‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 7 sur 72 · V. Il est diilicile de savoir à quelle époque Féi · texte numérisé non relu

V. Il est diilicile de savoir à quelle époque Féi

époque^ le ^élou a coiuppaé le Télémague ; nous avons de

Télémaque jjji ^^^ multitude delejtjtres et .de mémoires écrits

fut composé, à ses amis lojQg-teinps après la publication de cet

ouvrage $ il y parlé avec une confiance et «ne

lil^erté uenii^e sur ses intérêts les plus fliers et

#ttr toutes les affaires générales ou particulières ^

jet jamais il n y est question du Télémaçue» fiTous

Avops rapporté le &agment d'sine de $es lettres

à M.^ de ChevFeus^.y de 1701, ^ il .«n »st dit

«m mot y et ç^ m^ ne oaus istiçrend rim snr

lépoqnjs à Ut^wÛe U commença à s'^aou^ei* de

la coi^psitîpn dje c^et >o)ivragte.

"^ow avpAs dans nos :manttscrii$ le oommen** Dément d une lettne latine .de Vàûibé de Chanterac au cardinal Qabrîeli, irrite sous les yeux de Fénélon y et peut'^re /SOus sa dictée» <]ett6 lettre auroi^ pu nous donner de grandes lumières au £U)et du Télémoéfue ; fluds les fragmyens qu'on en a conservés finissent pnfcisément au moment oh Jl*on wroit pu connoUre ^exactement Thistoire de cet ouvrage , et en quel temps il Téaivit*

Après avoir parlé en détail de ce qui s'étoit

LltUE QtJATlllklIE. 3^

passé à un. voyage, que M. le duc de* Bourgogne avoit fait à Cambrai en 170% (0^ « il me reâte, »' écrit Tabbé de Chanterac y à parler en peu de » motSyàybtre Emiirence^du Téiémaque.Notté » prélat aToit OfUtrefois composé cet ouvrage en « suivant à peu. près le métne plan qu'Homère 9 dans son lïiadè et sowOdissèBj ou Virgile » dans, son Enêïde\ Ce livre pourroil être ré- » gtfrdé comme un poème ; il n*y manque que le » r&jrthœe.. L'auteur avoit voulu lui donner le » charme et rhansioiiie du style poétkjtfe ^ po^nr » graver phiis profondéàient d^aà Tesprit du » jeune prince, son- élève y les leçons les plus » pures et les plus graves de Fart de régner , en » flattant son oi*ei;Ue. Â Dieu ne ptaise quon » paiisse lé soupçonner d'avoir voulu écrire une ^ satire sons la forme d'un poème.... » ( L^ reste Manque;) •

. Un ntémoire ébrit de la main de Fénélon lui* Bien»e nous offre des détails encore plus précienx au sujet Aa Télémaque* Ce méttioire parôtl^avoir

<0 Adfeuc flupersuat pauca dé*Telemachb dîcetida. Boc opna. tetiates itMkt lUadÎB aut OdjJse«r aut JÈAMo^ oUm soripserat ,. ttà ^i poetD^ti nihil prntev meUwn déesse vidaretiir* Id antem ?eluti cannen liueratut regii pueti aureB-darnukeiis, senalni^ instillaret purissima et gravbsima de administratione regm. prxcepta. Absit Verb ut poematis specici saljram scribere vo« luetii..... ( Manuscrits..)

38 HISTOIRE DE TtiXÈhOJXf

été éçntetï 17 lo ou 17 1 1 , dans un temps où les amis qu'il avoit encore 4i la Cour seflattoient de pouvoir Fy faire rappeler.. Us se persuadoieni que la mort de Bossuet, celle de Tévêque de Chartres , et la décadence de la faveur du cardi-^ nal de Noailles, avoient ëcarté les plus grands obstacles à son retour. On doit s'étonner qu'ils ne soupçonnassent pas que la plus forte opposition viendroit de madame de Maintenon, toujours toute-puissante auprès du Roi ;^ mais Féné* Ion dans ce mémoire conjure instamment ses amis de s'épargner des soins inutiles et des tentatives indiscrètes qui ne pourroient que les compromettre. « Pour moi y écpvoit Fénélon (0^ je » n'ai aucun besoin ni désir de changer ma situa- » tion . Je commence à être vieux et je suis infirme ; » il ne faut point que mes amis se commettent » jamais ni fassent aucun pas douteux pour mon y> compté. Je n'ai jamais cherché la Cour; on m'y » a fait aller. Ty ai demeuré pendant près de dix » ans sans m'ingérer, sans faire un seul pas pour 9 moi y sans demander la moindre grâce, sans me » jnéler d'aucune affaire , et me bornant à répondre 3» selon ma conscience sur les choses dont on me 31 parlott. On m'a renvoyé; c*est à moi à demeurer 3» en paix dans ma place. Je ne doute point qu'outi^e

