XI. c( Je suis ravi de tout ce que j'entends dire de
Féndou à M. * ^' ^^ ^^^ ^® Bourgogne; tâchez de faire en sorte de BeauirU- » que ceux qui en sont charmés à l'armée, le re- «", 170 . ^ trouvent le même à la Cour; je sais qu'il y a » des différences inévitables; mais il faut rappro- » cher ces deux états le plus qu'on peut ; il est )) donc essentiel que vous souteniez M. le duc de » Bourgogne, afin quil né retombe pas dans son » premier état ; il y a plusieurs choses à lui insi- » nuer, mais doucement, et en se proporlion- » nant à ses besoins.
X^^\ » Il faudroit trouver un milieu, afin qu'il ne
pour- M. le » ^^ ^^ *^^'^P> ^^ ^^^P P^^ ^^^^ madame de Maindac deBour- » tenon ; il ne doit jamais lui montrer aucun éloi^ madlme ^e ^ gnemcut; il doit même lui montrer^ quoi quelle
tfaiutenoii.
» puisse faire^ une attention et des égards par
u respect pour la confiance que le Roi a en elle.
» Ainsi, il est à propos qu'il aille chez elle de
M temps en temps d'une manière honnête et pleine
» de considération y sans paroître changer; mais
» il ne convient pas qu'il y demeure oisif et
ji rêveur dans un coin, comme un enfant, ou
» comme un pauvre homme bizarre, qu'elle ne
» daigne pas entretenir ; il ne doit pas choisir ce
» théâtre-là pour montrer ses rêveries, ses cha-
M grins, ses humeprs; s'il veut avoir de telles
» heures, il faut qu'il aille les cacher dans son
2» cabinet; en un mot, il faut qu'il s'accoutume
» à quelque dignité, et qu'if y accoutume les
» autres. Le moment de son retour de l'armée
» est favorable pour prendre un bon pli ; il ne
» reviendra de long-temps, s'il perd une si belle
» occasion; plus il montrera de force, d'égalité
» et de raison , plus madame de Maintenon chan-
» géra pour le bien traiter, et tous les autres
» compteront avec lui; sinon, tout ce qu'il vient
» de faire à l'armée, se perdra dans l'antichambre
» de madame de Maintenon, et on l'avilira de
» plus en plus ».
Op croit entrevoir dans cette lettre que madame de Maintenon avoit plus d'éloignement que de goût'pour M. le duc de Bourgogne. Plus me-
4^ HISTOIRE DE FÉirELON^
fiante que Louis XIV, elle ne doutoit pas quîl n eût conservé pour Tafcbevêque de Cambrai un sentiment de confiance et de préfëience dpnt elle étoit peut*étre jalouse, et qui tie lui permettoit d'envisager Favenir qu'avec une espèce d'in« quiétude.
Ihid. Sar « M. le duc de Bourgogne, continue Féneton y àlaCo™.'*^ » s'est familiarisé à l'armée avec beaucoup de » gens ; toutes les glaces sont rompues avec eux ; » il n a qu'à être avec ces mêmes personnes à » Versailles à peu près comme à l'armée. Peut-il » croire ou dire qu'il lui soit impossible de con^ » tinuer de prendre sur lui ce qu'il a déjà pris Syî » long-temps et avec tant de succès ; mais il faut » deux choses : l'.une, qu'il proportionne ses ou-> » vertures et ses manières obligeantes, pour le » reste des courtisans, à celles qu'il vient de » prendre avec les ofiiciers de l'armée ; la seconde » chose, que vous lui ouvriez de temps en temps » les yeux sur les divers caractères des gens qui M l'environnent, et sur ce qui s'est passé autrefois, » ou qui se passe actuellement dans le monde, )> afin qu'il ne tombe point en mauvaise compa* » gnie , et que faisant grâce à tout le monde en » gros, il sache faire justice au mérite de chaque » particulier. Je suppose qu'il se réservera tou-^ » jours des heures pour prier, pour lire, pour
» â*instruire solidement de plus en pla$ sar les » affaires.
