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» Ma volonté iTêlie à Dieu se conserve, et même » se fortifie dans le fond; mais elle est traversée » par beaucoup de fautes et de dissipation. Re- » doublez donc, je vous prie, vos prières pour » moi : f en ai plus de besoin que jamais , étant » toujours aussi foible et aussi imparfait ; je le » reconnois tous les jours de plus en plus ; je re- » garde cependant cette lumière comme venant » de Dieu qui me soutient toujours et ne m*aban- » donne pas absolument, quoique souvent je ne » me sente que de la froideur et de la paresse, » qu'il faut tâcher de surmonter moyennant sa » grâce. J'ai eu aussi quelque temps des scrupules » qui, quelquefois, m'ont fait de la peine : voilà » à peu près l'état où je suis présentement. Âidez- » moi donc de vos conseils et de vos prières. Pour » vous j mon cher archevêque j vous êtes tous » les fours nommément dans les miennes ; vous » croyez bien que ce nest pas tout haut» Remer- » cicz Dieu aussi des bons succès dont il nous a » favprisés, et demandez-lui la continuation de » sa protection dans une situation où les affaires » en ont un pressant besoin. Je nevous dirai rien, » de ce que je suis à votre égard; Je suis toujours » le même j et je désirerois bien que ce ne fût pas » a, aller en Flandre ou non^ quil tînt de vous » voir ou de ne vous voir pas- Tout cela 5er4»
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» quand Dieu voudra. Si Tabbé de Langeron est i> à Cambrai, dites-lui an petit mot de ma part, » en lui recommandant le secret ».
G*est par ces traits si simples et si naturels^ qu'on explique Tidée attachante qui est restée de la mémoire d*un prince qui, dans l'âge des pas- $ions, dans le charme du sentiment si vif qu'il avoit pour une épouse adorée, et au milieu de toutes les séductions dont il étoit entouré, avoit su conserver une afiection si tendre pour le précepteur dont il étoit séparé depuis six ans , pour un homme odieux au Roi son aïeul, et dont il n'osdit iriéme prononcer le nom. Quelle opinion doit'^on se fbrmer de Tame et du caractère d'un prince capable d'une amitié si fidèle et si coura-^ geuse, et du vertueux instituteur qui avoit formé un pareil élève?
M. le duc de Bourgogne fut cinq ans à là Cour sans être employé dans les armées. La perte de la bataille d'Hoechstasdt, en 1704; celles de Ra-^ millies et de Turin, en 1706, avoient découragé Louis XIV, et il n'osoit plus compromettre la gloire de son petit-fils avec des ennemis que la fortune avoit rendus aussi entreprenans qu'am-^ bitieux. C'est dans l'intervalle de ces cinq ans que nous retrouvons, dans les lettres de Fénelon auj^ ducs de Chevreuse et de Beauvilliei^s, dès parti-
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cularités qu'il est intéressant de faire connoître : elles feront voir que les principes et les instructions de Fénelon convenoient également au rang où la Providence avoit fait naître M, le duc de Bourgogne , au trône qu'il devoit un jour occuper, et aux vertus qui font les grands hommes et les grands princes. C'est par ces instructions qu'on jugera si ses instituteurs méritoient le reproche de l'avoir élevé dans le goût des pratiques minutieuses, et dans les maximes d'une dévotion ignO"> rante et superstitieuse. C'étoit au duc de Bourgogne lui-même que Fénelon prescrivoit cette grande règle de conduite : « La religion ne con- Leitre do » siste pas dans une scrupuleuse observation de ^^"^^J^" ^^
-' * duc de Bour-^
» petites formalités ; elle consiste pour chacun gogne.
» dans les vertus propres de son état. Un grand
» prince ne doit pas servir Dieu de la même
9 façon tfuun solitaire ou un simple particu-
» lient.
Mais ce n'étoit pas à des maximes vagues et
générales que Fénelon bornoit son attention in*
quiète et surveillante. Du fond de sa retraite de
Cambrai, il dirigeoit toutes les pensées, tous les
sentimens, tous les mouvemens, toutes les actions
du jeune prince. Les ducs de Beauvilliers et de
Chevreuse lui transmettoient un récit fidèle et
impartial de tout ce que la conduite de M. le duc
4o HISTOIRE DE FÉKELON,
de Bourgogne pouvoit offrir de répr^ensible on d'estimable /et c'étoit de Cambrai que revenoient à Versailles les avis, les instructions, les reproches et les encouragemens. Un archevêque proscrit, exilé, odieux à la Cour, étoit Toracle de l'héritier du trône. Louis XIV n*avoit pu qu'interdire au duc de Bourgogne la douceur de vivre avec FéneloD ; il étoit au-dessus de son pouvoir d'empêcher que l'ame du duc de Bourgogne fât toujours en présence de celle de Fénelon ; on va voir s'il étoit digne de tant de confiance, de soumission et d'attachement.