0) ManoBcrits.

tiVRE QUATRIEair. ^3i^

3} Taffaire de mon livre condamné , on n^ait em^ » plojé contre moi dans Te^rit du Roi la poli- » tique du Télémaque; mais je dois souffrir et' » me taire. D'un c6té, Dieu m*est témoin que je » n'ai . écrit le livre condamné que pour rejeter 99 les erreiH'à et les illusions du quiétisme ». Fé« nélon entre ensuite dans quelques détails au sujet de son livre des Maximes des Saints; mais nous avons déjà épuisé cette matière dans la partie du quiétisme y et il continue : « Pour Télé^ ji maçue, c'est une narration fabuleuse en forme » de poème héroïque y comme ceux d'Homère et n de Virgile , où j'ai mis les principales actions » qui conviétanent à un prince que* sa naissance » destine à régner. Je rai/ait dans un temps oit » f étais charmé des marques de confiance et dé » bonté dont le Roi me combloit; il aùroit fallu » que j'eusse été rion^seulement Vhomme le plus » ingrat^ mais encore le plus insensé, pour y » vouloir faire de^ portraits satiriques et inso- » lens : fai horreur de la seule pensée d'un tel » dessein.^ Il est vrai que j'ai mis dans ces àven- » tûtes toutes les vérités nécessaires pour le gou- » vernement j et tous les défauts qu'on peut » avoir dan» la puissance souveraine ; mais Je s> nen ai marqué aucun ayec une affectcktion qui 3» tende à aucun portrait ni caractère* Plus on

4o BISTOIKE DE FÈlXÉhOV,

9 lira cet oqvragQ^ plus on verra quefaf, voulu y dire tçut sans peindre, personne de suite; c'est )• ;iqiéme une narratiosi i^te à la hâte, à mor-- ^ ceaux. détachés y et par diverses repiâ&es.: il y )| auront beaucoup à. corriger; d^plus^ Vimprimé » nte,stpa9 conforme à- mon original., J^ ai mieux- » aimé le laisser paroÉfre, informe et défi^joré^ )» que- de le donner tel, que |e VaifaitK le xi^ai » jamais songe qu à amuser M. le duc de Bour-. » gogne et à riastruire em L^amusant^ sans vou^ 3». loir jamais donner cet ombrage au public^ Tout « le monde sait qu il. ne mJa échappé que par » rinfidélité d-un copUte; enfin, tou&ks meiUeura ^ serviteurs du: Roi qui me connoisSent y savait » quek «wat mes principes, d'honneur et die rdîy gio;3^siif le J^oiy, SMT TSii^t et sur. la patiie; ils » savent quelle est. ms^ re.cQunois^a^ce vive et V tendre pour les bienfaits àsmX le filoi m'a com^ » blé} d'autres peuvent facilement être, p^us ca- » pabl^s que moi| mais personne n'a plus de zèle 9 sincère* Cesf^réventionsxontre.iQes deu&livres, 9 qu'on ai^ra, selo^ les appar«Qces>, données au 9 Roi contre ma personne^ pourroient commettre ^ mes amis s'ils pai^loient en m^ faveur, ;.}e le& y^ cpnjure donc de çie rien hasarder, et de ne »^'e}Eposer jamais à se rendre inutiles au bien ^ de l'Eglise , pour un homi?xe qui , Piçu merci ,

. hlY%E QUATRIÈME. ^l

» est en paix dans rétai humiliant où Dieu Ta V mis ». .

