‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 6 sur 72 · LIVRE QVÀTHIEME. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE QVÀTHIEME. 3l

sincèrement les grandes qualités. Nous voyons même que, dans les temps où tout autre que Fénéloq auroit cru avoir le droit de se plaindre des jeffets de ia prévention que ses ennemis étoient •parvenus à lui inspirer, il n*en parle avec ses amis les plus intimes, que pour rendre hommage à ses bonnes intentions et à son zèle pour la religion. Ces sentimens ne tenoient point à> cette ostentation de générosité qu'on ailêcte quelquefois au dehors, pour se montrer, dans le malheur, supé* rieilr . à rin)«stice et à Tabus de la puissance. C'est dans toutes les lettres les> plus secrètes "de Fénélon que nous retrouvons toujours ce même langage, cette même candeur. Nous pourrions en citer «n ^rand nombre ; nous nous bornerons à rapporter celle qu'il écrivit à M. de* Beauvilliers, le 126 août 1698. On remarquera seulement qu elle fut écrite quelques semaines* après que Louis XIV venoit de reavoyer de sa Cour les parens et les amis de Fénélon.

. « Je ne puis m'empêcher de yous dire, mon IV.

Lettre de

.»;bon duc, ce que j ai sur le coeur. Je fus* hier , Fénëlon à ». fête de. saint Louis, en dévotion de prier Dieu ^'t^ ^*^*""'

^ . *^ Tilliers, a6

» pour le Roi. Si mes prières étoient bonnes, il août 1698. » le ressentirait ;. car. je priai debôn-cœur. Jene (M^'*'"*^''-) » demandai point pour lui de prospérités tempo* » relies, car il eaa assez; je. demandai seulement

Sa HISTOIRE BE FÉITÉLONy

» qnil en fit un bon usage, et qii^il fût parmi « tant de saccès aussi bumble que s'il avoit été » profondément humilié. Je lui souhaitai,. non*» » seulement d'être père de ses peuples , iQais en* H core l'arbitre de ses voisins, le modérateur de V l'Europe entière, pour en assurer le repos; » enfin le protecteur de TEglise. J'ai demandé » non-seulement qu'il continuât de craindre Dieu i> et de respecter la religion, mais encoi:e qu'il D aimât Dieu, et qu'il sentît combien son joug est » doux et léger à ceux qui le portent moin^ par » crainte que par amour* Jamais je ne me suis » senti plus de zèle, ni, si j'ose le aire ^ plus de » tendresse pour sa personne. Quoique je sois » plein de reconnaissance, ce n'étoit pas le bien » qu'il nCafj^t dontfétois alors touché; loin de i> rfssentir quelque peine de ma situation présente, m je me serois offert avec joie à Dieu, pour mériter » la satisfaction du Roi. Je re^rdois même son » zèle contre mon lii^re, comme un effet louable de

3» sa religion et de sa juste horreur pour tout ce qui » lui paroU nouveauté. Je le regardois comme un )) objet digne des grâces de Dieu* Je me rappelois » son éducation sans instruction, les flatteries qui » Vont obséda, les ^pièges qu'on bd a tendus pour y^ excùer dans sa jeunesse toutes ses passions, les 3> conseils profanes quon lui a donnés,, la dé^ 1 »JÏ£mce