» Je crois que M, le duc de Bourgogne devroit ^nnd. Sur » 3ans empressement accoutumer le Roi à lui, et l^^\^ ^^^ n se teuir à portée d'attirer sa t^onfiance, soit )> pour entrer dans le coliseil, soit pour soulager » un prince âgé. Sa modération, son respect | » son esprit réservé et secret pourroient faci- » liter ce progrès dans des temps oh le Roi xm » sauroit où reposer sa tête; en ce cas, vous » ne devriez faire aucun pas marqué ^ qui pût » donner aucun soupçon d'empressement ; mais » il faudroit vous tenir le plus près que vous » pourriez avec un air simple, ouvert et affec- » tiqnné, pour le metti^ en état de vous donner o sa confiance ». \ .
Personne ne connoissoit mieux que Fénelon le caractère emporté du duc de Bourgogne et la violence de ses passions; il avoit fallu tout Tart et toute rhabileté d'un* tel maître pour briser la fougue de cette ame ardente et impérieuse ; tant d'art et d'habileté n'auroient pas même suffi pour faire ployer devant l'autorité de la raison un jeune prince né avec le sentiment exagéré de sa grandeur et de sa puissance, si Fénelon n'eût appelé à son secours l'autorité de la religion. Cétoitavec ce ressort si actif qu'il étoit parvenu à comprimer
44 HISTOIRE DE FÉKELON,
la violente énergie de tous ses sentimens. On doit le dire , il falloit faire de M. le duc de Bourgogne un saint, pour qu'il ne fût pas le fléau et le tyran de ses sujets. Mais de toutes les passions , dont il portoit le germe dans son cœur , H en étoît une, dont l'ardeur effrayante pou voit le conduire aux plus t^ribles excès. La religion elle-même, qui àvoit heureusement servi à la contenir dans des bornes légitimes, n'avoit pu réussir à en modérer les emportemens. Madame de Maintenon écrivoit au duc de Noailles (i i juillet 1706) : a M. le duc de Bourgogne est extra* » vagant; car on ne peut appeler autrement la » passion qu'il a pour sa femme; et je ne crois » paff qu'on en ait jamais vu une si désagréable » pour celle qui la cause, et pour les speçta- » teurs ; je n'en parle point en personne préve- » nue contre lui, car jamais je n'ai eu plus sujet » de m'en louer ».
Uid. Sur II paroît que l'empressement trop passionné
la passion du ™g jj^ jg ^J^ç jg Bourgogne montroit en public
ducdeBonr- ^ , , , 1
gogne pour po"!* madame la duchesse de Bourgogne , avoit
madame la f^it gur le§ courtisans la même impression que
Bourgogne, ^ur madame dé Maintenon. Fénelon en fut ins-
T .. j truit, et écrivit à M. de Chevreuse : « On dit
lieitre du ^ '
j5 fév. 1711. » qu'au lieu d'être attaché à madame la duchesse (Manuscr.) ^ ^^ Bourgogne par raison, par estime, pac
ï> vertu, et par fidélité à la religion, il paroît » l'être par passion, par foiblesse et par entête- » ment , en sorte qu'il fait mal ce qui est bi,en en » soi. Voilà ce que j'entends dire à divers gens; » je ne sais ce qui en est, et \e souhaite de tout » mon cœur que ceci soit faux ; mais je crpis de- » voir vous le confier en secret. Le soin que le » bon duc (M. de Beauvilliers) a de le cultiver, » ne vous dispense nullement d'ajouter vos soins )> aux siens. Si vous agissez de concert^ vous pour- » rez tour à tour insinuer tout ce vous verrez » de convenable. On s'use moins en se relayant » pour dire la vérité ».
Fénelon écrivît directement à M. de Beauvilliers une lettre , qu'il pouvoit sans affectation mettre sous les yeux de M. le duc de Bourgogne, pour l'éclairer sur les dangers de l'espèce d'ivresse avec laquelle il s'abandonnoit à une passion même légitime ; et ses avis expriment la réserve qui convenoit à un, homme de son état sur une pareille matière.
« Soutenez, entretenez les sentimens du jeune » prince pour madame la duchesse de Bourgogne, M et gardez-vous bien de lui inspirer du refroidis- » sèment ; mais représentez-lui tout ce que Dieu » demande dans les amitiés les plus légitimes , ce » qui est nécessaire pour sa santé, son repos, sa