On a dit, et on: a para^ eroire assez générale-* mfN^^ que le Télémajue scvfÀi servi de sujets de tMines à H. le duc de Bourgogne pendant son éducation 9 et que de la réonion de ce& thèmes on en aToit ensuite fcotné l'ouvrage te) quil. a) paru. Cette conjecture ne nous paroit appuyée sur aucun fondement; nous^ avons. un rC'^ cueil considérable de sujets de diétnes écrits de h main, de Fénâonef^de M. le duc de Bourgogne, et nous n^eni troviTons aucun qui ait rapport aux* uÉyentures de Télémm/ue. Il suffit d'ailleurs de lire le Télémaque pour jt^ger que c'est un ouvrage suivi et le résultat d'un plan combiné dans toutes ses parties, quoiqu'il n'ait été composé que par morceaux détachés dans les momens de liberté que des devoirs et de^ occupations, indispensables pouvoient laisser à Fénélon; il est également facile de sentir qu'il ne pouvoit être mis, sous les yeux du jeune prince à. qui ilétoit

destiné^ qu^'au moment* oii' il seroit assez avancé pour connoitre et éprouver le danger de ces paissions si ordinaires aux rois, et si funestes à leur vertu et à leur bonheur. M. le duc de Bourgogne n'avoit pas encore, quinze ans lorsque Fénélon fut éloigné de lui pour toujours. Il nous paroit vrai-

que ses longs démêlés avec Bossuet, et Finstruction de son procès , Tobligèrent dé se livrer à des études y à des recherches, à une correspondance très-active et très-étendue , et à la composition de ce grand nombre d*écrits qu il fut obligé de publier pour sa défense. En effet, lors* qu*on à sous les yeux le recueil immense des lettres qu'il écrivit au sujet de cette controverse^ et qui forment peut-être la plas petite partie de celles qu'on a pu conserver ; lorsqu'on parcourt les nombreur manuscrits qu'il composa pour la jostification de ses maximes et le développement de son système, et dont il n'a donné qu'un foible extrait dans ses réponses à Bossuet; lorsqu'on pense qu'au milieu de ce travail forcé il se livroit avec un tèle ardent et l'assidaité la plus exemplaire à tous les devoirs de sa place et à toutes les fonctions de son ministère , on a peine à concevoir comment, malgré la prodigieuse facilité dont 11 étoit doué, il a pu trouver le temp&et la liberté d'esprit nécessaire poui* suffire à tant d'ob-* jets difl^rens. Il faut encore se rappeler que soiy cœur , comme il le dit souvent dans ses lettres ^ étoit trop profondément affecté des malheurs de

Tëlémaque dans un temps^où il étoit charmé des marques de confiance et de bonté dont le Roi le combhitf et les choses avoient dëjà bien changé en 1697 et 169e.

ses amis y pour qu il pût s'occuper à cherclier des consolations ou des diçtractions dans ces douces et riantes images de paix , de bonheur et d'innocence qu'on retrouve si souvent dans Télémaque» On nous dispensera sans doute de pailler du mérite d'un livre sur lequel l'admiration semble s être épuisée depuis plus d'un siècle^ ist sur lequel tout ce qu'on pourroit dire a déjà été dit. Que pourroit -on ajouter au jugement qu'on en porta dès le premier moment oi^ \l parut ? Si le bonheur du genre humain pouvait naître d'un poème , il nattroit du Telémaque, a dit Fabbé Terrasson . Trop heureuse la nation pour qui cet ou*' vrage pourra former quelque jour un Telémaque et un Mentor, écrivoit M, de Sacy, en signant en 17 f 6 l'approbation delà première édition correcte du Telémaque. Quel plus magnifique éloge pouvait- on faire d'up livre que Fauteur avoit composé pour Tinstruction des rois et le bonheur des peuples ? Nous nous bornerons à une seulç réflexion jsur l'euthousiasme gépéral qu'excita Iç Telémaque, et q.ui servira peut-être à en explir quer les causes* •

Lorsque les auteurs de la réforme avoient voulu y au commencement du seizième siècle , renverser l'autorité de l'Eglise romaine , ils furent conduite, ppur le succès de leurs innovations

46 HISTOIJ&B DE PÉÏfÉLOlry

religieuses y à renverser Tantorité des Rois et à ébranler les principes de tous les gouvememens ; ils lièrent leur système politique à leurs idées tiiéologiqu^. Ce Ait alors qu'on vit nattre toutes ces th^ries turbulentes de la souveraineté du peuple y empruntées de quelques petites villes de la Grèce. Tout le monde sait l'histoire des longues calamités qui se répandirent sur toute l*Eu* rope^ à la suite de ces doctrines anarchiques. Désabusées par une sanglante expérience ^ toutes les nations avoient renoncé à cette fatale chf^ mère y et avoient reconnu, par un aveu tacite ou fori^ely que le peuple est toujours le plus dan* gereuz et le plus malhabile des souverains* Revenues à la raison après un long délire, elles n'avoient pu retrouver le repos et le bonheur quà^