LtVaS ^UiTRlÊHEé 33

rbfiwnct qu*on bu a inspirée contre les êxchs de » certains dévots et contre V artifice des autres'} » enfin j les périls de la gr^deur et de tdritd'aj^ ji foires délicates : j'avoue qu*h la vue de toutes » ces choses/ honobstant le grand respect qui lui n estdû^favois une forte compassion pour une » anve si exposée. Je le troavois à plaindre, et je n lui souhaitois une plus abondante miséricorde I* poulie soutenir dans une si redoutable prospé-* n rite. Je priois de bon Goçur saint Louis, afin » quHl obtint pour son petit-fils la grâce d'imiter » ses vertus. Je me représentois avec joie le floi » humble , recueilli y détaché de toutes choses , » pénétré de Tamour de Dieu, et trouvant sa con- x, » solation dans l'espérance d'une gloire et d'une » couronne infiniment plus désirable que la n ri^nç; en uu mot, )e me le repi*ésentôis comme » un auti^ saint Loais* En tout cela , je n'àvois, n ce tne semblé ^ aucune vue iMéressée; car j'é'^ n fois prêt à demeurer toute mA vie privé de la » eônsôlaiion de Voir là Roi en cet état, pourvu » quUl yf^ /e cons^ntirots à une perpétuelle » disgrâce , pourvu que je susse que le Roi se^-* 3> roit entièrement selon la cause de Dieu. Je ne M lui désire que des vertus solides et convenables M h ses devoirs. Voilà, mon bon duc, (juelle a été T» mon occupation de la fête d'hier. J'y {»-îai beau« FÉKiLon. Tom. va. 3

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» coup aussi peur notre petit priace , pour le a salut duquel je donnerois ma vie avec joie. Eo- » -fia, je priai pour 1|^ principales personnes qui » approchent du Roi , et je vous souhaitai un re- » DouveUemeot de grâce dat^ les temps pénibles » ùh vous vous trouvez. Pour moi, je suis en paix u avec une souffrance presqnç continuelle ».

Têts étoient les sentimens et les vœux de FéfiéloQ pour Louis XIV. Il les déposoit ei^secret dans le sein du plus cher, du iplus fidèle, du plus respectable de ses amis. Ce n'tftoit point pour s'en faire un méiîte auprès de ce prince, oi pour les révéler au public , que- Fénélon les confioit à M. de BeauviUiers.<Jamaiâ personne s'a en connoissance de ces lettres tant que tous les trois ont vécu; et cependant, lorsque F'énélon s'exprimoit ainsi sur Louis XIV, il avoit déjà composé son Téléma^ue. Peut-on supposes qu'un homme teè que Fénélon , qui portoit au fcmd de son cœur un attachement si vrai, qui en parloit à son ami avec un accent si touchant, avec un intérêt si pur, eât imaginé de faire la satire de ce même roi , et qu'il eût adressé cette satire à son petit-fils , nourri et élevé dans I1ia- Intade d'un re^ect profond' et d'une soumission sans bornes pour un monarque justement vénéré. FénâoD a pu ^voir sur le gouvernement des ma-

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ximes différeiites de celles de Louis XIV ; il a pa se laisser éblouir trop facilement par ces théories si séduisantes pour les imaginations vives et les cœurs vertueux. Trop frappé des malheurs qui pesoient sur la classe du peuple après de si longues guerres y il a pu confondre les abus inévi^ tables dans tous les gouvernemens avec Texer» cice trop étendit du pouvoir ; nous ne pouvons même douter qu'il n'eût désiré de voir s'établir entre le roi et les sujets , quelques-unes de ces ' institutions intermédiaires, utiles^ dans les temps ordinaires y facilement éludées sous les gouver* liemens fermes et vigoureux, et toujours trop foibles pour résister à la violence dans les temps de trouble et d'anarchie. Les vœux de Fénélon montrent peut-être qu'il aimoit plus les hommes qu'il ne les connoissoit , et qu'il leur faisoit plus d'honneur qu'ils n'en méritent» H a falld que la plus terrible expérience soit venite démontrer lât vanité de toutes ces estimables illusions qui ont 'égaré pendant cinquante ans beaucoup de cœurs honnêtes et même quelques bons esprits ; mais fl est au moins bien certain que Fénélon ne peut être Soupçonné un moment d'avoir trahi la re- €onnoissance qu'il* devoit à Louis XIV. La plus cruelle satire de Louis XIV étoit dans la bouche de ceux qui*lui représentoient comme la censure

36 HISTOIRE DE TÈnthOJSf

de son règne ces grandes maximes de lastice,

dWdre, d'économie et de modération que Tau-

tear du Télémaçue vouloît graver dans le cœur

de son élève.

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