités que Ton se » réserve le droit de censurer en secret ». La manière franche et décidée dont Fénélan .^Y*

Opinion de

S étoit exprimé sur rinfaillibilité de l'Eglise dans Fénélon sar le ]ùgemeni des faits dogmatiques^ l'engagea dans ''.*^^*«E**y*" une longue suite d'écrits et d'instructions pu- sur les faits bliés dans les années i t 06 et 1 706. On auroit tort *^^™*'*"

/ é que».

de supposer que tout l'intérêt de cette contrbverse s'est évanoui avec la question particulière qui Tavoit fait naître ; il n'est point de question , ni de controverse tfaéologique âi laquelle on ne puisse ramener l'examen et la discussion de la nature y de IVtendue et des bornes de l'infaillibilité de l'Eglise. Les écrits de Pénélon sur cette matière y excitèrent contre lut toute l'amertume du parti qu'il combattoit, et qui voyoit s'élever dans l'archevêque de Cambrai un adversaire aussiredoutable pour les disciples de Jansénius*, que Bossuet y qui venoit d'expirer, l'avoit été autre* fois pour les disciples de Luther et de Calvin.

Mais si les écrits théologiques de Fénélon •joutèrent encore à l'opinion que l'on avoit depuis tbng-tempis de ses talens et de ses connoissances dans les matières ecclésiastiques , quelques-uns de ses collègues, qui pensoient comme lui sur le fond de la question , parurent craindre qu'il n'eût

33» HI4T01ttE DE Titlit^OVf

excédé les bornes, au moins dans l'expression de ses sentimens et de ses idées. ' '

On, se rappelmt que M. de Péréfixe n'avoit exigé qu'une Jbi humaine , en demandant aux religieuses de Port-Royal de signer le forraulairei On a vu que Bossuet s'étoit pareillement réduit ik leur demander « cette soumission et cette croyance u pieuse , laquelle peut être souvent appuyée sur K'une si grande autorité, qa'on ne peut la refa- » ser sans une rébellion manifeste ; soumission et > croyance pieuse , qu'il place au-dessous de la M foi, vertu théologale », Mais en m£me temps Bossuet avoit évité d'entrer, ^uanl à présent, dans la discussion de l'infailUbilité de l'Eglise sur les Jitits dogmatiques^

plus récemment encore , on avoit vu l'évéque de Chartres, dont le zèletrès^prononcé contre le jansénisme étoit assez généralement connu, s'ex-> primer dans son mandement, contre le Cas Je Conscience d'une manière différente de celle de FéoéloD. «Nous ne disons pas, écrivoît l'évéque n de Chartres , qu'il faille croire de foi âiviae » un fait flou révélé ; mais nous soutenons que la » vérité de ce fait a une liaison étroite avec U » dogme après la décision de l'Eglise. Nous dia «ons qu'il est nécessaire que l'Eglise en décide 9 Sûrement pour conserver le dépftt de la foi »>

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