l'ombre tutélaire d'un trône puissant et respecté. L'autorité des Rois s'étoit accrue des efforts mêmes qu'on avoit tentés pour la renverser^ et on peut dire que lesProtestans, en France, contribuèrent par leufs mouvemens séditieux à éle^* ver la puissance de Louis XIII et de Louis XIV^ au point oii l'histoire nous la représente. Tel est le résultat nécessaire et infaillible de toutes les convulsions politiques. Tous les gouvernemens de llSurope respiroient en paix depuis cinquante ans, et aucune agitation intérieure n'en troubloit

rharmonie. Il est dans la nature de toutes les ins*-

titutions humaines d'offrir toujours quelques abus, puisqu'elles sont dirigées par deshommes^ et il est dans la nature des hommes d'éti*e toujours plus frappés de ces. abus, que de l'impossibilité de créer un gouvernement qui en soit exeùipt y ou du danger des remèdes qu'on voudrait y apporter. Personne n'étoit tenté de renouveler les maxi^ mes séditieuses propagées en Europe par les réformateurs du seizième siècle ; la leçon étoit encore récente. Fénélon étoit trop sage et trop éclairé pour abandonner au peuple le soin de son;, propre bonheur. Ce fut au cœur des Rois qu'il crut devoir recommander la cause du peuple ; ce fut en associant la gloire et l'intérêt du «ouverain à la prospérité des sujets^ qu'il chercha à faire naître la félicité publique de l'autorité la plus absolue et la plus indépendante dans le. monarque. Fénélon ne voulut pas même que les peuples fussent appelés à entendre les instructions qu'il adressoit aux. Rois; il craignpit ^que les peuples, en entendant parler des devoir^ des Rois , n'oubliassent les devoirs des sujets. Les réformateurs du seizième siècle avoient excité la multitude à la révolte , en lui attribuant danà leurs écrits incendiaires des droits^cbimériques , çt en lui apprenant à raisonner Tobéissance ;. ce

48 HISTÇIRt I>E FéNÉLOZTy

fut à Toreille seale des Rois que Fénâon confia «es vœox et ses maximes* Il vouloit que les sujets regardassent les Rois comme les images de la divinité , et que les Rois se regardassent comme les pèresfde leurs peuples. Telle est en effet toute la politique du Télémaque,

Cette politique , si opposée aux maximes séditieuses qui avoient désolé TEurope pendant cent cinquante ans ; cette politique , également favo« rable aux Rois et aux peuples , fut accueillie avec transpoit par toutes les nations. Les amis de la vertu admiroient , pour ia première fois ^ cet accord heureux de la politique et de la morale ; les esprits sages trouvoient dans la simplicité des vues et des moyens proposés par Fénélon cette |uste mesure de raison et de modéx^tion^ qur permet aux gouvememens d'opérer le bien de rhùmanitéy sans compromettre leur autorité, ni la tranquillité publique. Les Rois ne pouvoient s'alarmer d'une doctrine qui les laissoit investis de toute la puissance, et se bornoit à recom* mander la cause des peuples à leur justice et à leurs vertus. Les Français attendris, sourioient avec reconnoissance à Tespérance de voir luire les jours heureux et tranquilles que leur promettoit le règne fortuné de Télève de Fénélon.

Telle fut en effet ^'impression universelle que

produisit

LIVUE QUATRIÈME. ' 49

produisit le Télémague quand il parut^ Il est vraisemblable que, si. jjes inspiratioiis perfides ou iateressées n'eussent pas repirësèntë P^oëtdd à Louis XIV comme un ceiiseur chagrin et sévère de son gouvernement, iLne seroit peut^tre venu à ridée de personne de rediercber dans cet ou'vrage des allusions bien âoignées de la pensée de lauteur*

On doit encore obiserver que Fénélon n'avoît destiné le Télémagfue ni à ses contemporains, ni à la postérité (0; un vain désir de célébrité lit*

('} Il est en efiet assez remarquable que Fénélon^ quifi laissé tant d''ouyrages qui feront long-temps le charme de la postérité, li*aVoit presque rien écrit pour le public, si Ton excepte ses instructions pastorales, que le devoit' de son ministère lui impodoit la nécessité de publier pour Pédificaiion des fidèles confiés à ses soins. On a tq qu^il avoit méiiie long- temps résisté à faire imprimer ses 'défenses à Rome, et que ce ne fut que malgré lui qu^îl céda à la. Tolonté de sfiea juges et'à Texemple de ses adversaires. TJn copiste infidèle révéla bu public le secret du T^lémaquej V Examen àe conscience, éPun roi n'a été imprimé €{ue long -temps après sa mort, et n^étoit point destiné à Fètre. Ses Diaiogues sur Véloquence de la chàfre, ouvrage de sa première jeunesse, étoient oubliés, de lui-même, et n^ont été in^primés que depids quM eût cesse d'exisler. Quelques copies informes de ses Dialogues et de ses Fables avoient circulé dans le public k son iiisti, et sans qu il daignât seulement en corriger r inexactitude et Timperfection. Ses Lejtres sur la Méiaphy' 4i^ueéti0J2e%/èn-4Uyiefit lelruît^'une correspondance parti*

