S4 HISTOIRE DE FÉNELON
subordination et dé licence de la nature la phx& intjuiétaute, dans un temp$ oîi le Hainaut^ la Ij^landre et l'Artois sç. trouvoient ouverts aux armées victorieuses des ennemis. Il paroît que l'évêque de» Saïut-Omer, qui ^ dans la vue do flatter la Cour^eTles ennemis de Fénelon, avoit autrefois «T montré un zèle s\ indécent. pour agi> graver (es malbeurs et la condamnation de Varchevêque de Cambrai,, étoit resté témoin passif dfes mouvemens séditieux qui agitoient sa^ ville épiscdpale. Il avoit oublié que les évéques ont ^ussi le}trs jours de bataiHe^ et qu'il est des circonstances où ils doivent sacrifier leurs biens, et même leur vie, pour préserver leur peuple d'uix grand malheur ou d'un grand attentat. Il ne fut pas assez heureuj; pour sentir qu'il eût été plus, glorieux pour lui de ramener des mutins à leur devoir par un acte de générosité^ que de censu-r rer avec aussi peu de bonne fcri que d'équité les expressions édifiantes du mandement de son métropolitain. L'archevêque de Cambrai fit pour la ville de Saint-Omer ce que l'évêque de Saint- Omer n'avoit point fait, et ce qu'il auroit dà faire. Justement ajarmé du sort d'une ville si importante, il ne perdit point de momens précieux àécrire à la Cour, ni à exciter les agens de l'au-i C»)En 1699*
torîté dont le zèle auroit pu se tr&uver enchaîné par le défaut de moyens. La nature du mal lui îndiquoit la nature, du remède. La révolte de la garnison de Saint^Omer pouvoit avoir dés suites irréparables, avant que le gouvernement eût pu se procurer des. fonds. Fénelon trouva dans la confiance qu'inspiroit sa vertu un crédit qui manqiioit à un monarque absolu et tout-puissant. Il se dépouilla de tput l'argent qu'il avoit à sa dis- ^ position , et il emprunta, sur de simples billets signés de lui, toutes les sommes nécessaires pour solder la garnison de Saint^Omer^ il les fit passer sur-le-champ dans cette ville, et la révolte fut appaisée. C'est sans doute un beau trait dans la vie de Fénelon; il en est un encore plus beau. Il est permis de croire qpe dans une circonstance semblable, tous les cœurs nobles et généreux auroimt pu disputer à Fénelon le mérite et la gloire d'une telle action; mais il n'appartenoit qu'à Fénelon de Id' laisser oublier. Nous avons un grand nombre de ses lettres qui correspondent à cette époque, elles sont adressées à ses amis les plus chers; il n'y laisse pas échapper un seul mot> qui rappelle ua dévouement dont tant d'autres auraient ea le droit et. la pensée de ^enorgueillir. C'est par une lettre manuscrite du cardinal de Bouillon, que nous. avons eu connoissance d'ua
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fait qui a échappé à tous les historiens. On ne trouvera pas le style du cardinal de Bouillon aussi pur^ aussi facile, ni aussi élégant que celui de Fénélon ; mais la sensibilité avec laquelle il parle de cette belle action de son ami, ne permet pas de s'arrêter sur des expressions peu nobles, qu trop communes.
Iiettre dn « Les sentimens naturels et réfléchis de mon
BU* k " ^^^^ ^^°* ^'^^P ^*^^ ^^^ ^® ?"® f apprends dans
Fénelon, la » Hnstaut que VOUS venez de faire de si généreux,
février 1708. ^^ (^ans le dessein, comme vous y avez réussi,
(Manujwr.J ^ j *^ r
» d'appaiser la garnison de Saint -Omer, et de la
» faire rentrer dans son devoir)pour que je puisse
» différer d'un moment à vous congratuler de ce
i> que vous avez eu une occasion si naturelle, eii
3» faisant une action bonne, noble et chrétienne,
3» et si digne d'un grand et vertueux prélat fran-»
» çais, de vous venger en quelque façon; en ^
» prenant par votre vertueux exemple, seule
9 vengeance qui nous est permise par l'évangile,
3» ce que devoit faire dans une telle conjoncture^
• i> préférablement à tout autre, un confrère qui
» en avoit usé à votre égard dans des temps bien
y douloureux pour vous et pour vos serviteurs et
» amis, d'une fnanière bien étonnante, et qui ne
» pouvoit que lui attii*er l'indignation de tous les.
« honnêtes gens qui connoissent d'auti^s princi-»
» pes que ceux de leur fortune. Je vous avouerai >i ingénuement que )e ne connois rien de si doux » à un cœur noble et généreux, que de pouvoir )» se venger ainsi de ses ennemis, et.de ceux qui » se sont portes le plus indignement à nous faire » du mal, (ftst^à-dire, en bien faisant à leur 9 égard, et faisant même des œuvres de suréro^ » gation , dans le temps que ces mêmes personnes •» ne s'y sont pas portées, quoique plus obli- » gées à le faire, pour remplir leurs devoirs. Je » suis sûr que cette action, qui vous attirera )> tant de louanges, et qui devoit vous attirei; » tant de recompenses dès cette vie, ne vous a » guère coûté; et je suis même persuadé qu'au » pied de votre crucifix, vous avez au moins à » étouffer des sentimens de complaisance et de » joie que vous avez ressentis en la faisant , par le » principe d'une vengeance permise et si natu* D relie aux grands et nobles cœurs tels qu'est le » vôtre. Car si je ne contiois rien de si contraire i> à la nature humaine la plus parfaite, que de » pardonner sincèrement et de vouloir du bien » à ceux qui nous font le plus de mal, rien d'un » autre côté ne nous paroît plus doux pour un » cœur noble et généreux, qui, se trouvant en » état de se pouvoir venger de ceux qui nous veu- }} leat et nous font le plus de mal, ne le font que
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» pour leur faire du bien y et un bien auquel ils. » ne s'attendent pas, tant leur cœur est éloigné » de pratiquer la même chose ».
Le cardinal de Bouillon s'étoit trompé^ lors- * qu'il sembloit croire' que cette belle action de Fénelon deuoit lui attirer ules récompenses dès cette vie. L'archevêque de Cambrai s'attacha à en étouffer le bruit dès le premier moment ; il ne voulut pas ajouter aux malheurs de Louis XIV le sentiment pénible que lui auroit fait éprouver ua acte aussi éclatant d'insubordination parmi ses troupes. On doit bien penser que la^élicatesse de Féaelon fut pai9*aitement secondée par le ministre, et qu'il se donna bien de garde d'instruire le Roi d'un événement qui} pouvoit accuser soa imprévoyance ou son impéritie.