FénÉLOif. Tom. m. 4

5o HISTOIRE DE FÉNÉLON,

téraire étoit au-dessous de lui. Fénélon avoît la passion de la vertu et du«bien public^ sans en . avoir* Tôstentation. Cet ouvrage-, qui a fait re* |aillir sur Fénélon tant de gloire et de malheur , étoit un secret qui devoit mourir entre le duc de Bourgogne et son précepteur. Sans Tinfidélité du copiste, qui trahit la confiance de Farchevéque de Cambrai, il^toit possible, il est même vraisemblable que le Télêmaque se seroit trouvé dans la cassette du jeune prince au moment de sa mort, et que Louis XI Y Tauroit brûlé, comme il brûla un gi*and nombre de papiers du même genre (0.

«uliére avec M. le dire d^Orléans, depuis régen^; ses LeUrtê fpirituelles^u^ étoieai adressées qu'a la conscience de ceux qui a?oient reoQurs à sà.piétë et à ses lumières, et ne furent recueillies que long -temps après sa mort. Sa Lettre à P Académie fiwiçaUe étoit une réponse indispensable à une compagnie qui Finterrogeoit, et étoit tout «u plus destinée à rester dans 9t^ archives. On ne parle point de son Traité de PEducation des JFUles, qui n^avoit été écrit que pour madame de Beauvilliells , et de son Traité du Ministère des PasUurs, ouvrage de circonstance, et qu'il avoi| oru pouvoir être de quelque utilité aux missionnaires des provinces protestantes. En un mot, Fénélon étoit si peu ambitieux de la gloire d'éGrivarn> que sans la piété religieuse de sa famille, qui a recueilli ses difiërens écrits, et sans rheureuse infidélité à laquelle on a d& le Télérnaque^ 1» postérité auroit été privée du plus giand nombre de ses ouvrages.

CO II est vrai qu'il ezistoit plusieurs copiei du TélUmaque^

LïVRÈ QtTAïîllEMfi. 5ï

Les seules allusions que Fauteur du Tétémûquâ s^étoit proposées, étaient celles qui dévoient na« iurellement se présenter à l'esprit de M. le duc de Bourgogne , et qui avoient pour objet de l'éclairer sur les défauts naturels de son caractère. Lé maître connoissoit toute la pénétration d'es*prit de son disciple ^ et il le forçoit à se reconnoître lui-même dans la peinture des imprudences que Mentor reproche si souvent à Télémaque. H connoissoit aussi son goût et son attrait pour-ces^ douces et brillantes fictions > dont Timaginatioii des anciens savoit embellir la morale;

Ce fut par cet heureux artifice qu'il sut donner aux kçons sévères 4e la vérité Je charme et rhar-* moQÎe d'un style poétique , pour les insinuet plus facilement dans un cœur sensible et passionné (^)» Les couleurs aimables et l'intérêt enchanteur que Fénélon a répandus sur son jeune héros , dans les momens mêmes oii l'inexpérience de l'âge et l'emportement des passions lui font commettre de grandes fautes , servoient à fixer avec moins de

et que sa famille auroît pu faire imprimer cet ouvrage comme eUeena fait connoitre plusieurs autres, qui n'étoicn't que ma* auscrits; mais n'étoit- il pas possible que Fénéion eût cru devoir ranéantir après la mort de M. le duc de Bourgogne > comme désofma^ inutile à Tobjet qu^il 8*étoit proposé.

(') TJt regii pueri aures demulcens, sensim instilîaret purissima et gravissima de ndmiûistratiotie regni praecepta.

5a HISTOIRE DB FÉVÉLON,

répugnance les regards de M. le duc de Bour* gogne sur cette image fidèle de ses erreurs et de fies faiblesses. Nous n'avons insisté sur ces observations que pour monti^r combien on a été peu fondé à supposer à Fénélon l'intention d*avoir voulu faire la censure de Louis XIV, ou l'ambition ridicule de s'établir dans Topinioa publique le précepteur des rois.

Mais lorsque les désastres de la guerre de la succession eurent mis un terme aux proi^érités de Louis XlVy et réduit la France à des extrémités qui faisoient crgindre qu'elle ne devînt la proie de ses ennemis, le malheur et le mécontentement portèrent tous les esprits à accuser ce monarque d'avoir préparé cette longue suite de calamités par l'abus de sa puissance et les principes absolus de son gouvernement. On se ^lut alors à comparer avec amertume ces résultats déplorables de tant de grandeur et de gloire, avec les maximes de douceur , de modération et d'économie, si souvent recommandées à Télémaque paf Mentbr. Les puissances ennemies Conspii-èrent à entretenir ce$ dispositions chagrines des Français, par leur admiration même pour le Télémaque. On peut présumer, sans craindre de se montrer trop injuste ou trop sévère, que les honneurs extraordinaires qu'ils affectèrent de rendre à Fénélon ,, furent

LIVKE QUATRIÈME. 53

autant inspirés par leur haine pour Louis XIV^ que par leur estime pour Tarebevéque de Gam-r brai. Ce prince a voit eu lui-même la foiblesse de se croire oiFensë dans le Télémaque, et ses enne^ mis se apurent autorises par' son opinion sur le livre ^ à lui adresser des leçons et des reproches dont il sembloît avoir trop légèrement reconnu 1^ justice par ses longs ressentimens contre Fauteur. On seroit peut-être plus autorisé à penser que, le Téléntaçue étant devenu public et répandu dans toute l'Europe par un concours de circonstance.ç que Fénélon n'avoit pu ni prévoir, ni arrêter . il osa se flatter d'avoir bien mérité des hommes, eh fondant la politique sur la religion , la justice et là modération. L'approbation générale avec laquelle on avoit reçu dans tous les pays et dans tous «les gouvernemens les maximes et la poli^ue de Mentor , sembloif lui en garafàtir la sagesse et l'utilité,, et devoit l'entretenir dans une illusion toujours chère à un cœur vertueux. L'intérêt universel avec lequel on avoit paru gofrter, dans toutes les conditions, la morale du Télémaque, détermina donc Fénélon à ajouter à son premier travail quelques morceaux eu petit nombre ^ qui n'ont patu qu'après sa mort , et qui cntrèi'ent pour la première fois dans l'édition de 1 7 17 , dédiée à Louis XV par le marquis

54 HISTOI&E DE FÉlfÉLON>

de Fënélon. On sait que les innombrables édi« tions qui ont paru depuis cette époque , ont fidèlement copié celle de 1 7 1 7 ; on ne trouve dans aucune des éditions publiées depuis 1699 jusqu'à 17179 aucun de ces morceaux : ils n'exis-* teiit pas même dans le manuscrit original que. possède la bibliothèque du Roi. Nous avons le Ipanuscrit original de ces fragmens précieux y , écrits de la main de Fénélon , avec de nombreuses corrections également de sa main (0.

. (i) Nous ayons consulté Iç manuscrit original confiervé dans le dépôt des manuscrits de la bibliothèque dn Roi , pourrecoB'' noitrc par nous-mêmes si ces fragmens manquoient à ce manuscrit j BOUS avons constaté qu'ils y manquoient efiectivemeiit^ et que même ils n*eii ayoient jamais fait partie \ car U n y a point de lacune dans le manuscrit original. La plus grande partie de ce qui compose aujourd'hui le vingt-troisième livre dans les éditions depuis 1717, n'*existe point dans le manuscrit que nous avons consulté , et a depuis été composé par Fénélon.

Voici comment se fait, dans le manuscrit de la^ibliothémie du Roi, la liaison, ou le passade du aa.* au a3.* livre, et dn a3.* au ^4.* ( car il faut observer que la division- en livres n^a point lieu dans ce manuscrit ). Fin du aa.* livre dans lea éditions depuis 1717 : « Youâ serez trop heureux de la posséder ». Apres ces npiots, on lit tomt de suite dans le manuscrit de la bibliothèque du Roi : <c Ces paroles enflammèrent le cœur de Télé- » maque d'un désir impatient de s^en rçtoumer à Ithaque ^ il V pressa Idoménée de le laisser partir ; le vaisseau étok déjà » prêt : on entend des cris confus sur le rivage couvert de ma- > telotaj on tend les cordages, on lève les voiles, le vent favo-^

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